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Des cours d'eau en bonne santé mais marqués par le changement climatique

Le 8 juillet, le Département et le laboratoire Ingé 43 ont dévoilé les résultats annuels du suivi de la qualité des cours d'eau en 2024. Une année riche en précipitations mais qui met en lumière les effets du changement climatique.

La présentation des résultats a eu lieu dans les locaux du laboratoire Ingé 43 au Puy-en-Velay.
La présentation des résultats a eu lieu dans les locaux du laboratoire Ingé 43 au Puy-en-Velay.
© HLP

2024 : année pluvieuse

« Les années se suivent, mais ne se ressemblent pas », ce proverbe convient parfaitement à l'année 2024, une année très pluvieuse qui succède à deux années exceptionnellement sèches. Ce plus grand volume d'eau, bien supérieur à la moyenne par rapport aux normales sur certains secteurs, a permis un réel soutien des débits, même si les effets de l'évolution du climat sont d'ores et déjà perceptibles. Le 8 juillet, les organismes en charge du réseau départemental d'évaluation de la qualité des cours d'eau, le Département de Haute-Loire, les laboratoires Ingé 43 et Terana, ont passé en revue l'ensemble des paramètres mesurés sur les cours d'eau de Haute-Loire.

Qualité biologique dégradée

En 2024, le réseau était constitué de 48 sites de mesures répartis sur l'ensemble du département avec un suivi accentué sur le bassin-versant du Lignon. Les 288 prélèvements réalisés et répartis sur 29 cours d'eau ont mesuré la température, le pH, l'azote, le phosphore, la présence d'invertébrés benthiques et la pêche électrique. Globalement, on peut dire que nos cours d'eau se portent bien avec des indicateurs physico-chimiques de bon état pour près de 90 % des sites de mesures. Les concentrations en phosphore relevées sur chacun des bassins-versants traduisent toutefois l'impact de l'activité humaine (assainissement, industrie et agriculture). Les résultats apparaissent un peu moins bons pour les indicateurs biologiques (mesurés par la présence de diatomées, d'invertébrés et de poissons). Seulement 37 % des sites affichent un bon ou un très bon état. Une situation à relier aux deux années de sécheresse précédentes, de températures élevées, aggravée par des montées des eaux fréquentes, à l'image des crues du 17 octobre 2024. Une situation jugée « très préoccupante » par Nathalie Rousset, Conseillère départementale déléguée à l'eau, qui signale des exigences bien plus élevées de la part de l'Agence de l'eau Loire Bretagne en la matière (plus de 60 % des masses d'eau en bon état du point de vue biologique).

Lignon : lessivage sur les phosphores et les nitrates

Le bassin-versant du Lignon, qui bénéficiait d'un suivi renforcé, présente un bon état, mais n'a pas atteint la barre du très bon état malgré l'année pluvieuse ; ce dernier a pu connaître quelques phénomènes de lessivage sur les phosphores et les nitrates. Nathalie Rousset appelle à la prudence des usagers, en particulier à proximité du barrage de Lavalette, destiné à alimenter en eau potable la ville de Saint-Étienne...

« Chaque geste et chaque goutte d'eau comptent »

Pour Philippe Delabre, président du laboratoire Ingé 43, « collecter ces données au fil des années est important pour prévoir ce qui va se passer demain . En 40 ans, on observe un changement significatif du climat. On ne retrouve plus les mêmes poissons dans les cours d'eau en raison notamment de la succession de crues ». 

Et pour 2025, Nathalie Rousset pointe des aléas de plus en plus violents, à l'image du mois de juin qualifié, par Météo France, de «deuxième mois de juin le plus chaud jamais enregistré avec une anomalie de +3,3 °C, derrière juin 2003 (+3,6 °C)». « Ces fortes variations climatiques ne sont pas favorables au milieu aquatique et à la végétation. D'autant que sur un socle granitique, la masse d'eau se trouve tout de suite impactée » explique-t-elle avant de signaler l'effet aggravant des coupes rases en forêt qui provoquent un lessivage des sols. 

C'est pourquoi elle juge « l'action de chacun (grand public, collectivités et acteurs économiques), sur la gestion de l'eau et des eaux usées, hyper importante. Aujourd’hui, chaque geste et chaque goutte d'eau comptent ».

Des agriculteurs déjà conscients de l'importance de leurs pratiques

Concernant notre agriculture de montagne, « les éleveurs doivent faire face à la problématique de l'abreuvement du bétail toute l'année et sont déjà conscients de l'importance de leurs pratiques à proximité des cours d'eau en zone humide ou de la gestion des cultures et des risques de lessivage » indique la conseillère départementale.

Du côté des collectivités, « près de 80 % d'entre elles ont entrepris un diagnostic de réseau d'eau potable en vue de traquer les fuites et des comptages d'eau sont effectués ; on sait ce que l'on prélève à la source et ce que l'on vend à l'abonné » signale Philippe Delabre.

Et pour anticiper les effets de l'évolution climatique et préserver le cycle de l'eau, le Département, qui édite l'ensemble de ces résultats dans un guide annuel, propose des solutions d'aménagement du territoire (voir ci-dessous).

 

À savoir : 1 % de matière organique dans 15 cm de sol sur 1 hectare permet de fixer 250 m3 d’eau 

Anticiper l'évolution climatique dans l’espace rural
Cette année, le document de synthèse des données sur la qualité des cours d'eau propose des solutions d'aménagement du territoire en vue de préserver et alimenter le cycle de l'eau.
En espace rural, les acteurs du réseau départemental de suivi des cours d'eau préconisent de rallonger le chemin de l'eau pour faciliter son infiltration et le retenir dans le sol :
- Lutter contre le ruissellement pour limiter l’érosion des sols et la dégradation de la qualité des eaux,
- Travailler dans le sens des courbes de niveau (ralentit la circulation de l’eau et favorise son infiltration),
- Planter ou préserver les haies sur les parcelles et en protection des bords de cours d’eau,
- Créer des noues d’infiltration pour stocker l’eau dans les sols,
- Limiter le recours au drainage des terrains,
- Maintenir le couvert végétal.
Le long des cours d’eau :
- Restaurer ou créer des ripisylves (végétation des berges d’un cours d’eau,
- Créer ou préserver les haies et les forêts stratifiées
- Maintenir des zones d’expansion de crues.

 

 

 

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