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Interview
En quoi le système coopératif est-il pertinent ?

Pascal Perri, économiste, spécialiste des questions de concurrence, professeur à l’Ecole supérieure de Commerce de Paris, et Co-auteur avec Georges Lewi d’un livre sur « Les défis du capitalisme coopératif : ce que les paysans nous apprennent de l’économie » (édition Pearson Education) était l’invité de la réunion générale d’information de Domagri.

Pascal Perri, économiste
Pascal Perri, économiste
© Auvergne Agricole

Pascal Perri explique en quoi le système coopératif est un modèle économique « original » et « pertinent ». « Les coopératives sont des entreprises qui respectent deux dimensions centrales de l'économie : le temps et l'espace. Dans le modèle coopératif on investit mais on laisse le temps à l'investissement de produire ses effets, et on respecte le territoire en maintenant l'activité, les emplois, la vie du territoire ». Selon l'économiste, notre société peut aller vers un capitalisme plus coopératif parce que la coopérative se situe sur le marché concurrentiel. «Elle est capable comme n'importe quelle autre entreprise d'investir, d'anticiper tout en respectant le territoire et le temps ». Il ajoute : « ce modèle est encore plus pertinent dans le Massif central où les coûts de production ne peuvent être les mêmes qu'en Europe du nord ». Mais pour Pascal Perri le danger réside dans « l'oubli de l'esprit coopératif » dès lors que la structure a atteint la taille critique et que la gouvernance perd le lien avec ses coopérateurs sur le terrain. Pour aller plus loin dans l'utilisation du modèle coopératif, l'économiste évoque le projet (en lien avec le grand emprunt) de créer une chair sur l'enseignement de ce modèle économique qui , rappelle-t-il « respecte les règles de partage de la richesse tout en restant des entreprises modernes et efficaces ».

Pourquoi un tel fossé entre revenu agricole et prix de consommation ?

Spécialiste de la question de la concurrence, Pascal Perri dénonce le grand écart entre le revenu des agriculteurs et les prix à la consommation. Il pointe également du doigt l'inefficacité de La Loi de modernisation de l'économie (LME) qui n'a pas supprimé les marges arrières mais «maintenu cet espèce de droit de cuissage économique dans des conditions de clandestinité». Il insiste sur le fait qu'une réforme s'impose aujour-d'hui avec la mise en place d'une autorité des marges. « Pourquoi le revenu des agriculteurs baisse de 20 % alors que les prix à la consommation continuent d'augmenter ? Il faut un vrai travail d'étude sur la formation des prix et sur les mécanismes du marché ». Plus largement, Pascal Perri enjoint les agriculteurs à lutter contre « la philosophie du libéralisme total des marchés agricoles » prônée par les anglo-saxons depuis 1995. Pour lui, la mondialisation est un danger car « c'est fabriquer là où les prix de production son faibles pour des marchés où les revenus sont élevés ». Et de citer l'exemple de la Chine qui développe à grande échelle une « agriculture off shore » en achetant ou en louant d'immenses terres arables dans les pays sous développés. En Zambie par exemple, la Chine a acquis l'équivalent de la région Auvergne en surfaces cultivables... « Cette tendance doit nous interpeller. Elle nous rappelle une règle centrale à ne jamais oublier : la souveraineté alimentaire est le pilier de toute nation ».

Comment communiquer ?

Enfin, Pascal Perri a profité d'un auditoire agricole pour inviter les agriculteurs à reprendre la main sur la communication auprès du grand public. « Vous souffrez d'un déficit de communication auprès de vos concitoyens. Ils aiment leur agriculture mais se méfient des agriculteurs qu'ils ne connaissent qu'à travers des propos revendicatifs et des mots tels que subvention, compensation, soutien... Proximité, simplicité et saisonnalité sont les trois messages sur lesquels vous devez vous appuyer pour reprendre le contact avec le public ».

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