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Future PAC : les agriculteurs européens unis sur des soutiens directs ambitieux

La table-ronde avec les représentants des syndicats agricoles européens.
La table-ronde avec les représentants des syndicats agricoles européens.
© D.R.

La PAC qui sera mise en œuvre après 2013 était forcément à l’ordre du jour du 64e Congrès de la FNSEA. Et pour mieux apprécier la vision de nos partenaires européens plusieurs syndicats agricoles d’Etats membres de l’Union européenne en ont débattu autour d’une table ronde. Français, Espagnols, Allemands, Britanniques, Irlandais, Hongrois sont au moins d’accord sur une chose : la PAC doit rester une politique économique avec un premier pilier, celui des paiements directs, « fort ». Car dans le cas contraire, selon le président du Comité des organisations professionnelles agricoles de l’UE (Copa), représentant les agriculteurs européens, Padraig Walshe, « il n’y aura plus assez d’agriculteurs pour produire une alimentation sûre pour les consommateurs européens, protéger les campagnes européennes et leur environnement ». Les agriculteurs savent désormais qu’il faut convaincre les consommateurs européens afin de relégitimer la PAC.

 

Modulation : quel avenir ?

Au nord comme au Sud de l’Europe, on le redit : les agriculteurs ont besoin de soutiens directs car ils ne peuvent pas vivre des prix mondiaux avec leurs coûts de production plus élevés qu’ailleurs, en raison notamment de normes sociales et environnementales plus vertueuses. Même s’il y a consensus sur le maintien d’un budget PAC à la hauteur des 55 milliards d’euros actuels au moins (0,4 % du PIB de l’ensemble de l’UE), le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemetayer, réclame de la part des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union « de l’ambition et un budget à hauteur des besoins, pour garantir l’efficacité des outils de marché afin de permettre une régulation indispensable ». Seulement, ce montant devra maintenant se partager entre 27 Etats.

 

Quant au second pilier consacré au développement rural et aux mesures environnementales, les agriculteurs veulent son maintien avec un financement propre. Mais la plupart des syndicats agricoles – excepté le NFU anglais, du moins clairement – se satisferaient d’une abolition de la modulation des aides directes du premier vers le second pilier.

 

Régulations et assurances

Autre point où les agriculteurs européens se rejoignent, avec des nuances pour certain, sur la question de l’intervention publique sur les marchés et des régulations pour contrer la volatilité des prix agricoles. Du côté du NFU, on juge que le filet de sécurité « pour prévenir l’effondrement des marchés, doit être réduit au strict minimum ». Padraig Walshe, lui, milite pour une « gestion des marchés afin de prévenir les crises » au travers de l’intervention publique, de stocks de sécurité, d’un soutien aux exportations. Parallèlement, le Copa demande que les produits importés en Europe respectent les mêmes normes sociales, environnementales, sanitaires que s’impose l’UE. Le DBV allemand comme l’Asaja espagnol y ajoutent des outils comme l’assurance récolte, cofinancés par l’UE.

 

Références historiques ?

Cependant, force est de constater des divergences sur le type de paiements directs. L’originalité est venue de Gerd Sonnleitner, le président du syndicat allemand DBV, qui plaide pour une harmonisation européenne de l’attribution des aides PAC, différente selon les Etats. Tous sont d’accord pour maintenir des aides découplées, mais le bien fondé des références historiques divise. Sans surprise, les Anglais militent pour des paiements « basés sur le foncier » et la fin de DPU liés à des références historiques, explique son président Peter Kendall. Le DBV plaide aussi pour leur « suppression progressive ». Mais Padraig Walshe s’oppose aux aides à l’hectare car « elles n’ont pas de lien avec ce que fait réellement l’agriculteur », leur préférant les DPU actuels dont le revenu de plus de 50 % d’agriculteurs européens dépend (environ 40 % en France), et « mis en place pour compenser la fin des prix garantis », rappelle-t-il. L’Asaja et son président Ignacio Lopez Garcia Asenjo soutiennent cette position. Enfin, Kornél Vancsura, représentant l’agriculture hongroise, souhaite que l’UE opère une différence dans l’attribution des aides PAC « entre ceux qui veulent produire pour le long terme et ceux qui ne veulent que des subventions ».

D. Ciolos pour une PAC qui contre la volatilité des marchés

 

Via un message vidéo enregistré, et diffusé le 1er avril au Congrès de la FNSEA, le commissaire européen à l’agriculture, le Roumain Dacian Ciolos, a affirmé qu’il allait travailler pour une PAC d’après 2013 privilégiant « une orientation raisonnée vers le marché ». Il lance ces prochains jours un grand débat européen sur la future PAC afin de « trouver les bases d’une nouvelle légitimité pour la PAC », a-t-il expliqué. Pour lui, l’orientation de la PAC par le marché « ne signifie pas accepter la trop forte volatilité actuelle des prix » agricoles ; aussi l’UE « doit agir », a-t-il souligné. Et cette action de l’Europe doit aller dans plusieurs directions : « La maîtrise de la volatilité excessive des prix » par des outils de régulation des marchés ; des aides directes « pour stabiliser le revenu des agriculteurs », qui doivent être attribuées « plus équitablement » ; une PAC « plus transparente », les agriculteurs ne devant « pas avoir honte, au côté de leur rôle de production, des services qu’ils rendent à la société dans son ensemble et qui doivent être rémunérés » ; enfin, de nouvelles relations entre les différents acteurs de la chaîne alimentaire afin de « renouveler la confiance des consommateurs sur la formation des prix » et obtenir « des relations apaisées » entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs.

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