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Hier comme aujourd’hui, celui qui façonne le paysage, c’est le paysan

Jeudi 29 novembre, le lycée agricole d’Aurillac a servi de cadre à une soirée d’échanges sur le thème “Agriculture et paysage” qui a rappelé les liens étroits qui unissent l’un à l’autre.

Depuis l’image des faucheurs d’Albert Monier, la mécanisation est passée par là, avec des engins de plus en plus sophistiqués. 
Depuis l’image des faucheurs d’Albert Monier, la mécanisation est passée par là, avec des engins de plus en plus sophistiqués. 
© R. S.-A.

En écho à l’exposition “Empreintes et paysages”, une table ronde se tenait sur le thème de l’agriculture et sa manière de façonner les paysages d’hier et d’aujourd’hui. Parmi les 42 photos d’Albert Monier, prises dans le Cantal des années 50, une douzaine servait de support à un débat auquel participaient historiens, sociologues, mais aussi René Souchon, en qualité d’ancien ministre délégué à l’Agriculture, artisan de la loi Montagne et de celle visant au développement de la forêt. Mais en ouvrant cette conférence, Anne Soula, adjointe au maire d’Aurillac, rappelait l’étymologie commune de paysages et paysans. La suite allait lui donner raison.

Mécanisation et remembrement

Tous les intervenants s’accordent en effet à souligner que c’est l’agriculture qui a “construit” les paysages. Marcel Besombes témoigne cependant d’un “avant” et d’un “après” la motorisation, boostée par le plan Marshall. “On défriche pour récupérer de la surface, on arrache à la pioche les châtaigniers. La faux est remisée et tout ce qui n’est pas mécanisable n’est plus fauché, l’embroussaillement progresse”, explique celui qui a dirigé la Chambre d’agriculture pendant une quinzaine d’années et la coopérative d’estives durant 40 ans. Il ajoute que les lois d’orientation agricole de 1960 et 1962 ont créé des outils d’intervention qui invitaient les plus anciens à se retirer, indemnités à la clé. “Tout allait très vite, les fermes devenaient plus grosses, les terres se regroupaient, les haies étaient rasées et les murets enfouis pour que passent les machines”, assure Marcel Besombes pour justifier que les paysages du Cantal qu’a immortalisés Albert Monier ne sont plus exactement les mêmes. “Le remembrement de grande envergure et un peu brutal a également fait disparaître de nombreux indices qui permettaient de lire les traces de la nature”, relève Claude Chazelle, architecte paysagiste et enseignant à l’École nationale supérieure du paysage de Versailles. “Depuis les images laissées par Albert Monier, le paysage s’est simplifié”, confirme Claire Planchat-Héry, ingénieure en sociologie de l’environnement, docteure en géographie et aménagement des territoires.

Co-construction avec... les urbains

René Souchon y voit un autre méfait : l’impact sur la biodiversité. “Si les débuts du remembrement s’annonçaient bénéfiques pour l’agriculture, ils ne l’étaient pas pour l’environnement, avec suppression de haies et de bosquets qui abritaient des insectes, des petits mammifères et du gibier, tandis que l’érosion des sols par le vent et l’eau étaient facilités.” L’ancien élu rappelle qu’il faut attendre 1993 pour que la loi oblige à intégrer un volet paysager dans l’étude d’aménagements fonciers. “Pour répondre aux attentes des urbains !”, précise l’ancien ministre, qui plaide toujours pour une “co-construction” qui fasse travailler ensemble des intérêts parfois divergeants.  Le Puy Mary est, à ce propos, un exemple réussi, selon Claude Chazelle, qui a eu à travailler sur l’opération Grand site. “Les habitants ne tournent plus le dos au Puy Mary dans leurs vallées, mais ont le sentiment d’appartenir à une grande unité. La mise en valeur, qui profite au tourisme, fait que les habitants l’ont redécouvert d’un œil neuf.” Voilà une belle conclusion pour la sociologie mais qu’en est-il au jour le jour lorsqu’il s’agit de régler - partout dans nos campagnes - des “conflits d’usages” que René Souchon prédit de plus en plus marqués entre agriculteurs, chasseurs, vététistes, chercheurs de champignons et exacerbé par “l’esprit dominateur des urbains à propos d’un paysage dont ils ne connaissent pas la genèse et ignorent que ce sont les agriculteurs qui l’ont sculpté”.

Gaston et les AOP

Plutôt que “conflits d’usages”, Claire Planchat-Héry préfère parler de “controverses”. Sa solution ? Faire des concessions, comme elle l’illustre avec le personnage de Gaston Lagaffe qui, sur le modèle de la chatière, invente une “mouettière” pour laisser passer son oiseau de compagnie (une mouette !) tout en laissant les portes fermées comme l’exigent ses collègues. Plus sérieusement, René Souchon révèle qu’une étude démontre qu’une zone AOP de grande qualité paysagère, comme le saint-nectaire, profite à l’économie de filière. Celui qui s’est baladé dans ce cadre naturel voulant emporter avec lui un peu du plaisir que ces paysages lui ont procuré, quitte à payer plus cher son fromage. Une question que, selon lui, l’AOP cantal ne s’est pas posée.

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