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Intempéries : après l’orage, les agriculteurs toujours dans l’incertitude

Un mois après les violents orages de grêle du 25 juin, la Corrèze panse encore ses plaies. Des campagnes abîmées, des bâtiments aux toits percés, des clôtures à terre : les stigmates sont partout. Au-delà des dégâts matériels, c’est une autre réalité qui s’impose à nombre d’agriculteurs : celle d’un parcours du combattant administratif, de retards accumulés et d’un sentiment de solitude. 

© DR

Un mois après les violents orages de grêle du 25 juin, la Corrèze panse encore ses plaies. Des campagnes abimées, des bâtiments aux toits percés, des clôtures à terre : les stigmates sont partout. Au-delà des dégâts matériels, c’est une autre réalité qui s’impose à nombre d’agriculteurs: celle d’un parcours du combattant administratif, de retards accumulés et d’un sentiment de solitude. 

Dans ce contexte, la FDSEA de Corrèze, aux côtés des Jeunes Agriculteurs, joue un rôle de soutien sur le terrain. 

Il faut avoir l’esprit bien accroché», souffle Laurent Farge, éleveur de Salers. 

La grêle a abîmé plusieurs de ses bâtiments, dont certains contiennent de l’amiante. Les devis sont faits, un acompte sera versé, mais les entreprises, saturées, annoncent des travaux pas avant septembre. « Et encore, ce n’est pas garanti », soupire-t-il, inquiet de ne pas pouvoir rentrer ses bêtes avant l’hiver. 

Plus au sud du département, Alexandre, éleveur laitier, n’a toujours pas vu passer l’expert. Ses cultures sont sinistrées, deux tiers de son maïs perdus. Il évoque une situation compliquée : des bâtiments potentiellement indemnisés, mais des clôtures non prises en charge, car considérées comme relevant des propriétaires fonciers. 

Sauf que les propriétaires, eux, ne s’en préoccupent pas. Alors on fait comme on peut. » 

Le maïs ressemé n’a pas levé, brûlé par la sécheresse. 

Si une autre catastrophe nous tombe dessus, je ne sais pas comment on tiendra. » 

Un sentiment d’abandon… mais des relais actifs 

Ce sentiment d’abandon, partagé par plusieurs agriculteurs, s’explique par la lenteur des démarches, le manque de réponses claires et une complexité croissante des dispositifs

Éric Germain, maraîcher et éleveur, attend toujours un retour de son assurance. Il parle d’un flou constant, de documents à transmettre sans savoir à qui. 

Face à cette détresse, la FDSEA s’est rapidement mobilisée. Dès les premiers jours suivant l’orage, elle a effectué un premier état des lieux sur le terrain, collecté les remontées des exploitants et interpellé les pouvoirs publics. Aux côtés de la Chambre d’agriculture, elle a assuré une présence constante dans les exploitations sinistrées, pour accompagner les démarches, relayer les demandes, et obtenir des réponses concrètes. 

On a fait le lien entre les services de l’État, les assurances, les agriculteurs, dès les premières heures », confirme Michel Queille, élu FDSEA chargé du dossier. 

Des premières réponses… mais des délais encore trop longs 

Sous l’autorité du préfet, une cellule de crise a été réunie dès le 7 juillet, puis de nouveau le 23. Autour de la table : chambre d’agriculture, MSA, banques, assureurs, artisansGroupama estime les dégâts à près de 20 millions d’euros, principalement sur les bâtiments. 

Les premières pistes de soutien se précisent : 

• L’Indemnisation de solidarité nationale (ISN), pour les pertes assurées 

• Le dispositif des calamités agricoles, pour les pertes de fonds (clôtures, bâtiments non assurés, arbres…) 

Des comités d’expertise seront organisés à la fin de l’été pour les grandes cultures, puis à l’automne pour les fruits et légumes. Le préfet s’est aussi engagé à demander un dégrèvement de la taxe sur le foncier non bâti et une enveloppe exceptionnelle pour la prise en charge partielle des cotisations MSA. 

Cependant, sur le terrain, les délais administratifs restent en décalage avec les urgences agricoles. 

On ne sait pas si on pourra réparer à temps», s’inquiètent les éleveurs.

Et sans toitures, impossible de rentrer les animaux avant l’hiver. C’est pourquoi la FDSEA travaille activement avec la FD CUMA pour mettre à disposition du matériel temporaire de contention, afin d’aider les éleveurs. 

Repenser les critères, renforcer la solidarité 

Un autre point de tension remonte du terrain : les barèmes d’indemnisation. Après plusieurs années de sécheresse, les rendements moyens sont en baisse, ce qui fausse les références utilisées. 

On risque d’être indemnisés sur des bases bien trop basses », s’alarme un agriculteur. 

Pour lui, comme pour d’autres, une révision des critères est indispensable pour mieux faire face aux futurs aléas climatiques

Tenir, malgré tout 

Enfin, il ne faut pas négliger la dimension humaine. Le choc moral, la solitude dans les démarches, l’épuisement face à l’inconnu. Là encore, les équipes syndicales FDSEA et JA ont fait bloc pour ne pas laisser les exploitants seuls. Appels, visites, réunions locales : leur soutien a permis de redonner un peu de lisibilité et de force collective. 

Aujourd’hui, la mobilisation continue. Les syndicats restent vigilants à l’application des dispositifs et à l’écoute des remontées du terrain. 

Ce qu’il manque, c’est une visibilité claire. On ne sait pas où on va, et c’est ça le plus dur », conclut Laurent Farge. 

Si les incertitudes demeurent, la solidarité, elle, reste réelle. 

Informations pratiques  

Toutes les informations utiles sont disponibles sur le site internet des services de l’État en Corrèze, où chaque procédure est résumée en détail : - Pour l’ISN (Indemnisation de solidarité nationale) - Pour les calamités agricoles (pertes de fonds) Pour tout renseignement complémentaire ou pour signaler les dégâts sur votre exploitation, vous pouvez contacter la Direction départementale des territoires de la Corrèze. Service économie agricole et forestière : - par mail : ddt-seaf-orientation-agricole@correze.gouv.fr - Pauline Besse : 05 55 21 80 34 - Martine Beune : 05 55 21 81 45 - Éric Delannoy : 05 55 21 82 38 

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