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Féminisation de la FNSEA : "en AuRA nous n'avons pas attendu que le national se réveille "

La FNSEA a présenté lors de son congrès une résolution qui modifie ses statuts et inclut un quota de 25 % de femmes suscitant un vif débat. Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63 porte un avis favorable sur la mesure mais dénonce la manière. 

Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63
Sabine Tholoniat, présidente de la FNSEA 63
© Mélodie Comte

Vous avez participé au congrès de la FNSEA durant lequel vous avez vivement réagit à la proposition du syndicat d'imposer un quota à la féminisation. Quel est votre position sur cette mesure ? 

Sabine Tholoniat : Il y a tout d'abord un biais sur l'accessibilité à cette parité dans nos différentes instances. Ces 25% sont actés pour le conseil mais pas pour le bureau de la FNSEA. Ce qui n'est pas normal. Il est demandé de faire cet effort aux grandes régions qui ont le plus d'administrateurs. Par conséquent, les fédérations n'ayant qu'un ou deux administrateurs au sein du syndicat national, vont voter cette modification afin que l'effort soit porté par les autres, plutôt que par eux. 

Cette méthode me gêne. 

Je considère qu'il n'y a pas d'équité pour l'ensemble des agricultrices de France. C'est aussi totalement impartial. Le quota est certes un moyen de tenir les objectifs mais il ne doit en aucun cas occulter cette question : pourquoi les agricultrices ne s'impliquent pas dans des responsabilités professionnelles ? Il y a une analyse à faire, des freins à identifier et des moyens à mettre en place pour les lever.

À lire aussi : Agricultrices : des différences encore fortement marquées entre les hommes et les femmes

Quels sont ces freins qui empêchent les agricultrices de s'investir dans le syndicalisme ?

Le premier c'est l'homme, ou l'époux, ou le conjoint qui pour un certain confort ne laisse pas partir madame. 

C'est confortable d'avoir quelqu'un qui est entièrement dédié à certaines tâches professionnelles telle que la comptabilité ou la gestion administrative, entre autres, et qui en plus assume les contraintes quotidiennes de la vie de famille

Quand on discute avec des agricultrices, cette charge est systématiquement citée.

Le second frein découle du premier, il est psychologique. Les agricultrices peinent à délaisser les tâches familiales pour s'engager. Cette espèce de culpabilité est d'autant plus forte lorsqu'elles ne savent pas comment, ou qu'elles n'ont pas la possibilité, de se faire remplacer pour faire un peu de ménage, aller chercher les enfants...

La commission nationale des agricultrices a d'ailleurs entamé un travail de réflexion à ce sujet. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ?

En effet, des travaux sont en cours sur une majoration du crédit d'impôt de 50% à 80% pour prendre en charge des heures de ménage ou de garde pour les agricultrices et les agriculteurs engagés dans un mandat syndical. L’idée n’est pas de demander un effort supplémentaire à l’Etat mais de maintenir l’enveloppe actuelle de 12 000 €/personne qui n’est jamais entièrement consommée. Avec une majoration, ce soutien serait plus attractif.

On ne peut pas quitter sereinement son exploitation et sa maison pour des responsabilités professionnelles, sans avoir la certitude que toutes nos astreintes seront remplies. 

Si on part à une réunion en ayant en tête qu'à telle heure on doit quitter la table des négociations pour aller récupérer les enfants, faire les devoirs, la traite et préparer le repas; on ne peut être ni pleinement impliqué, ni acquérir des compétences. Tant que ces pressions ne seront pas levées, les agricultrices ne parviendront pas à s'engager dans des mandats syndicaux.

À lire aussi : Améliorer la représentativité des femmes en agriculture

Atteindre cet objectif de 25% de femmes est-il davantage réalisable à l'échelon local ?

Oui mais encore une fois à la seule condition de tout mettre en œuvre pour permettre aux agricultrices de s'engager pleinement, sans avoir une charge mentale démesurée. Il est vrai qu'il est plus facile de quitter une journée son exploitation et sa vie de famille pour une réunion dans son département que partir plusieurs jours pour aller à Paris ou autres. 

À lire aussi : Paroles de femmes : un siècle de combat

Craignez-vous une discrimination positive suite à la mise en place de ce quota ?

On entre au bureau parce qu'on est compétente, pas parce qu'on est une femme ! C'est ce qu'on souhaite.

En AuRA, nous n'avons pas attendu que le national se réveille. En janvier 2025, nous avions quatre présidentes de fédérations départementales sur les douze.

J'ai surtout le sentiment qu'aucune de nos remarques n'a été entendue durant ce congrès. Cette histoire donne l'impression d'être une question d'affichage... Nous voulons être reconnues parce qu'on apporte quelque chose à la structure pas parce qu'il faut boucher des trous !

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