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Ferme florale et lavandière, la lavande dans un Cantal plus chaud

Eric Kapala se lance dans la production de lavande sur les rives du lac de Garabit et anticipe ainsi sur le réchauffement climatique. Il veut donner des idées.

Éric Kapala pose sa débroussailleuse et d’un coup de quad vous conduit à son bureau sur les hauteurs du cirque de Mallet. Le premier champ de lavandin se dévoile  tout en courbe avant que n’apparaissent en contre-bas le lac de Grandval et la vallée ennoyée de la Truyère. Passé le Viaduc de Garabit, emblème du Cantal à quelques kilomètres, au bout du chemin au bout du village d’Auriac de Faverolles, l’impression est de se retrouver au bord de la Méditerranée. Il y a la couleur et l’odeur de lavande, les pins et les dériveurs du club de voile, plus bas, sur une «mer» sans vague. Il y a le bourdonnement des abeilles. Là s’arrête la carte postale. Assis à “son bureau”, une table et un banc en bois avec ce paysage sous les yeux, Éric Kapala fait remarquer que malgré une journée ensoleillée et chaude, on n’entend pas les cigales qui, pourtant, ont colonisé depuis quelques temps la vallée. Sur l’autre rive, il pointe le doigt vers les arbres en perdition. Ils sont de plus en plus nombreux victimes des canicules à répétition, du scolyte et autre pissode qui tuent la forêt à petit feu. “Le changement climatique est déjà sous nos yeux, visible”, partage ce néo-Cantalien tombé amoureux du département(1).

Nouvelle vie

Après une carrière professionnelle comme chef d’entreprise à diriger 25 personnes et autant de saisonniers, à négocier des végétaux venus du monde entier auprès de grands groupes commerciaux, Éric Kapala aurait pu savourer un panorama suffisant à son bonheur présent. Mais cela ne pouvait satis- faire cet homme jamais à court d’idées. “Je suis de cette génération qui en a bien profité sans compter et surtout, pour cela, sans se soucier de la santé de notre planète, confie-t-il. Je ne pouvais pas rester sans rien faire ! Au contraire, je veux aider à montrer que le Cantal peut s’adapter au changement et en tirer de la plus-value.” Alors que dans l’Hérault, on arrache la vigne pour cultiver des mandarines, autour de son village d’Auriac, Éric Kapala, formé à l’horticulture et aux aménagements paysagers, plante de la lavande, du lavandin, déjà en pleine fleur prêt à être cueilli d’ici mi-août. Sur les dix hectares à venir, les différents pôles de culture, des terres en propriété ou en fermage, il y a également de prévu de l’immortelle, des plantes aromatiques et médicinales et aussi probablement de la gentiane. Pour ce faire, il a fallu créer des machines spécifiques avec la complicité d’un ami, bricoleur de génie.

Une image

La lavande qui alimente l’imaginaire de l’arrière-pays niçois et de la Drôme, s’acclimate parfaitement dans ce secteur aux terres drainantes posées sur le schiste. Elle souffre davantage des trop fortes chaleurs comme on en rencontre de plus en plus dans le Sud que des gelées qui tendent à disparaître en Haute-Auvergne. C’est aussi et surtout le moyen de remettre en valeur des terres peu mécanisables et donc abandonnées à la brous- saille et aux risques d’incendie. Le projet n’est pas utopique à la condition de valoriser les produits. Cela n’empêche pas d'être à l'écoute des demandes de gros transformateurs. 

Vision territoriale

Avec son entreprise, Marge-Aubrac, en référence aux deux territoires qui entourent sa ferme florale et lavandière, Éric Kapala compte produire des huiles essentielles, avec l’objectif de 30 litres par hectare, de l’hydrolat, des savons...(2) Pour cela, il profite de l’atelier cosmétique du lycée agricole de Saint-Flour. “Je suis label- lisé agriculture biologique mais ce qu’il faut surtout faire, c’est tendre vers la qualité pour nous démarquer des autres, constituer des petites filières, jouer les complémentarités sur le territoire. Par exemple, deux apiculteurs installent déjà leurs ruches autour des champs de lavandin.” Pour l’an prochain, Éric Kapala confiera une partie du désherbage aux moutons. Il imagine aussi faire de la fleur fraîche ou séchée. L’entrepreneur qui est en lui voit les multiples possibilités offertes, à la condition de “vendre” une histoire, un terroir, des savoir-faire. Et le Cantal ne manque pas de qualités pour cela et la première d’entre-elles : être un territoire préservé.

BENOÎT PARRET

(1) Creusois d’origine, Éric Kapala est marié à une Sanfloraine.

(2) Le projet est suivi par l’incubateur Lan- destini en faveur d’une réconciliation de la nature et de l’activité humaine.

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