Corrèze : sécurité, adaptation de la faune et ESOD, les enjeux de l’ouverture de la chasse
La Fédération départementale des chasseurs de Corrèze joue un rôle central dans la sécurité, l’adaptation de la faune et la gestion des Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), à l’approche de l’ouverture de la chasse prévue le 13 septembre.
La Fédération départementale des chasseurs de Corrèze joue un rôle central dans la sécurité, l’adaptation de la faune et la gestion des Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD), à l’approche de l’ouverture de la chasse prévue le 13 septembre.
Alors que la Corrèze a été épargnée par les grands incendies qui ont frappé la Gironde, les Landes ou la Dordognecet été, la sécheresse et ses conséquences sur la faune locale préoccupent les chasseurs du département. Entre adaptation des animaux, gestion des dégâts agricoles et surveillance des espèces invasives comme le raton laveur, la Fédération est un acteur clé dans l’observation et la préservation des écosystèmes.
Une sécheresse moins brutale, mais des effets visibles
Contrairement à ses voisins aquitains, la Corrèze n’a pas subi d’incendies majeurs cet été. Pourtant, la sécheresse a marqué les paysages et le comportement des animaux.
Les rivières, ruisseaux et étangs sont à des niveaux très bas, même si un peu d’eau subsistait dans les mares ou les fonds de vallée », explique David Murat, directeur de la Fédération départementale des chasseurs de la Corrèze.
Les animaux, comme les chevreuils, les sangliers ou les renards, ont adapté leurs habitudes : « Ils sortaient beaucoup plus tard, à la nuit noire, quand il faisait un peu plus frais. En journée, ils ne bougeaient presque pas. » Les chasseurs, qui arpentent les bois et les prés chaque week-end, sont des sentinelles précieuses. Grâce à leur réseau de pièges photographiques, notamment sur le plateau de Millevaches, ils observent les déplacements et l’état des populations.
Reste une question : la sécheresse a-t-elle affecté la reproduction des chevreuils, dont les femelles mettent bas en mai, à une période où la végétation nutritive, comme la ronce et le lierre, était peut-être moins abondante ?
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Sangliers : des dégâts contrastés selon les cultures
Si les semis de maïs ont finalement été moins touchés que prévu au printemps par les sangliers, la situation s’est nettement dégradée ces dernières semaines, avec le retour des dégâts.
Depuis trois semaines, les dégâts sont énormes. Les sangliers écrasent les plants, même petits, pour trouver de la fraîcheur ou de la nourriture », constate David Murat.
Les parcelles irriguées ou situées près de ruisseaux, rares cette année, attirent particulièrement les animaux. Sur le terrain, les populations de sangliers ne semblent pas en déclin. « C’est une espèce très résistante à la chaleur. Historiquement, les plus fortes densités se trouvaient dans le pourtour méditerranéen », rappelle-t-il. En Corrèze, les prélèvements témoignent de cette forte présence, avec 8 200 sangliers abattus l’an dernier, contre 7 300 en 2024et 6 500 en 2023. « La chasse est désormais ouverte toute l’année, ce qui permet de réguler les populations », ajoute-t-il.
Cette forte présence se traduit également par des dégâts et des problèmes de cohabitation croissants, notamment dans les secteurs périurbains autour de Brive et de Tulle.
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Les chasseurs, sentinelles de la biodiversité
Les chasseurs corréziens sont bien plus que des pratiquants : ils forment un réseau d’alerte essentiel.
Que ce soit pour la grippe aviaire, la présence de loups ou des cadavres d’animaux, ce sont souvent les chasseurs qui donnent l’alerte en premier », souligne le directeur.
Leur rôle a été déterminant dans la détection des premiers loups en Corrèze, grâce aux pièges photographiquesinstallés pour étudier l’impact du prédateur sur les populations de cerfs, chevreuils et sangliers. Un projet scientifique est en cours sur le plateau de Millevaches : 25 000 hectares maillés de caméras pour analyser les interactions entre loups et gibier. « On espère avoir des résultats d’ici l’automne, après un an de collecte de données », indique-t-il.
Sur le front de la biodiversité, la Fédération travaille également à la restauration des mares, en collaboration avec l’Agence de l’eau et le Conservatoire d’espaces naturels.
L’objectif est de recenser les petits points d’eau, souvent comblés ou boisés, et de les réhabiliter pour préserver la biodiversité », explique-t-il.
Raton laveur : une menace en expansion
Autre sujet de préoccupation : l’arrivée du raton laveur, une espèce invasive originaire d’Amérique du Nord. « Il n’a pas de prédateur naturel en Europe et peut causer des dégâts considérables : destruction de nids d’oiseaux rares, prédation sur les poulaillers, ou même transmission de maladies dangereuses pour l’homme et les chiens, comme la maladie de Carré ou le parasite Baylisascaris », alerte David Murat.
La Corrèze se situe entre deux foyers de colonisation : celui de Gironde (remontant par la Dordogne) et celui de Haute-Loire (descendant vers le Cantal).
On collecte actuellement les signalements pour évaluer l’ampleur de sa présence »,
précise-t-il.
Les chasseurs sont invités à signaler toute observation, et des piégeages ciblés pourraient être organisés.
Ouverture de la chasse : la sécurité, une priorité absolue
L’ouverture officielle de la chasse aura lieu le 13 septembre, et la sécurité reste la préoccupation majeure de la Fédération.
Dans ce cadre, une formation dite décennale est devenue obligatoire pour tous les détenteurs du permis de chasse. Pour l’instant, seuls 4 500 chasseurs ont été formés. La Fédération vise 100 % de cet objectif à l’horizon 2030. Des sessions continues sont organisées pour atteindre l’objectif, avec des techniciens qui se déplacent directement dans les sociétés de chasse ou les salles des fêtes locales.
La sécurité est le sujet numéro un pour la Fédération. On ne lâche rien sur ce point », insiste-t-il.
ESOD en Corrèze : un dossier sous haute tension
La publication des nouvelles listes des Espèces Susceptibles d’Occasionner des Dégâts (ESOD) a été retardée de plus de 50 jours, une situation qualifiée d « inadmissible » par les fédérations. En Corrèze, le renard, la martre et la corneille noire ont finalement été retenus. Paradoxe : malgré un travail collaboratif avec les associations naturalistes, celles-ci ont annoncé qu’elles attaqueraient par principe l’arrêté ministériel devant les tribunaux.