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D'agriculteur à acupuncteur, les vaches sont en forme !

Ce mois de septembre, la Chambre d'agriculture de la Corrèze a invité Nayla Cherino Parra, vétérinaire spécialiste de l'acupuncture animale qui a formé de nombreux agriculteurs à soigner eux-mêmes leurs animaux à l'aide d'aiguilles.

Une insertion d'aiguille bien maîtrisée par l'agriculteur
Une insertion d'aiguille bien maîtrisée par l'agriculteur
© @UP19

L'acupuncture est un outil de la Médecine Traditionnelle Chinoise (MTC), tout comme la pharmacopée, les mobilisations ostéoarticulaires, ou le QiGong qui est une sorte de gymnastique pour mobiliser l'énergie dans les méridiens et les organes. Ce dernier élément n'est pas applicable sur les vaches, alors que les autres outils sont tout à fait utilisables. L'acupuncture est parfaitement administrable aux animaux, tout à fait facilement, par les éleveurs eux-mêmes., C'était le sujet de ces 4 journées de formation, données en deux sessions de deux jours et organisées par Leslie Fruleux de l'antenne d'Ussel de la Chambre.

Des éleveurs autonomes

Les 8 éleveurs présents ont déjà profité de deux jours de formation il y a 6 mois, et viennent pour se perfectionner. Ils ont pu acquérir un peu d'expérience en tentant les premiers soins sur leurs animaux. Myriam élève des veaux sous la mère : « Je pratique déjà diverses méthodes naturelles de soin. L'acupuncture vient en plus. J'ai pu constater l'efficacité de la technique, simple à mettre en oeuvre sur les animaux. Par exemple, j'ai constaté une grande amélioration sur les boiteries, ainsi que sur la toux des veaux, c'est très efficace. En revanche, je trouve que pour les mammites, les résultats sont moyens. L'intérêt, c'est que ça ne fait pas de mal, donc on peut y aller avant d'appeler le véto ». Julien quant à lui, a dépassé les 1000 aiguilles. Il expérimente dès que c'est possible sur ses vaches laitières Brunes des alpes. « Pour moi, cette méthode de soin est efficace et peu chère, puisque les aiguilles sont vendues pour quelques euros la boite. Ça permet d'éviter d'appeler le vétérinaire qui vous prend 70EUR rien que pour le déplacement » détaille-t-il. Il continue en précisant : « Ça marche très bien sur les diarrhées, ou encore les métrites. Je fais une poncture une semaine avant, en prévention pour faciliter les vêlages, et c'est vrai que ça va beaucoup mieux. Je fais appel aussi à des remèdes naturels comme ceux du Comptoir des plantes en Corrèze. Par exemple, je donne de la tisane de foin, en plus du protocole d'acupuncture ».

Mais il n'y a pas que les vaches dans la vie. Dans cette formation sont également abordées les autres espèces, comme les lamas, mais aussi des ovins et des caprins... Tous les animaux sont susceptibles de profiter des bienfaits de l'acupuncture, même les lapins ! Le premier jour de ce perfectionnement, c'est un élevage de lamas qui est devenu le siège de la mise en pratique.

Nayla, la vétérinaire, précise : « Je travaille sur tous types d'animaux, des chevaux, des animaux de la ferme, des lapins... J'ai même formé des vétérinaires qui interviennent dans les zoos, comme le Pal. Ainsi, on peut piquer des rhinocéros, des éléphants ou d'autres animaux exotiques. L'important pour moi, c'est que l'agriculteur puisse être autonome sur le soin, et donc, je leur donne la méthode complète pour approcher l'animal, diagnostiquer l'état énergétique, et choisir les bons points d'acupuncture pour insérer l'aiguille au bon endroit ».

