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Happy production : Faire du bonheur des éleveurs et des animaux une valeur ajoutée

Avec le relais de vétérinaires locaux, la société Obione certifie et promeut des élevages qui fonctionnent bien, où le bien-être des éleveurs et animaux n’est pas une utopie.

Les agriculteurs cantaliens engagés dans la démarche “Happy fermes” récompensés par la société Obione.
Les agriculteurs cantaliens engagés dans la démarche “Happy fermes” récompensés par la société Obione.
© P.O.

Qu’il semble loin le temps - c’était en 2013 - de l’insouciance du tube de Pharell Williams, “Happy” (heureux), repris et décliné aux quatre coins de la planète, dont à Aurillac. Pour les éleveurs, cette insouciance n’a plus court depuis belle lurette, eux dont le quotidien est “bercé” par les caprices de la météo, les crises de production, les attaques cinglantes de certains mouvements... Pas question cependant de sombrer dans la sinistrose ni de rester figés dans ses pratiques.  C’est en tout cas l’ambition de la démarche “Happy”, portée par Lionel Reisdorffer, président d’Obione, société experte en nutrition, conseil et formation auprès des éleveurs. “La démarche est née en 2015 en partant d’un constat : au quotidien, on intervenait auprès d’éleveurs pour les aider à solutionner des problèmes mais du coup, on ne rencontrait pas les éleveurs chez qui ça allait bien. Or, c’est beaucoup plus facile de gérer par l’exemple, par des témoignages positifs que par la seule science, relate ce vétérinaire de formation. Et ce qui est mieux encore, c’est d’expliquer les expériences positives par la science et vice-versa.” Débute alors un collectage de ces solutions techniques. Une banque de pratiques favorables que l’équipe d’Obione décide d’élargir à d’autres indicateurs : le bien-être des animaux et l’épanouissement des éleveurs.

170 critères à la loupe

“On a décidé de faire du bonheur des animaux et des hommes une valeur ajoutée de l’élevage, sachant que le bonheur des seconds ne peut se passer de celui des premiers ”, précise Lionel Reisdorffer, qui insiste sur la valorisation positive de ces pratiques. Fantaisiste, anthropomorphique, utopique comme démarche ? Rien de tout ça, assure l’initiateur de ces “Happy fermes” certifiées au terme d’un audit qui balaie pas moins de 170 critères en 400 questions, allant du comportement des bovins à l’ambiance des bâtiments, de l’atteinte des objectifs privés et professionnels de l’agriculteur à ses interactions positives avec le cheptel. Cet audit, gratuit, est réalisé par des vétérinaires locaux engagés dans la démarche. “On travaille avec un réseau d’une quinzaine de vétos avec lesquels on a développé une certaine compétence, partagé des savoirs, qui sont en capacité de régler un problème de santé par des actions autres que médicamenteuses.” Des “Happy vets” à l’image de Michaël Delbouvry, praticien à Lafeuillade-en-Vézie, qui mise sur le préventif. “Je travaillais déjà en collaboration avec Lionel, la démarche m’a plu parce qu’elle apporte un meilleur relationnel avec l’éleveur, des échanges intéressants. L’objectif, c’est d’avoir des éleveurs de mieux en mieux formés, pour avoir moins d’interventions sachant qu’on est un métier qui peine à recruter.” Moins d’interventions mais pas moins de conseils. Le responsable d’Obione était ainsi la semaine dernière à Leynhac pour un premier module de formation sur le colostrum suivi par des éleveurs reconnus “Happy”, et d’autres qui pourraient un jour le devenir. Lionel Reisdorffer estime qu’en première approche, 75 % des éleveurs ne remplissent pas les conditions d’une Happy production, mais que ceux présélectionnés par les vétérinaires dans leur clientèle sont 50 à 60 % à réussir l’audit. “Pour l’instant, on n’a pas eu d’éleveur recalé deux fois de suite ; après un plan de corrections, ils sont certifiés au deuxième audit”, expose-t-il, sachant que 120 exploitations tricolores(1) ont reçu à ce jour le diplôme Happy attribué pour deux ans.  Qu’ont à y gagner les éleveurs justement ? Une forme de reconnaissance : “Ils ont envie d’être reconnus comme un métier de professionnel, rentable, qui les épanouit, et non comme des forçats de la terre ou des maltraitants...” Mais pas seulement, les responsables d’Obione ont pris des contacts avec la grande distribution, intéressée par cette forme de différenciation pleinement en phase avec les attentes sociétales. “Si on arrive à la segmentation de marché, on sera des proposants de produits à valeur ajoutée bonheur”, espère Lionel Reisdorffer. Des éleveurs en vente directe arborent eux déjà cette mention sur leurs produits.

(1) Objectif : arriver à 300 élevages allaitants et autant de laitiers certifiés.

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