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Dans le Cantal, on cultive aussi l’autonomie protéique

Depuis quelques années, via Centraliment, l’union de coopératives prône l’autonomie protéique et a mis en place trois fermes de référence pour parfaire sa gamme.

Alain Carayol vient en appui de Daniel et David Roux, qui testent sur leurs parcelles des mélanges prairiaux.
Alain Carayol vient en appui de Daniel et David Roux, qui testent sur leurs parcelles des mélanges prairiaux.
© P.O.

Trèfle blanc, violet, incarnat, hybride, d’Alexandrie ou encore de Perse,… “Sur le marché, il existe des dizaines d’espèces de trèfle, dont seules trois ou quatre vont marcher ici”, indique Pierre Vergne, en charge de l’organisation de la gamme agrofournitures et semences au sein de Centraliment. Aussi, chaque année, dans le flot de nouveautés et d’espèces lancées par les semenciers qu’ils soient américains, néo-zélandais, européens… il faut faire le tri, les tester sur les différents secteurs fourragers du département, doser précisément les mélanges pour permettre aux éleveurs de parfaire l’autonomie énergétique et protéique de leur exploitation. “On a les ingrédients de la salade mais il faut les bonnes proportions et bien mélanger pour qu’elle soit bonne”, s’amuse l’animateur de techniciens de la coopérative qui, il y a quatre ans, a mis en place un réseau de trois fermes de référence (1) afin d’évaluer ces différentes variétés fourragères et, “à travers le regard des éleveurs et le nôtre, construire notre gamme”.

Une gamme... cousue main

Un panel de variétés qu’il faut adapter aux besoins : cherche-t-on une implantation de courte ou longue durée, la prairie va-t-elle être pâturée, ensilée, enrubannée ou fânée ? “On parle beaucoup de progrès génétiques dans les espèces animales, en bovins... mais les évolutions ont été aussi, voire plus fortes encore, chez les semenciers, avec une diversité qu’on essaie d’exploiter au mieux en faisant en sorte que les espèces et mélanges choisis entrent bien dans les systèmes d’élevage de notre région”, souligne Philippe Vergne. Mais si les travaux de la recherche végétale ont révolutionné la donne, d’autres inflexions, réglementaires ou politiques cette fois, ont aussi joué : “Jadis, on travaillait avec beaucoup d’espèces pures. Depuis, on a pris un autre cap, favorisé par la réglementation qui a autorisé les mélanges, et accentué récemment par la Pac de 2015 et son plan protéines.” Des mélanges prairiaux auxquels les légumineuses apportent leur atout protéique, qui doivent respecter une règle d’or : “Un bon mélange n’est bon que si on prend à la base de bonnes variétés, on ne fera jamais rien en mariant des espèces pas adaptées à nos zones. Après, il faut bien le cultiver”, insiste l’expert.

Luzerne : une mine protéique sous-exploitée

Et en la matière, David et Daniel Roux, dont l’exploitation de Saint-Martin-Cantalès sert de ferme référence, sont devenus des pros. Ici, les premiers tests remontent déjà à plusieurs années, avec l’objectif de trouver la meilleure association luzerne-fourragère (fétuque ou brome), puis c’est le tandem ray gras hybride (RGH)-trèfle violet qui a été mis à l’épreuve du terrain avant des mélanges types “silodor” avec du festulolium, du RGH diploïde et du trèfle violet. En fixant l’azote dans ses nodules, la légumineuse confère au mélange un gain azoté et permet d’économiser sur la fertilisation et de gagner en autonomie.  Sans compter l’aide Pac (quasiment équivalente au coût d’implantation). “Dans un mélange contenant 30 % de trèfle dans une prairie qui produit 4 à 5 tonnes de matière sèche à l’hectare, ce sont 45 kg d’azote qui vont être fixés. À 244 € la tonne, c’est 32 €/ha d’économisé”, calcule le technicien. Certes, la semence de légumineuse est plus chère, mais “comme il en faut moins...” Autre atout à mettre au bénéfice des légumineuses et notamment de la luzerne : sa capacité à bonifier la ration avec un effet fibre, mécanique, sur le rumen. Pourtant, s’étonne encore Philippe Vergne, cette culture n’est pas forcément plébiscitée et était ainsi deux fois plus répandue dans le Cantal avant la guerre. “Même si les choses évoluent et si pas mal d’éleveurs font aujourd’hui du trèfle, il se fait beaucoup moins de luzerne, et souvent c’est en pur”, constate son collègue Alain Carayol, référent technique en productions végétales qui accompagne le Gaec Roux. “Chaque éleveur devrait avoir au moins un hectare de luzerne dans son assolement, plaide Philippe Vergne. Les gens ont encore tendance à utiliser ce qu’ils connaissent, alors qu’il faudrait arriver à introduire différentes espèces dans le système pour gagner quelques points d’autonomie.” Un objectif accessible estime-t-il. Certes, les deux hommes reconnaissent que la luzerne est un peu plus fragile, un peu plus technique, exigeant un matériel adapté et une vigilance à l’implantation avec une profondeur de semis qui doit être inférieure à 1 cm du fait de la petite taille de la graine. Une graine petite par la taille mais riche en vertus, seule ou associée...

 

(1) Gaec du Passadou, à La Chapelle-Laurent (1 000 m d’altitude, climat continental très marqué, sec l’été), Gaec Roux à Saint-Martin-Cantalès et chez Sébastien Prat à Lubersac.

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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