Un protocole de soin très complet

D'après la MTC, le corps est parcouru par 12 méridiens principaux qui irriguent en énergie les organes et les entrailles de l'homme, mais aussi de tous les animaux. Sur ces méridiens, des points, comme des portes d'entrée existent, et sont l'endroit où les aiguilles peuvent être insérées. Chaque point a une action bien spécifique, et c'est pourquoi Nayla Cherino Parra insiste par exemple sur le « V60 », soit le 60e point du méridien de la Vessie, qui « est le point aspirine pour traiter les douleurs chez les humains comme chez les bêtes ». L'éleveur qui écoute le cours magistral le matin, avant de passer à la pratique dans la stabulation l'après-midi, se rend bien compte qu'il n'est pas possible de piquer sans connaître le système énergétique du vivant. Et c'est ce qu'explique avec un talent indéniable, la vétérinaire Nayla, mettant en oeuvre une pédagogie pétillante et lumineuse qui fixe dans la mémoire et les émotions les aspects théoriques pour toujours. « Il faut prendre en compte le vivant pour que l'aiguille donne la bonne information au point piqué » raconte-t-elle, et pour ce faire, « il faut que l'éleveur prenne soin de lui pour avoir la confiance nécessaire au soin. Il doit prendre en compte toutes les énergies, celle de l'animal, celle du lieu où le soin a lieu, et sa propre énergie. Il faut travailler sur les émotions, en comprendre leur provenance, leurs effets, et leur évolution pour mieux les dissiper. Ainsi la confiance revient, l'animal le sent, et tout s'apaise. Dans le cas contraire, l'animal peut ne pas répondre au traitement » insiste-t-elle. Alors, une bonne partie du cours du matin consiste à comprendre et à travailler les émotions des éleveurs pour aller vers le soin dans de bonnes conditions. Des techniques comme « l'homme allumettes » permettent de prendre conscience des liens de tout un chacun avec telle personne, telle situation, ou tel lieu ou objet pour résoudre les noeuds qui peuvent apparaître et empêcher l'harmonie, et donc l'énergie de circuler. Des techniques simples à mettre en oeuvre pour se délivrer émotionnellement de quelque chose.

Mais il n'y a pas que la théorie, il y a aussi des exercices, d'abord sur l'humain pour bien comprendre. Il est donc temps de commencer à diagnostiquer, avant de poser un traitement.

Un bilan énergétique pour comprendre et pour agir

Il faut donner une méthode efficace pour comprendre ce qui ne va pas avec l'animal. Si un symptôme apparait, c'est qu'il y a déséquilibre énergétique, qui finit par provoquer une défaillance plus ou moins grave. Après l'étude de l'aura, qui permet de créer une sorte de synergie entre l'éleveur et l'animal qui se laissera approcher avec confiance, ce sont les chakras qu'il faut tester. Loin des clichés souvent véhiculés par la télévision, les chakras, démystifiés par la formatrice, sont de véritables centres d'énergies qui peuvent témoigner d'un problème. C'est en plaçant la paume de la main au-dessus de ces chakras, que l'éleveur, grâce aux conseils reçus pendant le cours et la démonstration, peut ressentir les désordres. C'est un exercice en binôme qui permettra aux participants de se contrôler mutuellement les 5 chakras principaux du corps, afin de déterminer si l'un d'eux est défaillant. Des points d'acupuncture permettent alors, à chaque fois de rééquilibrer le chakra. Les symptômes sont alors rapidement apaisés, jusqu'à disparition complète.

Rien ne vaut la pratique !

Direction la stabu, chez Aurélie Pradel, à Margerides. Aurélie a l'habitude de soigner avec des méthodes douces et naturelles. Elle sait imposer les mains pour soigner ses animaux, et elle ne manque pas de le faire aussi sur des humains, ceux qui le lui demandent dans son entourage, et son voisinage pour soigner brulures et verrues. C'est tout naturellement qu'elle s'intéresse à l'acupuncture animale, et met à disposition ses limousines qu'elle dédie à 50% en production de broutards, et le reste en veaux sous la mère.

