Crise sanitaire
DNC : Farago Cantal, en première ligne sur le front de la décontamination
Pendant six mois, les techniciens de Farago sont intervenus dans les zones touchées par la DNC, en tant que “décontaminateurs”. Une étape nécessaire pour envisager le repeuplement.
Pendant six mois, les techniciens de Farago sont intervenus dans les zones touchées par la DNC, en tant que “décontaminateurs”. Une étape nécessaire pour envisager le repeuplement.
Les équipes de Farago Cantal se sont retrouvées en première ligne face à la crise sanitaire
Savoies, Ariège... des décors de montagne grandioses que Joël Julhes et Philippe Dracon, comme leurs collègues de Farago Cantal, préféreraient retourner arpenter comme touristes.
Car la dernière fois qu’ils y sont intervenus, c’était sur le théâtre d’une lutte sanitaire inédite contre la dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNC), au milieu du désarroi des éleveurs et de fortes tensions.
La filiale Farago du GDS Cantal est la première à être contactée par le groupement de défense sanitaire de Savoie au lendemain du premier foyer hexagonal détecté le 29 juin 2025 à Entrelacs.
On a perdu deux mois, alors que les foyers tombaient tous les jours et que les éleveurs appelaient..." — Philippe Dracon, directeur-adjoint du GDS Cantal
"Ils nous ont sollicités pour une opération de décontamination en urgence de ce premier foyer parce qu’on était déjà intervenus en 2022 pour un cas de brucellose dans le département. Ils savaient qu’on était bien équipés, réactifs et qu’on avait les compétences requises. Il fallait une réponse immédiate pour freiner l’expansion de cette maladie classée A", retrace Philippe Dracon.
Décontamination des bâtiments et des cadavres de bovins
Également contacté par les services vétérinaires savoyards, relativement démunis face à cette maladie bovine jusqu’alors inconnue en Europe de l’Ouest, le responsable de Farago Cantal élabore un protocole de décontamination spécifique.
Une fois ce protocole validé, Philippe Dracon et un second technicien rejoignent les Alpes afin de désinfecter le bâtiment d’élevage du foyer initial.
Mais sur place, les consignes changent rapidement. Avec l’apparition de nouveaux foyers de DNC, le bâtiment est réquisitionné pour procéder à l’abattage des animaux des unités épidémiologiques confirmées.
Les techniciens cantaliens proposent alors d’intervenir sur un second foyer, une stabulation laitière de plus de 500 m².
Pendant trois jours, ils nettoient, désinfectent et désinsectisent avec des produits puissants le sol, les murs, les tubulaires, les abreuvoirs, mais aussi — une première — les plafonds et charpentes à l’aide d’une nacelle.
Tous les matériels potentiellement contaminés sont également traités : tracteurs, bétaillères, épandeurs à fumier ou encore aires d’attente.
Une mobilisation vétérinaire sous haute tension sanitaire
Au-delà du protocole minutieux destiné à éliminer toute trace de matière organique, les deux techniciens prennent des précautions maximales afin d’éviter toute propagation de la maladie.
Leurs camions, équipements et combinaisons subissent eux aussi une décontamination complète avant prise en charge par la filière Dasri.
"On s’apprêtait à repartir quand les services vétérinaires nous ont rappelés pour procéder cette fois à la désinfection-désinsectisation des cadavres de bovins euthanasiés dans le bâtiment réquisitionné avant leur prise en charge par l’équarrissage", poursuit Philippe Dracon.
Une mission particulièrement éprouvante, durant laquelle les équipes traitent également les véhicules des équarrisseurs, des vétérinaires et des transporteurs.
Deux mois de blocage administratif face à l’urgence sanitaire
Il fallait une réponse immédiate pour freiner l’expansion de cette maladie classée A." — Philippe Dracon
De retour dans le Cantal, l’équipe Farago pense repartir rapidement sur le front alpin, où la DNC bovine continue de se propager.
Mais les équipes ne reviendront finalement sur place que deux mois plus tard.
Deux mois perdus dans les négociations administratives estivales afin de faire valider un protocole financier sans reste à charge pour les éleveurs. Initialement, l’État ne prévoyait de financer que 25 % des coûts.
Ce délai est finalement mis à profit pour organiser une mobilisation nationale du réseau Farago.
Les équipes de l’Aveyron, de l’Allier, de Bourgogne, de Bretagne, de l’Isère, du Rhône, de Seine-Maritime et du Carré Farago sont sollicitées afin de renforcer les moyens humains et matériels.
Philippe Dracon devient alors le coordinateur national de ces chantiers sanitaires sensibles menés au contact d’éleveurs profondément éprouvés.
Lire aussi : Tout savoir sur la DNC
Plus de 50 000 m² décontaminés contre la DNC
Sur la base d’échanges téléphoniques avec les agriculteurs touchés, le responsable de Farago Cantal organise ensuite le planning des interventions.
Après les Alpes, les équipes interviennent dans le Jura, l’Ain, les Pyrénées-Orientales puis l’Ariège au début de l’année 2026.
Au total, 20 agents issus de onze structures Farago seront engagés en rotation quasi continue pendant plus de 300 jours sur le terrain.
À cette mobilisation s’ajoutent toute la logistique, la coordination, la planification et une trentaine de réunions avec les services de l’État sur les seuls mois de juillet et août.
Lors de la centaine d’interventions réalisées — dont 95 % assurées par Farago — près de 50 000 m² auront été traités et décontaminés avec validation des services vétérinaires, dans un contexte administratif particulièrement mouvant.
(1) Dasri : déchets d’activités de soins à risques infectieux.
FARAGO 15 : Outre le décapage/ désinfection des bâtiments d’élevage, les agents de la filiale du GDS réalisent du parage, interviennent dans la lutte contre les nuisibles (rongeurs, insectes) auprès des agriculteurs, collectivités, grandes surfaces...
La solidarité des éleveurs face à la crise sanitaire
Avec le recul, ce qui a impressionné les deux hommes, "c’est la cohésion, l’esprit de solidarité des éleveurs savoyards, qui avaient avant tout à cœur de préserver leurs voisins en faisant abattre leurs propres animaux".
Jamais aucun n’a rejeté la responsabilité sur le premier foyer ou son voisin." — Philippe Dracon
"Quand on devait intervenir, ils s’étaient déjà parfaitement coordonnés pour nous orienter vers les élevages jugés les plus prioritaires", souligne le responsable de Farago Cantal.
Des éleveurs déjà tournés vers le repeuplement
"Certains arrivaient même à relativiser ce qui leur arrivait et à déjà se projeter sur le repeuplement de leur élevage", évoque avec admiration Joël Julhes.
Les deux techniciens retiennent également l’accueil réservé aux équipes mobilisées sur le terrain.
"Globalement on a été vachement bien reçus et épaulés par les éleveurs, notamment dans les Savoie", poursuit-il.
Une organisation sanitaire appelée à se renforcer
Pour Philippe Dracon, cette crise a aussi mis en évidence la nécessité pour les GDS et leurs filiales Farago de disposer d’équipements et de protocoles capables d’intervenir rapidement face à ce type d’urgence sanitaire.
Qu’il s’agisse de limiter la propagation de la DNC, ou de lutter contre une autre épizootie touchant les bovins, le responsable estime indispensable de pouvoir mobiliser immédiatement des moyens humains et techniques adaptés.