Garder les bovins, garder la valeur : le défi lancé à la filière creusoise
Réunis au lycée agricole d’Ahun le 18 juin dernier, éleveurs, responsables professionnels, élus et représentants de l’État ont participé au premier atelier creusois des Conférences de la souveraineté alimentaire. Au cœur des débats : l’avenir de l’engraissement bovin. Derrière cette question technique se dessine un enjeu stratégique pour le territoire : sécuriser les débouchés, créer davantage de valeur ajoutée localement et préparer l’élevage bovin creusois aux défis de demain.
Réunis au lycée agricole d’Ahun le 18 juin dernier, éleveurs, responsables professionnels, élus et représentants de l’État ont participé au premier atelier creusois des Conférences de la souveraineté alimentaire. Au cœur des débats : l’avenir de l’engraissement bovin. Derrière cette question technique se dessine un enjeu stratégique pour le territoire : sécuriser les débouchés, créer davantage de valeur ajoutée localement et préparer l’élevage bovin creusois aux défis de demain.
Jean-Philippe Legueult, Préfet de la Creuse
Pascal Lerousseau, Président de la Chambre d’agriculture de la Creuse,
Geneviève Barat, élue de territoire Sud Creuse au Conseil Régional, Conseillère déléguée à la Ruralité, aux Circuits-courts et à la Feuille de route Alimentation.
Organisée à l’initiative du préfet de la Creuse, Jean-Philippe Legueult, cette rencontre s’inscrit dans la dynamique nationale des Conférences de la souveraineté alimentaire lancées par la ministre de l’Agriculture Annie Genevard. Cette démarche, prévue par la loi d’orientation pour la souveraineté alimentaire et le renouvellement des générations agricoles promulguée en mars 2025, vise à définir les ambitions de production françaises pour les dix prochaines années.
Pour la Creuse, département au cœur du berceau de la race limousine, le sujet de l’engraissement s’est rapidement imposé. Si le modèle naisseur-exportateur reste aujourd’hui performant grâce à des cours soutenus et à des débouchés dynamiques vers l’Italie ou l’Espagne, il demeure fortement dépendant des marchés extérieurs.
« Les revenus issus de l’exportation sont actuellement rémunérateurs mais ils répondent à une logique de court terme qui reste fragile. L’engraissement, lui, s’inscrit dans une stratégie de long terme plus sécurisante pour les éleveurs et le territoire », a rappelé le préfet en ouverture des échanges.
La Creuse, territoire clé de l’élevage bovin régional
Pour Pascal Lerousseau, président de la Chambre d’agriculture de la Creuse, il était naturel que ce premier atelier consacré à l’engraissement bovin se tienne dans le département.
« La Creuse représente à elle seule près de 20 % du cheptel bovin régional et demeure le premier département de Nouvelle-Aquitaine en vaches allaitantes », a-t-il rappelé en ouverture.
Un poids économique qui confère au territoire une responsabilité particulière au moment où l’ensemble de la filière s’interroge sur son avenir. Selon lui, si la Creuse résiste mieux que d’autres bassins d’élevage à la décapitalisation, la tendance reste néanmoins préoccupante. Le recul progressif du nombre d’animaux s’ajoute à un autre défi majeur : le renouvellement des générations. Plus de 55 % des agriculteurs creusois ont aujourd’hui plus de 50 ans, soit davantage que la moyenne nationale.
Pour le président de la Chambre d’agriculture, l’engraissement constitue donc l’un des leviers permettant de conforter durablement l’activité d’élevage sur le territoire en captant davantage de valeur ajoutée localement. À la condition toutefois de travailler en même temps sur l’acceptabilité des projets d’élevage par la société qui voit souvent d’un mauvais œil les projets d’envergure porté par les agriculteurs.
Une filière solide mais confrontée à plusieurs fragilités
Les chiffres présentés par la Draaf Nouvelle-Aquitaine témoignent de la tendance de décapitalisation des cheptels : en seulement deux ans, la région a perdu près de 67 000 vaches. Dans le même temps, la France reste déficitaire en viande bovine, avec un taux d’auto-approvisionnement estimé autour de 90 %.
À ces évolutions structurelles s’ajoutent d’autres préoccupations : renouvellement des générations, accès au capital, aléas climatiques, pression sanitaire ou encore pénurie de vétérinaires en zones rurales.
Plusieurs intervenants ont souligné la vulnérabilité du modèle actuel face à une éventuelle fermeture des frontières. Ils ont rappelé les perturbations récentes provoquées par certains épisodes sanitaires, notamment autour de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) qui a fortement compliqué les mouvements d’animaux et les exportations dans plusieurs régions françaises. En s’appuyant sur l’exemple de la tuberculose bovine, le président a appelé à une réflexion sur le statut des cheptels et de l’incidence pour l’exportation. Pour les représentants professionnels, cet enjeu est directement lié à la compétitivité des élevages français.
Des leviers déjà identifiés
Si les échanges ont conforté la nécessité de sécuriser davantage les débouchés par le développement d’ateliers d’engraissement, il est également nécessaire de mieux accompagner les éleveurs dans leurs choix technico-économiques sans oublier d’investir dans le maintien d’outils industriels adaptés sur les territoires. Par ailleurs, les témoignages d’éleveurs engraisseurs et de responsables coopératifs ont montré que plusieurs modèles pouvaient coexister : ateliers individuels, démarches collectives, contractualisation avec les opérateurs ou encore intégration dans les filières de restauration hors domicile.
Geneviève Barat, représentante du Conseil régional a, quant à elle, rappelé l’engagement de la région auprès de la filière à travers le déploiement de différents dispositifs d’accompagnement, notamment les prêts à taux zéro pour l’achat de jeunes animaux, le soutien à l’innovation et à l’adaptation du changement climatique via la Ferme des Bordes ou encore l’intégration de viande régionale au sein de la restauration collective.
Une première étape pour le projet Creuse 2030
Cette rencontre marque le lancement d’un cycle de réflexions plus large sur le volet agricole porté dans le cadre du projet « Creuse 2030 ». Après l’engraissement bovin, d’autres ateliers consacrés au renouvellement des générations, aux financements du développement des exploitations, à l’accès à l’eau, à la diversification agricole ou encore à l’enseignement agricole doivent être organisés dès la rentrée de septembre.
Au terme des échanges, un constat semblait partagé par l’ensemble des participants : la Creuse dispose d’un atout majeur avec son potentiel d’élevage. Reste désormais à transformer cet avantage en valeur ajoutée locale afin de consolider durablement l’avenir de la filière bovine et des exploitations du département.
ND, Chambre d'agriculture de la Creuse