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Stade aurillacois
Jimmy Yobo a écrit sa légende

Au RC Toulon et au Stade français, Jimmy Yobo a goûté au très haut niveau national et européen.  Et a bouclé la boucle en terminant sa carrière là où tout a commencé, à Aurillac.
 

Des joueurs en train de jouer au rugby.
Jimmy Yobo a évolué au Stade français avant de revenir terminer sa carrière au Stade aurillacois.
© Marie Varnieu

Le rugby aujourd’hui, c’est à la maison, sur l’écran, et encore, en replay et en résumé. Et aussi un peu à Paris, depuis qu’il siège à la commission de discipline de la Ligue nationale de rugby (LNR). Ce monde-là, Jimmy Yobo l’a bel et bien quitté au moment où il a mis un terme à sa carrière. Un choix volontaire, un choix familial après la naissance de ses jumelles, en 2020. “Ça a changé ma vision de la vie.” Et le sens des priorités aussi, après des décennies à 
ferrailler sur le pré vert. 


Une histoire de famille


Ce n’est pas une légende, plutôt la destinée qui a fait que Jimmy Yobo a démarré au Stade aurillacois à 4 ans et demi. Son oncle y est bénévole, son cousin y joue en jeunes et son papa, né en Côte d’Ivoire, taquinait déjà le ballon ovale en région parisienne, puis dans le Gers et les Alpes maritimes, où Jimmy est né. De fait, “j’étais toujours autour du terrain, la balle à la main”. Un encadrant le remarque, l’invite à “ne pas rester seul”. C’est dire s’il a fait preuve de flair : le petit Jimmy se frotte aux plus grands, s’exprime plus au rugby qu’à l’école et fait montre de capacités plutôt intéressantes. Normal, “j’étais dans mon élément”. Il s’essaye au basket deux saisons mais n’arrête jamais le rugby. Il écume toutes les catégories de jeunes au Stade, ouvreur ou au centre, mais “ma formation de base, c’est 10”. Une trajectoire sans faute même si le pôle espoir d’Ussel lui claque la porte au nez. “Je n’ai pas répondu à leurs attentes à ce moment-là.” Pas l’équipe de France des moins de 18 ans, qui le retient pour disputer un match amical. 


