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De l’eau et des prairies sensibles au menu de la visite de Marc Fesneau

Vendredi 22 mars, c’est en Lozère, sur le causse Méjean et à Montrodat que le ministre de l’agriculture et de la souveraineté alimentaire s’est déplacé. Une visite d’une journée qui a permis de concrétiser quelques-unes des demandes de la profession agricole, même s’il « reste encore du travail », ont jugé les parties. La dernière visite d’un ministre de l’agriculture remonte à huit ans.
 

Le déplacement du ministre était placé sous le signe de la journée mondiale de l’eau dont l’objectif est de sensibiliser à une gestion durable des ressources en eau. Elle a été instituée par l’Organisation des Nations Unies en 1992. « L’eau pour la paix » était le thème en 2024. Selon les chiffres fournis par l’OMS, en 2023, quelque 2,2 milliards de personnes vivent encore sans eau potable gérée de façon sûre, dont 115 millions qui boivent de l’eau de surface. Et selon le Giec, environ la moitié de la population mondiale est confrontée à une grave pénurie d’eau pendant au moins une partie de l’année.
L’eau, donc, devient une ressource précieuse pour tout un chacun. Un bien commun qu’il convient de préserver en réfléchissant à ses usages. Et les sécheresses intenses de ces dernières années ont poussé les acteurs locaux à travailler en partenariat pour résoudre ce problème.

Sur le causse Méjean, la récupération d’eau, une nécessité
Le ministre de l’agriculture, après des réunions avec les syndicats agricoles et la chambre d’agriculture, s’est donc rendu à Mativet, sur l’exploitation de Jean-Luc Michel, par ailleurs maire délégué de la commune de Montbrun, et a qui créé sa citerne de récupération d’eau, seul, il y a quatre ans. Un projet mené sans subventions, et qui lui aura coûté près de 20 000 euros. Et qui lui permet, aujourd’hui, d’assurer l’alimentation en eau de ses brebis pendant 15 jours en autonomie. En Gaec avec sa femme, Béatrice et son fils Loïc, les trois associés élèvent 600 brebis viandes et ont développé un petit atelier de 40 porcs en diversification pour de la transformation. La réserve ainsi créée permet à l’exploitation d’économiser près de 600 m³ par an, un volume aujourd’hui jugé « trop petit » par l’exploitant, qui souhaiterait ajouter une autre cuve. La pluie est récupérée grâce à des chéneaux sur le toit, et termine sa course, après filtration dans un bac de sable, dans la citerne enterrée. Elle permet, grâce à une pompe électrique, d’alimenter la bergerie située à une cinquantaine de mètres en hauteur du dispositif. Un projet qui a fait boule de neige puisqu’un autre chantier a vu le jour, toujours sur le causse Méjean, et toujours avec le même objectif de récupération d’eau, impliquant celui-ci, 36 agriculteurs. Élaboré en « partenariat » selon le préfet, avec les services de l’État, de la Région, du département, de la chambre d’agriculture et du Copage, de l’Astaf, de l’agence de l’eau Adour-Garonne et de la communauté de communes Gorges causses Cévennes. C’est à Hyelzas, sur les terres de la ferme d’Armand et Marie, que ce projet innovant a été présenté au ministre.
Sur ce territoire « ultra-rural », le partage de la ressource devient un casse-tête quasi constant, notamment en période estivale, ou l’eau doit être distribuée à une population grossie et à des animaux qui ont soif. En 2022 et 2023, des citernages avaient dû être organisés au plus fort de la sécheresse pour ravitailler les hameaux. Des études ont démontré que les besoins journaliers sur le causse atteignent 350 mètres cubes, pour 200 kilomètres de linéaire de réseaux, et desservant quatre abonnés par kilomètres de réseau (700 abonnés recensés). Selon cette étude, le besoin en eau potable est principalement lié à l’activité agricole (54 %). C’est ce constat qui a conduit les acteurs à se pencher sur le sujet pour trouver une solution : sur le modèle de ce qui existait il y a encore une cinquantaine d’années sur le causse, les partenaires se sont lancés dans un projet de collecte d’eaux de pluie pour l’abreuvement des animaux. Et selon les chiffres transmis à la presse, lorsque les travaux auront été menés à leur terme, une économie potentielle de 25 000 mètres cubes d’eau est attendue, soit « 30 % de la consommation annuelle sur le causse Méjean ». Parmi les 36 agriculteurs, Jean-Luc Michel a aussi rejoint le mouvement.
« Je voudrais saluer le travail de réflexion, puis de mise en œuvre des collectivités avec l’État et le monde agricole pour trouver des solutions concrètes », a noté le ministre de l’agriculture. « On a un secteur qui a besoin de résoudre son équation eau qui est de pouvoir la stocker au moment où elle tombe pour l’abreuvement et quelques autres usages par la suite. On a besoin de trouver des systèmes comme ici, c’est du bon sens, on récupère sur des toitures, on stocke, et en tout cas, cela permet d’avoir une première autonomie vis-à-vis de l’accès à l’eau ».

