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La Coopérative Agricole
Dominique Chargé voit les coopératives “prêtes à reconstruire de la souveraineté”

Dans un pays aux 2 100 coopératives et où trois agriculteurs sur quatre sont adhérents, le chef de l’organisation faîtière des coops alerte sur l’urgence à retrouver de la souveraineté. 

portrait de Domniqué Chargé, président de La Coopérative Agricole.
Dominique Chargé, président de La coopération agricole, a présenté lors de l’AG d’Altitude les défis qui attendent le monde de l’élevage et démontré que les coops sont prêtes à les relever. 
© R. Saint-André

Invité d'Altitude, Dominique Chargé alerte sur la souveraineté agricole

Invité d’honneur de l’assemblée générale d’Altitude, organisée à Arpajon-sur-Cère à l’occasion des 20 ans de la structure, Dominique Chargé, président de La coopération agricole (LCA, ex Coop de France), a livré une lecture sans détour des bouleversements à l’œuvre dans le monde de l’agriculture. Entre tensions géopolitiques, recul de la production et perte de souveraineté, il a défendu le rôle central du modèle coopérative pour maintenir une agriculture productive dans le Cantal et au-delà.

Changement de monde pour l’agriculture et l’agroalimentaire

Nous sommes passés d’un monde stable, sûr et abondant à un monde instable, vulnérable et contraint.”
— Dominique Chargé, président de La coopérative agricole. 

Une bascule qui s’observe à tous les niveaux : perturbation des flux internationaux, hausse du coût des intrants, instabilité politique et multiplication des crises sanitaires. À cela s’ajoute un changement climatique qui accentue les aléas de production.

Dans ce contexte, la question de la souveraineté alimentaire s’impose comme un enjeu stratégique. “Un pays qui ne peut plus nourrir sa population se met en danger”, insiste Dominique Chargé, reprenant une conviction largement partagée par Altitude. Or, les signaux sont préoccupants : la France pourrait enregistrer en 2025 une balance commerciale agricole et agroalimentaire déficitaire pour la première fois depuis près de 50 ans.

CV EXPRESS : Dominique Chargé est éleveur bovins  et volaille en Loire-Atlantique et vice-président de la coopérative Terrena. Il est président de LCA depuis 2018.   

La filière bovine illustre cette fragilité. En moins de dix ans, le pays a perdu près d’un million de vaches. “Nous sommes aujourd’hui à environ 90 % d’autosuffisance. Sur cette trajectoire, nous pourrions tomber à 67 % dans les dix prochaines années”, alerte-t-il. Une évolution d’autant plus préoccupante que, dans le même temps, les importations progressent plus vite que les exportations.

Pour le président national de La coopération agricole, les producteurs ont aujourd’hui le sentiment d’être “la variable d’ajustement des accords commerciaux internationaux”. Une situation qu’il juge incohérente : “On impose des normes élevées à nos agriculteurs, tout en acceptant des importations qui ne les respectent pas. C’est un non-sens.”

Les coopératives, amortisseurs de crise et piliers territoriaux

Face à ces défis, Dominique Chargé est convaincu que le modèle coopérative sera un levier structurant. “Les coopératives sont des entreprises du temps long, capables d’organiser la production, de structurer les filières et d’absorber les chocs”, rappelle-t-il.

À l’échelle nationale, les coops représentent 70 % de la production agricole et 50 % de l’alimentation consommée, avec 200000 emplois à la clé. Au-delà de leur poids économique, leur rôle territorial est déterminant. “Dans certains secteurs, sans coopérative, il n’y aurait plus d’agriculture”, affirme Dominique Chargé.

Selon lui, elles assurent non seulement la valorisation des productions, mais aussi le maintien d’une activité économique et d’un tissu social, notamment dans des territoires comme le Cantal. Mais elles risquent d’avoir besoin d’un soutien sans faille à l’agriculture.

Un plan de reconstruction pour l’agriculture française d’ici 2030

Ainsi, il appelle les pouvoirs publics à une mobilisation rapide. “Nous avons une fenêtre d’action d’ici 2030 pour reconquérir notre souveraineté alimentaire. Cela passe par un plan de reconstruction, rapide, ambitieux, à l’image de celui de Notre-Dame de Paris, visant à relancer la production, simplifier les normes et accélérer les projets d’élevage”, plaide le président de LCA.

Les coopératives sont des outils de solution. Elles sont les bâtisseurs solidaires d’une alimentation durable et de territoires vivants.”
— Dominique Chargé

Parmi les leviers identifiés : le développement de la production animale, la structuration des filières, la relocalisation de la commande publique alimentaire et l’amélioration de la traçabilité. Il invite aussi les coops à “produire pour tous les marchés, et pas seulement pour des niches”, en appelant à réinvestir les productions dites “de cœur de gamme”.

Dans le monde incertain qu’il décrit, Dominique Chargé affirme que les coopératives constituent une réponse structurante pour l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Un message qui trouve un écho particulier dans un territoire comme le Cantal, où la coopération est de longue date un pilier de développement.

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