Un rêve de gosse


En Crabos, “je rentre dans un truc un peu différent” en signant son contrat Espoir, “des étoiles dans les yeux. Je touchais du doigt le rêve que j’avais depuis tout jeune”. L’emploi du temps sportif ne colle pas avec le scolaire. Le Bac pro Système électronique et numérique en poche au lycée Mermoz, le BTS Muc attendra. “On me proposait de m’entraîner avec les pros. Et le lycée, je n’étais pas hyper fan...” 
D’abord Pierre-Henri Broncan puis le duo Davidson-Peuchlestrade ont “rendu concret ce projet. Ils m’ont amené au niveau pro”. Premier match à Narbonne en septembre 2011. “Je ne me pose pas de question, je ne réfléchis pas, je prends tout ce qu’on me donne. Je joue des bouts de match jusqu’en novembre-décembre” et à la faveur des blessures des uns et des autres, il gagne sa place de titulaire et une sélection avec les Bleus des - 20 ans pour disputer le tournoi des Six nations. “À la fin de la saison, j’ai une autre belle surprise : je suis appelé avec l’équipe de France - 20, en Afrique du Sud. Ce sont des souvenirs incroyables. Je ne suis passé par aucun pôle, ma trajectoire de base n’était pas prédestinée. Je ne dois mes sélections qu’à mes temps de jeu avec le Stade aurillacois.” 
Rare joueur de Pro D2 à enfiler si tôt la tunique bleue, les propositions de clubs huppés commencent à se faire très insistantes. Mais Jimmy garde les pieds sur terre : “Je n’ai jamais rien prouvé, je n’ai joué qu’une demi-saison titulaire en Pro D2, je reste pour confirmer à Aurillac.” 
2012-2013 sera la dernière en rouge et bleu. “L’équipe tourne bien, je visite pas mal d’infrastructures de clubs. Le seul petit couac, c’est mon entorse du genou. J’ai eu une petite remise en question, c’était ma première blessure, tu réfléchis pas mal.” 
Après trois mois d’arrêt, l’Aurillacois revient un week-end avant la demi-finale contre Brive. Il est titulaire mais dans sa tête, il est déjà ailleurs. “J’étais en contact très avancé avec un club de Top 14, et j’avais envie d’y aller.” Mais deuxième coup d’arrêt : “Ça ne se concrétise pas. J’avais tout mis en œuvre pour atteindre mes objectifs, ça a été une grosse déception.” Là encore, il faut rebondir : alors qu’il dispute sa dernière saison Espoir, il décline l’offre du Stade de signer un contrat pro, sans savoir où il jouerait l’année d’après. Et impose par là-même à son futur club de s’acquitter de l’indemnité de formation (120 000 €). 
“Le temps s’est un peu arrêté, j’avais beaucoup de contacts mais personne n’était prêt à payer pour un joueur de 21 ans, avec une soixantaine de matches au compteur...” Mourad Boudjellal si. Alors qu’il est en vacances à l’étranger avec sa compagne, Jimmy écourte son séjour et s’engage avec le RC Toulon dans le bureau du président. “Trois ans à Aurillac, j’avais fait le tour, j’avais besoin de me tester ailleurs. J’arrive au RCT après le doublé coupe d’Europe-championnat, je savais que je n’allais pas beaucoup jouer mais je le prends plutôt comme une étape dans ma carrière.” Effectivement, le Cantalien est couché sur la feuille de cinq matches seulement en 2014-2015, le reste avec les Espoirs. “Il y a eu un temps d’adaptation, mais la saison s’est plutôt bien déroulée.” Celle d’après, il l’espérait meilleure : trois quart de l’effectif est retenu pour la Coupe du monde, l’objectif personnel est de jouer une dizaine de matches. Mais le club embauche des jokers, “je sens que le vent ne tourne pas en ma faveur. Je demande à être prêté”. 
Direction Oyonnax pour six mois. “Ça se passe super bien, le club me rencontre pour que je reste.” Sportivement, ce n’est pas tout rose : les Aindiois sont relégués. “Quitte à jouer en Pro D2, autant retourner à Aurillac.” Mais il reste un an de contrat à Jimmy, qui rentre à Toulon. C’est la fin de l’ère Laporte, les cartes sont rebattues. Et c’est enfin “la saison que j’attendais. Je suis titulaire, je joue une douzaine de matches” mais il ne fait toujours pas partie des priorités toulonnaises. Il sera toutefois dans le groupe qui disputera la finale contre Clermont, en 2017 : “On perd, mais ce sont des moments qui resteront gravés à jamais.” 
Même si le contexte est compliqué à Paris, Jimmy Yobo signe un précontrat avec le Stade français. Pendant deux saisons, il alterne le bon, surtout la première, et le moins bon, la seconde, avec un entraîneur qui le fait jouer en Challenge cup, pas en Top 14. Ce qui le fait tenir, c’est le soutien de sa compagne et deux tournois disputés en Nouvelle-Zélande et en Australie avec l’équipe de France à 7. “C’est un vrai bol d’air. Je ressors frais, j’ai enfin joué.” Mais à 25 ans, “je suis un peu dépité de ce milieu. J’ai touché du doigt mon rêve, mais j’ai un goût un peu amer... J’en étais presque à avoir envie de tout arrêter”. 
Il s’accorde un mois pour réfléchir, rentre sur Aurillac pendant ses vacances, repousse une proposition de Brive, où il aurait retrouvé Jeremy Davidson. “C’était plutôt sur un poste de joker, moi je voulais plutôt du long terme, m’investir dans un club et penser à l’après-carrière.” Au détour d’une sortie, il croise un dirigeant du Saca. Ils échangent sur son avenir. “Une rencontre s’organise avec Christian Millette, président. “Je me dis pourquoi pas, la boucle serait bouclée en revenant ici. Je lui explique mes attentes, lui les siennes, et on se met d’accord pour quatre années de contrat.” 
Revoilà Jimmy sur la pelouse de Jean-Alric. Les saisons s’enchaînent, souvent terminées dans le ventre mou du classement, le Covid arrive aussi. Puis les jumelles. Et puis... “J’ai eu un peu le même sentiment qu’au Stade français, je ne prenais plus de plaisir à faire ce que je faisais. C’était la fin de quelque chose.” À 31 ans, il  prend la décision “très tardive” de ne pas prolonger au Stade et le vit finalement “bien parce que c’est moi qui l’ai décidé. Et ça m’a beaucoup aidé à appréhender mon après carrière”.


Maillot vert 


À l’IUT d’Aurillac, il attaque une licence en Sciences des données et rentre directement en deuxième année. “Ça a été assez compliqué de remettre les pieds dans les cours douze ans après avoir quitté l’école. Mais on s’accroche et mon petit frère m’a beaucoup aidé”, précise Jimmy Yobo, qui rejoint le Crédit agricole en alternance avant de valider son diplôme et d’être embauché par la banque verte dans la foulée sur son site de Sistrières. À Aurillac, il a installé sa famille, il y travaille et y a retrouvé “une bande de copains. J’ai rencontré tous mes potes en mini-poussins et on s’est suivi chez les jeunes au Stade. Ça correspondait à l’idée que je me faisais du rugby et c’est ce qui m’a suivi toute ma vie”.
 

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