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De la marche à la pensée, Kahn exploite tous les sens

Le généticien et essayiste Axel Kahn était à Aurillac, la semaine dernière, à l’invitation de l’Université inter-âges.

Invité par l’UIHA, Axel Kahn était à Aurillac la semaine dernière.
Invité par l’UIHA, Axel Kahn était à Aurillac la semaine dernière.
© J.-M.A

Un sacré bagout, un sacré verbiage et c’est peu de le dire. Axel Kahn était l’invité, lundi dernier, de l’université inter-âges de Haute-Auvergne (UIHA). Entre deux dédicaces et une conférence, rencontre avec un médecin généticien essayiste touche-à-tout, humaniste, qui manie le mot aussi facilement que le pas. Il file sur ses 72 ans, mais le fils du philosophe, le frère du journaliste et du chimiste est frais comme un gardon. Sans doute que son périple pédestre à travers la France, par deux fois (2013 et 2014), en long en large et en diagonale aura servi aussi bien sa réflexion que son horloge interne.

Un faible pour la salers

Un périple total de plus de 4 000 kilomètres, 144 étapes avec quelques arrêts pour la première année “et seulement quatre jours de repos pour la deuxième diagonale. Quand on fait la France à pied et en diagonale, il est un endroit où l’on ne peut manquer de passer, c’est le Massif central. C’est donc la région dans laquelle j’ai le plus marché, près de trois semaines”. Après quelques anecdotes, Axel Kahn expliquait que plusieurs textes qu’il avait écrits avaient pour origine le Massif central, rappelant le nombre de Présidents issus du Cantal, un pays “fier de ses vaches aux yeux fardés, les aubracs, ses vaches rouges aux cornes en forme de lyre que sont les salers, de ses cinq AOP fromagères, de sa plaine fertile de Limagne et bien d’autres choses encore”. Au-delà du Massif central, Axel Kahn estime que l’Auvergne “n’est pas une région sécialement pauvre en France. J’ai été particulièrement surpris, me promenant à 1 400 mètres d’altitude, de la spéculation sur ces terres”. Un peu plus loin, il notait “un pays étonnant par ses reliefs, érodés par des millions d’années, par l’abondance extraordinaire de l’eau, la merveille de ses nombreux lacs”. Plus près du Cantal, le généticien déclarait également avoir un faible pour les bovins du territoire, avouant “ne pas être insensible aux œillades de l’aubrac” et, répondant un jour à cet appel, “je me suis retrouvé face à monsieur aubrac qui n’était absolument pas d’accord. Malgré mon sac, j’ai retrouvé une capacité de saut en hauteur dont je ne me croyais plus capable”. Mais son coup de cœur, Axel Kahn le réserve à la salers, “beaucoup plus placide. Elles ont l’habitude d’être au contact des marcheurs. Cela vaut aussi bien pour les dames salers que les messieurs d’ailleurs. J’ai un faible pour les salers parce que j’ai l’impression de quelque chose d’olympien, d’un merveilleux fruit vivant tout rouge et ces cornes...”

La marche propice à la pensée

L’homme est également au fait de l’actualité car il a eu un mot pour les agriculteurs. “Dans la difficulté que connaît la France, elle ne peut être comparée à l’extraordinaire paupérisation industrielle. Le fait même que la France agricole soit violemment réactive est un signe de bonne santé. C’est un signe de vivacité.” Face à la “dureté des temps, la meilleure réponse, c’est la typicité des produits, d’où l’importance des appellations contrôlées”. Sur les habitants du Massif central, il évoque “un pays dur, rude et un habitant qui n’est pas d’un naturel exubérant. La terre c’est la terre et un bien c’est un bien. C’est donc un caractère solide, enraciné dans la réalité, qui n’est pas porté facilement à l’utopie et aux rêves. Néanmoins, à travers cet enracinement, il y a une vraie authenticité dans la relation, une vraie capacité d’accueil. Derrière ce caractère d’une certaine réserve, il y a des femmes et des hommes sur lesquels on peut manifestement compter”. Dans ce parcours à travers la France, Axel Kahn voulait au départ “partir à la quête de la beauté à laquelle je suis sensible. Notre monde ne place pas l’émotion esthétique à la place qu’elle mérite d’avoir : au centre d’une vie humaine. Et d’autre part de laisser le temps qui lui est nécessaire à la pensée. On peut tout faire vite, sauf penser. Or, le monde actuel ne laisse pas de temps à la pensée.” Si dans ses voyages, Axel Kahn a rythmé ses pas sur ses pensées, mais l’inverse est tout aussi valable, une chose est sûre : c’est que le sens de l’humour reste, lui, intact. “La marche est propice à la pensée car quand vous pensez intensément dans un train, au bout d’une demi-heure vous dormez à point fermé. Or, le marcheur, il ne peut pas. Il tombe par terre et ça le réveille.” Et de conclure : “De la même manière qu’il faut un rythme pour que la musique se déploie, un rythme est favorable à ce que la pensée se déploie. La pensée est articulée avec les perceptions, les sensations et les émotions des spectacles qui vous entourent lorsque vous marchez.”

 

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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