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“Il y a le feu au bâtiment...!”

En moins d’un mois, le secteur a vu la conjoncture se retourner du fait des conséquences de la guerre en Ukraine. Face à l’onde choc, la profession appelle à des mesures de soutien.

Les entrepreneurs du bâtiment manquent de visibilité alors que les carnets de commande étaient pleins.
Les entrepreneurs du bâtiment manquent de visibilité alors que les carnets de commande étaient pleins.
© P. O.

Il y a guère plus d’un mois, le secteur du bâtiment - comme d’autres d’ailleurs - était en quête de main d’œuvre pour assurer des carnets de commandes regarnis de plus belle. “On a même monté des formations spécifiques(1) pour rendre nos métiers plus attractifs”, témoigne Michel Gennai, président de la FFB15 (Fédération française du bâtiment) et patron de la miroiterie Laumond. Ça, c’était avant, avant que le maître du Kremlin décide d’envahir le voisin ukrainien. Aujourd’hui, certaines entreprises cantaliennes en sont déjà à envisager du chômage partiel, comme l’évoque Géraud Maze : “On a pris quelques dispositions pour essayer d’éviter le recours au chômage partiel mais c’est quelque chose qu’on n’écarte pas d’ici un mois, un mois et demi si la situation
perdure. Tous les jours, je me gratte la tête pour savoir comment je vais occuper mes 20 gars...”, confie le dirigeant de Rigaudière Constructions à Saint-Martin-Valmeroux, dont le planning de travaux est pourtant plein sur les 24 prochains mois.

Faire un devis... mission impossible
Le hic ? “Une augmentation dramatique du prix des matières premières, de l’ordre de + 30 %,
+ 40 % et même + 100 % pour certains matériaux, qui remet en cause un certain nombre d’entreprises dont la trésorerie est sérieusement attaquée. Aujourd’hui, ce n’est plus viable”, alerte Michel Gennai au sortir d’une réunion en préfecture vendredi avec l’ensemble des représentants de l’économie cantalienne. La première d’une série de cellules de crise hebdomadaires dédiées à l’onde de choc que subit ce pan de l’économie départementale fort de
1 256 entreprises et 3 700 salariés(2).
Jusqu’en ce début d’année, malgré l’inflation de ces matières premières, doublée de difficultés grandissantes d’approvisionnement avec des livraisons incomplètes et des délais rallongés, artisans et entreprises du bâtiment ont “fait le dos rond, rogné sur leurs marges”, confirme Dominique Gouze, dont la société éponyme est spécialisée dans la taille de pierre. Mais avec cette nouvelle flambée des coûts, il n’est plus question de marges, ni de nouveaux chantiers d’ailleurs,
l’inflation inédite des tarifs conduisant d’ores et déjà certains maîtres d’ouvrage, publics, privés, bailleurs sociaux, à différer voire déprogrammer leurs projets, faute de pouvoir les financer. De même, la FFB 15 a observé une érosion de 15 % des mises en construction de maisons individuelles. “Établir un devis est devenu très complexe tant on vit dans l’instabilité. Nos fournisseurs ne veulent plus bloquer leurs prix, ni même nous en donner. On sait ce que ça va nous coûter une fois la marchandise livrée”, déplore le patron de la FFB 15, dénonçant un phénomène spéculatif.
Et l’ampleur des surcoûts est telle qu’il est devenu impossible aujourd’hui de les répercuter sur les clients. Un cercle vicieux pour Géraud Maze, dont 90 % de la clientèle est composée d’agriculteurs. “Le milieu agricole est lui aussi très impacté et ne peut supporter des hausses de 30 % sur un devis. Aujourd’hui, on a des chantiers retardés voire annulés”, témoigne le chef d’entreprise, précisant que les matières premières représentent 60 % du montant du devis.

Appel à la solidarité de la filière et de l’État
Face ce contexte d’extrême volatilité, la profession réclame des mesures de soutien immédiates pour passer cette nouvelle crise dont personne ne se hasarde à pronostiquer la durée : à commencer par une solidarité de la filière avec un véritable partage des surcoûts. “La hausse de coûts bâtiment s’élève à 5,4 % sur un an à fin décembre, c’est deux fois plus que l’inflation !”, relève Dominique Gouze. La FFB se tourne également vers le gouvernement pour des dispositifs transitoires mais forts : le gel des pénalités de retard, la prise en charge intégrale de
l’activité partielle, un allègement des charges patronales, l’allongement de la durée des PGE (prêts garantis par l’État), ainsi qu’une indexation systématique de tous les marchés et pas seulement des commandes publiques.
Michel Gennai plaide en outre pour un abaissement de la TVA pour le secteur afin de relancer la demande. Au-delà, dans le cadre de ses 85 propositions aux candidats à la Présidentielle et aux législatives, la fédération nationale s’est positionnée pour une simplification et un confortement des soutiens à la rénovation énergétique et pour la création d’un ministère dédié à la construction durable et à l’aménagement du territoire.
En attendant, les entreprises cantaliennes ont déjà pris les devants pour réduire leurs charges, comme chez Rigaudière Constructions : “On est passé à une semaine de quatre jours pour limiter les frais de déplacement...”, indique Géraud Maze.

(1) Notamment avec le lycée Monnet-Mermoz, lire nos précédentes éditions.
(2) Le secteur du bâtiment représente 20 % du PIB de la France.

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