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Économie : «Le numérique va renforcer la nécessité de donner du sens au métier d’agriculteur»

L'économiste, Jean-Marie Seronie, vient de publier «Vers un big bang agricole - révolution numérique en agriculture» ; il y dresse un panorama des applications en agriculture.

Jean-Marie Seronie est économiste. Il vient de publier un ouvrage intitulé : «Vers un big bang agricole - révolution numérique en agricullture».
Jean-Marie Seronie est économiste. Il vient de publier un ouvrage intitulé : «Vers un big bang agricole - révolution numérique en agricullture».
© @DR

Quel métier sera le plus chamboulé par le numérique, selon vous ? Celui de l'agriculteur ou des organisations qui l'entourent ?

Jean-Marie Seronie : Les premiers touchés, c'est l'environnement de l'agriculteur. Mais à moyen terme, le métier d'agriculteur va changer profondément. Un agriculteur qui veut aujourd'hui rester en dehors de la transformation numérique peut le faire, un organisme prendrait un risque énorme à le faire. Chez les agriculteurs, il y aura pour moi quatre types de comportements. 1. Celui qui s'en moque, qui ne s'y intéresse pas. 2. L'agriculteur connecté utilisant le web pour communiquer mais dont le numérique ne changera pas beaucoup de choses dans le processus de production.3. Celui qui va utiliser le numérique mais beaucoup déléguer et qui sera un gros consommateur d'outils d'aide à la décision.4. Et d'autres vont utiliser à fond ces nouveaux outils, gagner en autonomie et auront des rapports négociés avec leurs organisations.


Prenons un secteur dans lequel vous avez longtemps travaillé, le conseil. Que va-t-il lui arriver, selon vous ?

JM. S. : Ce sera vraisemblablement le secteur le plus rapidement bousculé. D'abord parce que sous la terminologie de conseil, on met souvent des choses qui n'en sont pas, du transfert d'informations par exemple. Or, un agriculteur qui a la culture du numérique n'a plus besoin qu'on lui apporte de l'information. Le métier de conseil va ainsi se concentrer sur la partie la plus noble.Ensuite, parce que les grands acteurs français du conseil ont tous un point commun : ils financent le conseil par autre chose que le conseil. Les chambres d'agriculture grâce à des fonds publics qui s'amenuisent ; les centres de gestion grâce à leur activité de comptabilité qui sera bientôt automatisée ; les distributeurs agricoles, grâce à leur activité de vente qui pourrait être bouleversée par les plateformes, et le contrôle laitier grâce au contrôle de performance, qui est automatisé par les robots de traite.S'il y a peu de nouveaux acteurs aujourd'hui, c'est parce que le conseil n'est pas vendu à son vrai prix. Demain, quand les modèles économiques de ces acteurs vont être bousculés, ils vont être amenés à vendre leur conseil au prix du marché. Sur la partie phyto, un des éléments déclencheurs pourrait être la séparation de la vente et de la prescription. Parmi les nouveaux acteurs, on trouvera notamment les agriculteurs eux-mêmes, qui sont de plus en plus formés, dont certains pourraient vendre leurs conseils aux autres.


Sans intervention publique ou professionnelle, le numérique a-t-il pour effet de réduire ou d'augmenter les écarts entre agriculteurs ?

JM. S. : Le numérique va être un facteur d'augmentation des écarts. Les agriculteurs qui vont s'en servir vont pouvoir faire des économies, mais aussi se développer.Pour moi, c'est comparable à l'arrivée des tracteurs en agriculture. Cela va rapidement poser la question de la taille des exploitations agricoles. Quand une exploitation de deux agriculteurs achète un robot de traite, l'un des deux est en partie remplacé par le robot. C'est un coût qu'il faut compenser par l'agrandissement. On remplace du travail par du capital. Par ailleurs, le numérique donne des outils pour piloter des exploitations plus grandes.


Quel est le rôle de la puissance publique dans la révolution numérique en agriculture ?

JM. S. : Il faut éviter la fracture numérique, sous son aspect territorial par le manque de couverture de certains espaces, et sous son aspect formation, par la rupture de compétences. La puissance publique et les organisations agricoles doivent intervenir sur le sens à donner à cette transformation, expliquer où elle nous conduit, sinon cela va augmenter le mal-être de certains agriculteurs. Pour moi, cette perte de sens constitue une grande partie de la crise que nous traversons, notamment dans le secteur laitier.Le numérique va renforcer la nécessité de donner du sens. Par exemple, l'aspect «traçabilité» qu'apporte le numérique va renforcer le lien entre le producteur et le consommateur, mais il peut être vécu comme une contrainte, comme un «big brother».

Propos recueillis par Mathieu Robert

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