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Élevage : Et si l’herbe était la plus résiliente des richesses

Pilier de l’élevage du Massif central, l’herbe mérite plus que jamais d’être cultivée, valorisée et gérée de manière équilibrée. Plusieurs travaux de recherche portant sur ces enjeux ont été présentés dernièrement, à Clermont-Ferrand, à l’occasion du colloque du Cluster herbe.

L'herbe, trésor du Massif central.
L'herbe, trésor du Massif central.
© Anna Beck

L'herbe, ADN de l'élevage du Massif central

Depuis plus de dix ans, conscients que l’herbe est un levier majeur des systèmes d’élevage du Massif central, la profession agricole à travers le Sidam (Service interdépartemental des Chambres d’agriculture), les acteurs de la recherche, de l’enseignement, des filières agricoles… soutenus par les pouvoirs publics à travers notamment le Commissariat de Massif, ont constitué un cluster autour de l’herbe.

« Il s’agit d’une plateforme collaborative au service des filières agricoles et des territoires. L’idée est de décloisonner les travaux menés ici et là pour qu’ils profitent à tous. Nous savons que l’herbe est la première richesse de nos territoires en termes d’équilibre alimentaire de nos troupeaux. Si on conduit bien une prairie naturelle en veillant à équilibrer pâture et récolte, en apportant les bons amendements au bon moment, nous avons les clés d’une gestion intelligente de nos systèmes », a résumé Christine Valentin, agricultrice et élue référente du Sidam, en introduction du colloque du cluster herbe, qui s’est déroulée, fin novembre, à Clermont-Ferrand.

Projet Astrav'ovins : Des cas pratiques pour alléger l’astreinte des éleveurs ovins

L’accélération du changement climatique et l’optimisation de l’organisation du travail requièrent toutefois une réflexion de fond sur les leviers pour améliorer la gestion de l’herbe et in fine la conduite d’élevage. Dans cette perspective, plusieurs projets labellisés par le cluster herbe ont apporté des éléments de réponse. C’est le cas notamment du projet Astrav’ovin, présenté par Sophie Huby du GIE Élevage Occitanie : « L’objectif du projet est de renforcer l’attractivité des filières ovines du Massif Central, par la simplification du travail. Le temps passé à l’alimentation des animaux est une des composantes du travail d’astreinte. Pour se libérer du temps au quotidien, de nombreux éleveurs cherchent à le réduire. Des marges de progrès sont possibles ». 

Lors d’une table ronde, les différents intervenants ont rappelé à quel point travailler sur l’herbe est un enjeu d’avenir pour l’agriculture du Massif central.

En ovins lait plusieurs aménagements pratiques ont été testés pour alléger la charge de travail des éleveurs

  • dressage des agnelles à la traite pour fluidifier le chantier en début de saison de traite,
  • décalage de la période de traite (-5 mois en 4 ans),
  • simplification du mode de récolte et de distribution (passage en séchage en grange)…

En ovins viande aussi, plusieurs pistes ont été explorées : 

  • des durées de lutte de moins de deux cycles pour grouper les agnelages,
  • des transitions alimentaires plus faciles pour les agneaux d’herbe finis en bergerie grâce à l’enrubannage ou avec un aliment concentré dit « transition »,
  • ne plus distribuer le concentré le dimanche…

Expérimenter, travailler avec les jeunes et les citoyens pour garantir un avenir à l'élevage herbager

« Quand on interroge les jeunes sur le métier d’agriculteur, ils sont attirés par la modernisation des systèmes, la technologie qui entre dans les élevages. Ils sont intéressés par l’allègement de l’astreinte et de la pénibilité en lien avec les systèmes herbagers », explique Maguy Jourdan, proviseure de l'EPLEFPA des Hautes Terres de Saint-Flour dans le Cantal.

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Depuis sa création, le Cluster Herbe a labélisé plus d’une centaine de projets

C’est bien pour embrasser toutes ses préoccupations qu’est né le projet ACTIFE, récemment labellisé par le cluster herbe et qui entend répondre à l’enjeu du renouvellement des générations en élevage bovin par la formation. Autour de l’herbe, le cluster aborde donc des sujets aussi bien économique, agronomique, social, environnemental mais aussi sociétal. C’est le cas du projet Coccinelle (co-concevoir avec les citoyens un nouvel élevage laitier écologique de montagne) bâti conjointement par cinq scientifiques de l’INRAE et de VetAgro Sup qui s’appuie notamment sur l’herbipôle de Marcenat dans le Cantal pour réaliser des expérimentations. « Ce projet porte des valeurs de symbiose environnementale, de bien-être animal, de qualité des produits et de bien-être des éleveurs », a résumé Marie Vicongne de l’INRAE. Sa finalité : reconnecter élevage et société par le biais de la recherche et favoriser la durabilité des systèmes d’élevage laitier dans un contexte de changements globaux, d’incertitudes et de controverses.

Éric Brugière, maire de Laqueuille (Puy-de-Dôme) et représentant de l'Association Nationale des élus de la montagne au cluster herbe

« Dans nos territoires ruraux de montagne, l’herbe est un volet très important de notre économie agricole et touristique. Il s’agit de trouver un équilibre car il y a des zones d’estives que nous avons trop extensifiées, où la broussaille guette. L’enjeu du renouvellement des générations en agriculture est aussi central. Dans ma commune, la moitié des 32 chefs d’exploitation ont plus de 50 ans. Il faut envisager la suite en proposant des systèmes résilients adaptés à la vie d’aujourd’hui. N’oublions pas que si nous n’avions pas d’agriculteurs sur le territoire, on aurait beaucoup de casernes de pompiers qui auraient fermé, idem pour les écoles ».

 

Christine Valentin et Eric Brugière.

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