Les prairies sensibles s’invitent au débat
En Lozère, l’application du zonage découlant de la BCAE 9 conduit certaines exploitations à voir 75 % ou plus de leur surface utile agricole (SAU) classées en prairie sensible.
Profitant de cette visite ministérielle, Jean-Luc Michel a démontré « l’absurdité » de ce système au ministre Marc Fesneau, cartes en main, sur son exploitation. Sur sa surface agricole utile de 480 hectares, 110 sont labourables. « Ici, les prairies sensibles prennent tout sauf ces 110 hectares. On veut bien laisser 300 hectares pour faire vivre sauterelles et insectes, mais on aimerait aussi en avoir pour faire manger nos brebis », grince l’exploitant. Et pour rendre les choses plus concrètes, pointant son troupeau paissant en arrière-plan de la réunion dans un paysage scénique au possible, Jean-Luc Michel a pointé la zone, au sein de la pâture, désignée prairie sensible : 60 % de la surface est ainsi dite « sensible », pour 40 % de prairie.
La Commission européenne a répondu à la demande portée par la France de simplification des règles de la Pac sur la révision de la norme relative à la « bonnes conditions agricoles et environnementales » dite BCAE 9. Concrètement, cela permettra à un agriculteur qui avait une interdiction stricte de labourer des prairies permanentes, désignées comme sensibles, de pouvoir les convertir. « Le recours au labour sera désormais simplifié en cas de lutte contre le campagnol terrestre » notamment, a précisé le ministère dans un communiqué.
C’est en substance le sens des annonces faites par le ministre de l’Agriculture à l’assemblée générale des JA, où il avait été invité à se rendre l’après-midi, à Montrodat. Une bonne nouvelle qui a réjoui les jeunes agriculteurs, même s’ils restent prudents sur sa finalité. « Enfin du concret, et les agriculteurs en avaient besoin ! C’est une avancée significative obtenue par les Jeunes Agriculteurs et la FDSEA cette semaine, à l’origine de cette proposition. Il s’agit du résultat de plus de dix ans de travaux d’expertise et de négociation. En clair, les exploitations qui sont couvertes à plus de 75 % par des prairies sensibles seront exemptées de cette BCAE 9 », ont salué les JA et la FDSEA dans un communiqué de presse commun suite aux annonces de l’après-midi. « La profession ne souhaite pas s’arrêter là et souhaite que les exploitations qui ont plus de 75 % de leurs surfaces couvertes en herbe ne soient pas soumises à la conditionnalité. La route va être encore longue et semée d’embûches ; toutefois, l’ouverture par Bruxelles à la suite des demandes de simplification laisse penser que la négociation peut être favorable ».
Le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire s’est engagé à « permettre l’application de cette dérogation dès 2024, dans le cadre des négociations à venir avec la Commission européenne ». Les agriculteurs devraient donc y voir un peu plus clair sur le sujet d’ici fin avril. « Je pense que c’était une bonne chose qu’il vienne sur le terrain pour comprendre notre détresse sur ce sujet et sur d’autres », a souligné Jean-François Maurin, président de la FDSEA qui s’est félicité d’un ministre « à l’écoute ».
« Un ministre qui vient sur un département permet de lui expliquer les spécificités du territoire : petites exploitations, faibles taux de chargement etc. », a détaillé Christine Valentin, présidente de la chambre d’agriculture. « Il faut qu’on exprime nos particularités ». Pointant l’exemple du Gaec Mativet, où a eu lieu la visite du matin, « c’est une exploitation qui est dans le cours du temps, qui est dans ce que l’on demande aujourd’hui aux agriculteurs : nourrir, aller chercher la valeur ajoutée, respecter l’environnement, je pense qu’ils cochent toutes les cases, et on les embête avec des prairies sensibles, avec un loup qu’on ne peut pas taper… Il y a des choses qui sont difficiles à admettre et même à exprimer tellement ça nous paraît logique, mais que quand on est dans un bureau, on ne voit pas forcément. Avoir un ministre sur le terrain, ça permet de lui faire vivre, même un court instant, ce que vivent les agriculteurs dans les territoires », a conclu Christine Valentin.

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