Les stagiaires entrent dans la stabulation, les vaches sont au cornadis, et observent avec inquiétude les stagiaires tout aussi inquiets qu'elles. Mais avec les conseils et le charisme de Nayla Cherino Parra, l'ambiance devient vite détendue. Contrôle et stabilisation de l'aura permettent aux stagiaires d'approcher chacun leur vache. L'animal, après quelques mouvements de crainte, se laisse faire. Deux aiguilles savamment piquées sur la tête et le dos permettent de commencer le travail. De l'humain à la vache, il n'y a qu'un pas. Les paumes de mains s'affairent sur le dos des animaux pour trouver les fameux chakras. Ils sont anatomiquement au même endroit que chez les humains, le long de la colonne vertébrale. Chaque chakra est trouvé, les paumes maintenant expertes déterminent si les centres d'énergie sont denses, gonflés, ou l'inverse, si les sensations sont agréables ou désagréables dans les mains. Une fois trouvé le ou les chakras disharmonieux, il faut activer les points d'acupunctures adéquats. Heureusement, Nayla les a listés, les stagiaires les ont appris, il ne reste plus qu'à sortir les aiguilles pour piquer avec dextérité l'animal qui se laisse faire avec confiance et sérénité.

Dès l'arrivée dans la stabulation, la formatrice n'est pas intervenue. Elle laisse faire les stagiaires. Elle les incite à se souvenir du cours, et à se prendre en main. Ils font un effort de mémorisation, se frottent la tête, le menton. On les voit réfléchir. Les premiers gestes sont esquissés, d'abord timidement, puis l'animal réagissant, avec de plus en plus d'assurance. « Je veux les laisser faire au tout début. Il faut qu'ils prennent de plus en plus d'autonomie, et rien ne vaut la pratique personnelle. Ils observent d'abord les premiers signes de tension avec l'animal, mais aussi sur eux-mêmes avant de tester les chakras ». C'est en effet lorsque tout est apaisé que le soin est possible : ce qui a été vu le matin même en salle est expérimenté dans la réalité de la stabulation.

Peut-on faire des bêtises avec une aiguille ?

Une inquiétude peut exister chez certains éleveurs, quant à la possibilité de blesser l'animal avec les aiguilles. Forcément, pour quelqu'un qui n'a jamais manipulé, c'est probablement difficile de bien appréhender le geste technique. Mais Julien nous éclaire : « en tant qu'éleveur, on sait utiliser des aiguilles sur nos animaux, alors les aiguilles toutes fines pour l'acupuncture, ça va ». Et Nayla montre le geste avec application, douceur et dextérité, tout en expliquant que le point d'acupuncture est peu profond, donc on ne peut atteindre quoi que ce soit de sensible sur l'animal.

En prévention

A la fin des 4 jours de formation, les éleveurs sont maintenant capables, lorsqu'ils décèlent sur leur animal un problème lié à la physiologie ou à la mobilité, de procéder à un diagnostic pour trouver, du point de vue énergétique ce qui ne va pas. Cette technique de bilan énergétique, accessible à tous est très utile, même si l'animal ne présente aucun signe de pathologie. Le bénéfice de l'acupuncture est de prévenir les désordres grâce à une attention quotidienne sur le troupeau. Rien n'empêche de contrôler l'aura, et de tester les chakras de l'animal alors qu'il semble aller bien. La circulation de l'énergie dans les méridiens doit être maintenue fluide. Tout désordre énergétique finira par créer un désordre physiologique, pour dériver sur une véritable pathologie si rien n'est fait. C'est pourquoi l'observation et le test régulier des animaux permettent de pallier les défaillances au niveau des méridiens avant qu'ils n'apparaissent physiquement, et ainsi de faire venir bien moins souvent le vétérinaire dans les élevages. Mais que la médecine chinoise soit un remarquable outil de bonne santé, est une réalité, à condition de s'en servir. Ne dit-on pas qu'en Chine, les médecins traditionnels ne sont payés que lorsque les patients ne sont pas malades* ?

Véronique Legras

*       Ce n'est qu'une légende inventée par les occidentaux. Même aux temps de l'empire, les médecins étaient payés selon leurs prestations.

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