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Engagés contre le brasier de Landiras

Six sapeurs-pompiers cantaliens, dont cinq SP volontaires, ont combattu pendant 72 heures non-stop contre la progression de l'ogre rougeoyant de Landiras.

Au plus près des flammes avec les collègues de l'Allier.
Au plus près des flammes avec les collègues de l'Allier.
© P. LERMITERIE

Jamais dans la période récente l'expression "soldats du feu" n'aura autant fait sens, a fortiori pour le détachement de six sapeurs-pompiers cantaliens engagés sur le front de "l'ogre de Landiras". Un combat ininterrompu face à un ennemi imprévisible nourri et attisé par des alliés qui l'ont été tout autant : vent changeant, végétation asséchée... Une bataille exténuante pour tenter d'enrayer la progression de cet incendie géant et protéger habitations, campings, points sensibles à laquelle se sont livrés pendant 72 heures quasiment non stop ces cinq sapeurs-pompiers volontaires venus des centres de secours de Paulhac, Mauriac, Anglards-de-Salers, Vic-sur-Cère et Murat, encadrés par l'adjudant-chef Lermiterie(1), pompier professionnel et formateur au Sdis du Cantal. Des pompiers dont certains vont alors vivre leur baptême du feu, un baptême dont ils se souviendront à l'évidence longtemps. Chronologie de cette semaine et de cette mission hors-normes pour des femmes et des hommes qui ne le sont pas moins.

Des personnels et un engin tout terrain
Tout commence vendredi 15 juillet par un coup fil du Codis(2) à 22 h 30 à ces agents inscrits avant l'été sur la liste des personnels disponibles pour armer des colonnes de feu de forêt. Sachant que certains de leurs collègues et un véhicule sont alors déjà mobilisés dans le Sud-Est de la France comme chaque été. Face à l'ampleur et la progression des incendies qui ravagent les forêts en Gironde depuis quelques jours, le Sdis 33 a en effet lancé un appel à de nouveaux renforts, appel relayé par le Centre opérationnel zonal Sud-Est aux départements qui lui sont rattachés. "Pour un petit département comme le Cantal, fournir un second véhicule et un contingent de six personnels, c'est quelque chose d'exceptionnel", relève l'adjudant-chef. Départ au pied levé le samedi en début d'après-midi, direction dans un premier temps Riom dans le Puy-de-Dôme pour rejoindre les équipes de la zone et la soixantaine de véhicules mobilisés dont le cortège va s'étaler sur 2,5 km.
Il est 6 heures du matin dimanche 17 juillet quand la colonne rallie après une nuit blanche Saint-Jean d'Illac à l'ouest de Bordeaux, à une vingtaine de kilomètres de la Teste-de-Buch. Dans le gymnase qui sert de QG aux pompiers, c'est une véritable fourmilière. À peine le temps de se reposer une paire d'heures que le groupe du Cantal et ses homologues de l'Allier sont envoyés dans l'Entre-deux-Mers, à Sauveterre-de-Guyenne, pour prendre le relais de collègues engagés depuis plusieurs jours et épuisés a priori pour des missions à connotation urbaine (défense de lotissements, campings...). "Dès l'après-midi, nous avons procédé à l'extinction d'un départ de feu en sous-bois avant d'être engagés sur le feu de Landiras", relate l'adjudant-chef.
Une réaffectation au coeur de l'incendie forestier, sur le secteur 21 de Landiras, que le groupe doit à un équipage formé au feu mais aussi à son engin multifonctions et tout terrain adapté au relief cantalien et qui va s'avérer un allier précieux en Gironde. Si le groupe composé de 16 pompiers du Cantal et de l'Allier relève du PC feu de Landiras, rapidement, "on s'est un peu retrouvé livrés à nous-mêmes, en électron libre même si nous avions d'autres collègues et engins autour de nous", témoigne Pascal Lermiterie. En cause : un dysfonctionnement dans les moyens de communication. "Les fréquences (radio) attribuées aux chefs de groupe dans ce secteur n'ont jamais fonctionné. On s'est donc attribué en quelque sorte nos missions, ce qui nous a permis d'intervenir énormément, en réponse aux sollicitations incessantes de propriétaires de maisons, de propriétaires forestiers, de techniciens l'Asa DFCI(3)...", explique le sapeur-pompier.

"On tient à l'adrénaline"
Pendant quatre jours et nuits, les départs et missions vont donc s'enchaîner, entrecoupées de rares heures volées de repos tout relatif. "Comment on tient ? Par l'adrénaline ! répond l'adjudant-chef. Quand on est allongé dans l'herbe pour se reposer, qu'on n'en peut plus, et qu'on nous informe qu'il y a une reprise de feu importante à 400 mètres, spontanément la fatigue s'envole, l'euphorie revient et on repart." Une énergie insoupçonnée dopée par le feu de l'action et la solidarité unique qui s'instaure entre ces "combattants" : cela a été le cas quand des agents de l'Asa locale "sont venus nous supplier de venir sauver une pépinière. On était complètement rincé, on n'avait pas dormi, pas mangé, on n'avait quasiment plus d'eau dans l'engin... et puis un agriculteur est arrivé avec sa citerne et 5 000 litres d'eau. C'était formidable : on a pu sauver la pépinière sans que le feu saute la route. L'adjoint au maire en avait les larmes aux yeux." En remerciements, la mairie de Saint-Magne préparera un repas à ces "sauveurs", leur permettra de se doucher, de se reposer sur les tapis de sol rapatriés du collège.
Une cohésion à toutes épreuves
Mais toutes les interventions n'ont pas été couronnées du même succès, au regret des soldats du feu cantaliens : il a ainsi fallu se replier et laisser le champ libre au feu qui avait repris dans une végétation broussailleuse dense. "On est allé faire une reconnaissance sur une piste forestière avec un technicien de l'Asa mais nos collègues qui étaient partis faire la noria ont été sollicités sur une autre mission, on a donc abandonné faute d'eau...", déplore Pascal Lermiterie qui, avec son équipe, est revenu vendredi soir dans le Cantal. Avec le sentiment du devoir accompli ? "Oui mais en fait le sentiment qui prévaut, c'est un tout : le sentiment d'une mission accomplie, d'avoir aidé les gens mais surtout la fin d'une aventure avec les gars, la cohésion, l'ambiance au sein du groupe, c'est quelque chose d'extraordinaire qu'on a d'ailleurs partagé avec les pompiers de l'Allier", décrit-il prêt, comme ses collègues, à repartir.

(1) Sapeur-pompier depuis l'âge de 17 ans, d'abord volontaire puis professionnel (dans l'Ariège, la Gironde...).
(2) Centre opérationnel du Sdis (service départemental d'incendie et secours).
(3) Association syndicale autorisée (Asa) de la Défense des forêts contre l'incendie (DFCI).

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