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Être payé plus pour produire du lait plus riche

Alors que les plaquettes de beurre continuent à se faire rare dans les rayons, Yannick Fialip, président de la section régionale laitière Auvergne-Limousin prévient : « si les entreprises veulent plus de matière grasse, il faudra qu’elles payent le lait plus cher ».

© SC

Quelles sont les mécanismes en jeu derrière la « pseudo » pénurie de beurre ?
Depuis deux mois, la demande mondiale en beurre a fortement progressé. En conséquence, le cours du beurre a triplé, passant de 2 000 à 6 000 euros la tonnes. Dans ce contexte, les GMS ont préféré ne pas mettre de beurre dans les rayons plutôt que de le payer le juste prix. C’est comme si lorsque le prix du carburant était très élevé, nous n’en trouvions plus dans les stations. Les GMS ont pris en otage les consommateurs et les producteurs, ce qui prouve, encore une fois, que la filière ne fonctionne pas, et qu’il est urgent de revoir la construction du prix des produits, chantier lancé dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Sur le court terme, nous espérons que la situation va s’arranger. A priori certains industriels ont réussi à faire passer des hausses aux industriels.

Porté par une demande soutenue, ce problème autour du beurre interroge plus globalement sur la valorisation de la matière grasse. Quelle est la position professionnelle ?
Depuis vingt ans, on a fait la chasse à la matière grasse présente dans le lait. Pour répondre à la demande de la filière, au niveau européen, le taux de matière grasse d’un litre de lait a baissé d’1,5 point. De fait, en produisant du lait moins riche, on a permis aux entreprises de payer le lait moins cher aux producteurs. À la faveur de la réhabilitation du beurre dans la cuisine et de l’explosion de la demande mondiale, il nous appartient dans la filière d’initier une politique volontariste du paiement du lait à la matière grasse. Dans cette perspective, nous producteurs demandons à toutes les laiteries de mieux payer la matière grasse du lait dès 2018. Chaque organisation de producteurs face aux industriels privés, et chaque conseil d’administration dans les coopératives doivent exiger une valorisation de la matière grasse. Au dernier Criel Auvergne-Limousin, nous avons évoqué cette nécessaire valorisation. Le collège des transformateurs a botté en touche en expliquant que c’est à chaque entreprise et à chaque coopérative de définir sa stratégie. Ce qui est clair aujourd’hui, c’est que si une entreprise veut plus de matière grasse, il faudra qu’elle paye le lait plus cher.

Techniquement, comment produire du lait plus riche en matière grasse ?
Il est nécessaire que des programmes d’appui technique soient lancés dès aujourd’hui. Pour répondre à cet enjeu de production de matière grasse, les éleveurs auront besoin de travailler sur la génétique, sur l’alimentation…Techniquement, on incite les éleveurs à réinvestir dès à présent dans la génétique, car on sait que pour augmenter la teneur en matière grasse du lait, il y a un pas de temps d’au moins cinq ans.

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