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Jersiaise: la petite vache qui transforme le fourrage en matière utile

Son petit gabarit limite la quantité de fourrage ingéré. Et si la jersiaise produit moins, elle produit mieux. Ses taux exceptionnels font grimper le prix d’un lait qualitatif.

Les qualités de la race étaient rappelées par Jersiaise France lors d’une journée technique programmée dans le Cantal.
Les qualités de la race étaient rappelées par Jersiaise France lors d’une journée technique programmée dans le Cantal.
© R.S.-A.

S on développement est spectaculaire. Autour de 1 500 jersiaises contrôlées en France au début des années 2000 ; le double il y a dix ans ; et pas moins de 11 249 vaches contrôlées au 1er janvier de cette année. Philippe Derouet, technicien à Jersiaise France, avance une explication rationnelle : “La crise laitière est passée par là.” La petite vache produit certes moins, mais ses taux élevés garantissent la qualité. Les éleveurs du Cantal qui ont franchi le pas, le confirment.

Les raisons du changement

À Saint-Étienne-de-Chomeil (entre Riom et Ydes), Nicolas Chaumeil n’a plus que des jersiaises. Un choix qui s’est opéré au moment de la réécriture du cahier des charges de l’AOP cantal : “La part de concentré devait se limiter à 1,8 tonne ; avec les holsteins, il nous fallait 2,2 tonnes. Et puis il fallait assurer les taux ; avec l’herbe, c’est compliqué de tenir les 32 de TP(1). En 2008, s’est ajoutée la flambée du coût des intrants ; cette année là, on a entré les premières jersiaises.” Un an plus tard, en 2009, la crise laitière a conforté les choix opérés par le Gaec Chaumeil. En 2010, il prend la décision de ne pas renouveler les holsteins et, en 2013, le cheptel n’était plus composé que de 50 jersiaises. D’ici la fin de l’année, il devrait y en avoir 75 pour produire 330 000 l de lait AOP.  
Autre témoignage, celui du Gaec des Deux-rivières à Lacapelle-Viescamp, en Châtaigneraie, où, vendredi 19 avril, se tenait une journée technique sur la race. “Notre objectif est bien de basculer tout jersiaises”, explique Rémi Andrieu, un des quatre associés. Les premières petites vaches (130 cm pour 350 à 440 kg en standard de la race) sont arrivées en 2013, “à l’essai”. Très vite, l’adaptation au pâturage et la valorisation des fourrages sautaient aux yeux. Un atout de poids, lorsque le Gaec s’est lancé en conversion bio quelques années plus tard. “On a d’abord acheté des petites vêles d’un mois et, petit à petit, assuré notre propre renouvellement, en insémination animale sexée.”

Pas une “race de châteaux”

Parmi les éleveurs présents à la journée technique, ceux qui ont déjà des jersiaises confirment les qualités intrinsèques liées à la rusticité de la race : précocité, fertilité, facilité de vêlage, résistance aux mammites, longévité... Si on peut légitimement se demander dès lors pourquoi elle n’a pas envahi nos prairies, selon Philippe Derouet, c’est peut-être parce que cette anglo-normande traîne encore l’image d’une “race de châteaux”, presque “d’animal de compagnie”, faisant oublier ses valeurs productives, bien réelles.
(1) Taux protéique.

 

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