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Feu vert à la mécanisation de la lutte avec le phosphure de zinc

Le préfet est venu constater sur le terrain les ravages des rats taupiers et l'efficacité de la charrue sous-soleuse commandée via la FDGDon.

Le préfet a pu mesurer le gain de temps permis par le prototype conçu en Franche-Comté.
Le préfet a pu mesurer le gain de temps permis par le prototype conçu en Franche-Comté.
© P. O.

Jean-Louis Miallet, président du Gdon de Pailherols, n'hésite pas à parler de grande révolution. Lui et plusieurs éleveurs de sa commune ont testé il y a 15 jours le prototype de charrue sous-souleuse commandée par la FDGDon (Fédération départementale des groupements de défense contre les organismes nuisibles)  auprès d'une entreprise franc-comtoise. Deux chiffres suffisent à ses yeux à résumer l'utilité et l'efficacité de cet outil associées à celles du Ratron GW (phosphure de zinc) dans la lutte contre les rats taupiers : 1 hectare traité en 15 minutes. "En une journée, j'ai traité 50 ha en faisant un sillon là où on observe des taupinières et tumuli. Manuellement (à la canne, NDLR), en une journée, c'est à peine un hectare !", rapporte l'éleveur du Carladès. Ce vendredi matin, c'est lui qui a détaillé le fonctionnement et l'intérêt de cette machine au préfet convié par la FDGDon à mesurer sur le terrain l'ampleur des dégâts du rongeur et, parallèlement, le potentiel de lutte offert par ce prototype.

Un hectare en 15 minutes chrono
Rendez-vous avait été donné à Serge Castel et au DDT Mario Charrière sur une parcelle du Gaec Manhès à Saint-Jean-de-Dône. Une parcelle certes infestée mais où la lutte est encore possible. Sur les 22 ha qu'exploitent sur ce plateau Jean-Michel Manhès et son épouse Sandrine, la pullulation des campagnols a débuté à l'automne dernier. "Je traite les taupes au PH3 mais sur les rats, on ne fait plus rien vu la faible
efficacité de la bromadiolone", concède l'agriculteur, illustrant le découragement qui a gagné ces dernières années nombre de ses collègues. Lors de la dernière grande pullulation de 2015-2016, le Gaec, qui élève un troupeau de 60 mères limousines, avait dû acheter pour 6 000 EUR de fourrage, et resemer avec une facture "au minimum de 150 EUR l'hectare", souligne-t-il. Mais le témoignage du Gdon de Pailherols conjugué à la démonstration de la matinée est pour Jean-Michel Manhès porteur d'espoir : "Si les gens voient que le grain et la machine sont efficaces, ils vont s'y mettre", assure l'agriculteur, rejoint par les responsables agricoles.
Car si le phosphure de zinc a montré depuis l'automne - et l'autorisation donnée à son application - toute son efficience sur les campagnols terrestres, sa distribution manuelle à la canne en a freiné plus d'un. "Surtout que cette fin d'hiver, en plus du soin aux animaux encore dans les bâtiments, il y a un gros travail sur les clôtures", a rappelé Joël Piganiol, chef de file de la FDSEA, qui, comme Simon Veschambre, président de la FDGDon, se félicite du tout récent feu vert accordé par le ministère de l'Agriculture à la mécanisation du traitement avec le Ratron GW.

Dérogation ministérielle
"On a obtenu de la DGAL(1) une dérogation pour pouvoir utiliser ce matériel, dérogation que nous allons décliner sur le département à l'issue d'une réunion la semaine prochaine (ce lundi, NDLR)", a confirmé le préfet Castel. "Je suis venu voir l'outil et m'approprier un sujet, celui des rats taupiers, que je ne connaissais pas avant d'arriver dans le département. J'ai mieux compris la façon dont le rat travaille et comment on peut lutter avec cette machine, qui permet de faciliter l'étalement des grains, tout en garantissant les dosages requis", a complété le représentant de l'État, qui a pu apprécier la différence de "rendement" après la démonstration de la technique d'application avec la canne.  
À quelques centaines de mètres de là, ni la canne ni la charrue ne pourront empêcher les pertes fourragères sur une parcelle exploitée par un voisin des Manhès. Une parcelle "minée" , bien trop infestée et où la terre remplace progressivement les touffes d'herbe. Quand bien même l'éleveur voudrait y faire sortir ses vaches, le rendement de pâturage sera des plus réduits et l'ingestion de terre en même temps que l'herbe problématique en termes sanitaires. Sans compter une faible portance du sol. "Là c'est trop tard, c'est foutu, les pertes fourragères y seront. Et même si l'éleveur envisage de sursemer, ça ne servira à rien car les rats y sont encore", commente Christophe Chabalier, animateur de la FDGDon.


Pertes fourragères
D'où, pour Joël Piganiol, la nécessité d'oeuvrer à un dispositif d'indemnisation des pertes fourragères via le FMSE  (fonds de mutualisation sanitaire et environnemental) comme ce fut le cas pour l'épisode de 2016. À cet effet, le président du FMSE, Joël Limouzin, pourrait venir sur le terrain cantalien d'ici peu. Cette potentielle indemnisation des pertes fourragères sera  conditionnée à un effort de lutte pour les éleveurs ayant souscrit un contrat FMSE. Ils sont près de 800 dans le Cantal à ce jour, "la quasi totalité dans des secteurs à forts risques de pullulation, là où il faut un accompagnement", résume Simon Veschambre. "On aura besoin de l'État et pour obtenir le principe de cette indemnisation et pour cranter la méthode d'évaluation des pertes", a indiqué Joël Piganiol au préfet.

(1) Direction générale de l'alimentation, ministère de l'Agriculture.

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