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Exercer plusieurs métiers, un choix assumé

Dans les choix entre ces deux stratégies, les moteurs sont souvent ailleurs que dans l'économie. C'est aussi vouloir donner du sens à sa vie professionnelle.

Cécile Florelli, Karine Baldecchi, Didier Folleas, Hervé Chambon et Jacques Mathé ont débattu sur les notions de diversification et pluriactivité.
Cécile Florelli, Karine Baldecchi, Didier Folleas, Hervé Chambon et Jacques Mathé ont débattu sur les notions de diversification et pluriactivité.
© CR

Agriculteur le lundi, salarié le mardi, vendeur direct le samedi... des exploitants agricoles choisissent de combiner plusieurs activités professionnelles et/ou diversifier leur activité. Les raisons de leur choix sont multiples : sécuriser le revenu du foyer, répondre aux nouveaux enjeux économiques, technologiques et sociétaux de l'agriculture ou, tout simplement, donner un sens à leur vie professionnelle et répondre à « l'envie » de faire autre chose en exerçant plusieurs métiers.
À l'occasion du Sommet de l'élevage, CerFrance de l'Alliance Massif Central (Cantal, Haute-Loire, Lozère, Puy-de-Dôme Avenir et Terre d'Allier) s'est penché sur ces différentes trajectoires adoptées par 23 % d'exploitations de la région qui commercialisent en circuit courts.
Qu'est-ce qui motive leur choix ? Quelles sont les conditions de réussite ? Autant de questions décryptées par les intervenants d'une table ronde, animée le 3 octobre dernier par Nathalie Velay, chargée de mission en veille économique et responsable du service études et références de CerFrance Alliance Massif Central.

Oser le cap de la diversification
Il est un fait que le métier qui était alors relié au seul acte de production doit désormais prendre en compte des changements profonds. Les agriculteurs deviennent ainsi des acteurs de la transformation agricole : ils ajustent les volumes et la performance, ils adaptent leurs pratiques et leur système d'exploitation, ils s'impliquent dans la vente de leurs produits. Mais adopter ces stratégies suppose de bien comprendre ce qu'on est capable de faire sur son exploitation. Pour Jacques Mathé, économiste au réseau CerFrance et professeur-associé à la faculté des Sciences économiques de l'Université de Poitiers, « l'agriculteur doit s'interroger sur ce qu'il a de mieux à mettre en oeuvre dans l'exploitation ; que peut-il faire de plus qui corresponde à son activité, mais aussi à ses envies et ses aptitudes. C'est un questionnement difficile car la PAC a homogénéisé les exploitations ; or, diversifier, c'est sortir de ce modèle homogène et arriver à identifier sa différence par rapport à d'autres exploitants ». C'est le cheminement qu'ont suivi Didier Folleas et sa compagne Karine Baldecchi, maraîchers en Haute-Loire. Anciens producteurs laitiers au sein d'un Gaec à trois associés, ils choisissent de se lancer dans la production de fruits rouges et maraîchage après dissolution du Gaec. « C'est le côté plaisir qui a pris le dessus, confie Didier. La production laitière était devenue trop dure ; on bataillait pour vivre... » Aujourd'hui, l'exploitation compte 3,5 ETP sur 2,5 ha de petits fruits et 5 ha de maraîchage. Au fil des années, le couple a diversifié ses produits et les modes de commercialisation. Dans « La cabane », lieu de vente à la ferme, on trouve aussi de la viande de boeuf en caissette et divers produits locaux venant compléter les étals de fruits et légumes de l'exploitation. Didier Folleas reconnaît qu' « il faut oser le changement , accepter de redémarrer presque à zéro et ne pas avoir peur de passer le cap des premières années. Mais au final, c'est sans regrets ! »

L'envie de se réaliser autrement
Quel est le sens de la pluriactivité en agriculture ? Si d'aucun s'accordent à dire que c'est une réponse pour dégager un revenu complémentaire à celui de l'exploitation, Cécile Fiorelli, chargée des Ressources Humaines du Département Sciences pour l'Action et le Développement à l'INRA, indique que « cette rationalité (ndlr : complément financier) n'est pas automatique. Le raisonnement n'est pas seulement économique il y a aussi l'envie de faire autre chose et de se réaliser autrement ». Hervé Chambon, éleveur de porcs à Aubiat (63), est également salarié technico-commercial dans une entreprise régionale. Il s'est posé la question du sens de la pluriactivité mais a choisi de poursuivre les deux de front avec l'appui d'un salarié sur l'exploitation. « Seul c'était trop difficile » reconnaît-il. Pour ce père de trois enfants, la pluriactivité a du bon, « c'est une sécurité financière. Être salarié avec un CDI a aussi de la valeur pour financer un projet... on peut investir plus vite sur l'exploitation. Mon activité salariée me permet également de sortir des problématiques de l'exploitation, de prendre un peu de recul et d'avoir une approche différente sur le processus de conduite de l'exploitation en m'inspirant de la logique d'entreprise vécue en tant que salarié ». L'éleveur de porcs reconnaît cependant quelques freins sociaux à la pluriactivité tels que la retraite, les indemnités de santé, les aides à l'installation... des freins qu'il est besoin d'anticiper dans tout projet. « Chacun a son fil conducteur ; il faut être cohérent avec soi-même, donner du sens à ses projets » conclut Hervé Chambon.

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