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Patrick Bénézit : « Le combat de la FNB, c’est le prix »

Le congrès de la Fédération nationale bovine se tiendra à la Grande Halle d’Auvergne, les 4 et 5 février. Dix-huit ans que le département du Puy-de-Dôme n’avait pas accueilli un événement d’une telle envergure. À la veille du congrès de la Fédération nationale bovine à Clermont-Ferrand (4 et 5 février), son président revient sur une année charnière entre conjoncture, sanitaire et international.

Les responsables de la FNB lors de la manifestation à Strasbourg contre l’accord UE-Mercosur.
Les responsables de la FNB lors de la manifestation à Strasbourg contre l’accord UE-Mercosur.
© SC

Comment se porte l’élevage bovin viande en 2026 ?

Patrick Bénézit : Depuis un an, les prix de toutes les catégories d’animaux ont progressé de manière significative. Début 2025, le prix des broutards a dépassé l’indicateur de coût de production. Il en a été de même pour le prix des animaux gras, des jeunes bovins et des vaches durant l’été. Cela n’est pas le fruit du hasard mais bien la conséquence du combat que nous menons depuis plusieurs années sur la juste rémunération des producteurs à travers notamment les lois Egalim et le travail mené avec nos partenaires commerciaux européens qui a fortement contribué à ces augmentations de prix. 

Nous pouvons enfin caresser l’espoir d’une rentabilité en viande bovine. Il était temps ! 

Pour autant, cela reste très fragile c’est pourquoi, nous sommes attentifs à tous les éléments qui pourraient déstabiliser les marchés, en premier lieu les accords internationaux et les événements sanitaires.

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Le renvoi de l’accord entre l’Europe et les pays du Mercosur vers la Cour de justice de l’Union européenne suite au vote positif des eurodéputés le 21 janvier est une victoire pour tous les éleveurs français ?

P.B. : Nous sommes extrêmement satisfaits de la saisine de la Cour européenne. Notre mobilisation sans relâche sur ce dossier stratégique, nos manifestations à Bruxelles puis à Strasbourg, ont été déterminantes. Derrière ce vote, l’espoir renaît. 

Il s’agit du premier signal politique positif européen que nous obtenons depuis très longtemps. 

Évidemment, le combat est loin d’être terminé et nous savons que la Commission tentera tous les mauvais coups pour empêcher la démocratie de s’exprimer. L’Europe ne peut pas exposer l’agriculture aux quatre vents au moment même où tous les blocs réarment leur agriculture. L’exclusion de l’agriculture de l’accord actuellement en discussion entre l’Union européenne et l’Inde est un signal encourageant. 

Mais il ne faut pas lâcher sur le Mercosur, n’oublions pas qu’avec le mécanisme de rééquilibrage, l’Europe ne pourra pas activer de mesures miroirs, autrement dit ne pas protéger son agriculture. C’est un comble. L’Europe doit arrêter d’être naïve, et protéger son agriculture, son économie

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En 2025, la Dermatose Nodulaire Contagieuse (DNC) a bousculé l’élevage français, avec quelles conséquences sur le commerce ?

P.B. : Nous nous sommes pleinement mobilisés à la fédération nationale bovine pour obtenir des accords bilatéraux avec nos partenaires importateurs (Italie et Espagne) qui permettent de vendre des animaux vaccinés. L’accord obtenu fin novembre entre la France et l’Italie évite les 14 mois d’attente, mais il reste dur selon les différents zonages : entre quatre mois au mieux et sept mois au pire. 

Les sujets sanitaires ne peuvent pas être traités en occultant les règles européennes du commerce. Si on exporte aujourd’hui, c’est parce que notre génétique est très prisée, que nos standards sanitaires sont incontestés et qu’ils rassurent nos clients.

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En 2024, le Gouvernement avait annoncé un plan élevage. Concrètement, où en sommes-nous ?

P.B. : Nous avons soutenu ce plan. Ce plan élevage comprenait des éléments sur les prix, la concurrence déloyale, mais aussi sur le sanitaire. Il y a deux ans, la DNC n’était pas présente mais nous disions déjà que le sanitaire méritait de l’anticipation. Maladie par maladie, il s’agit de savoir qui fait quoi, qui paye quoi, quel est le cadre.

L’impact du sanitaire est colossal, les différents sérotypes de FCO ont par exemple coûté 200 000 vêlages à la France en plus de la décapitalisation

La tuberculose c’est quasiment deux fois plus d’animaux abattus en 2024 que ceux qui ont été abattus dans le cadre de la DNC. Le renforcement de la prévention et de la sécurisation des protocoles sanitaires doivent être la règle en matière sanitaire.

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Sur les normes, le plan élevage comportait des avancées. Lesquelles, et sont-elles opérationnelles ?

P.B. : Nous avons obtenu des choses sur les prairies sensibles, sur le ratio prairie, sur la possibilité de passer de 5 à 7 ans les prairies temporaires. Nous sommes toujours dans l’attente de l’évolution des seuils ICPE notamment pour l’engraissement. La contestation des indices prairies en cas de défaut du satellite est un sujet encore non réglé malgré l’obtention de cette possibilité dans l’article 4 de la loi Duplomb

Ce n’est plus possible pour les éleveurs de rester dans un système qui leur coûte des sommes astronomiques et qui ne voit pas les sécheresses ou autres intempéries quand elles sont manifestes. 

La possibilité de recours n’a pas été appliquée en 2025 alors que des situations l’auraient mérité. Les préfets n’ont pas fait le boulot. On doit stopper cette arnaque et revenir à des expertises terrain à travers les fermes de références, les bilans fourragers, les données météo.

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Quelles mesures avez-vous obtenu en matière de fiscalité ?

P.B. : Nous avons obtenu la provision fiscale avec l’augmentation des seuils, du micro-BA et des plus-values. La provision élevage est opérationnelle pour quatre ans. En 2025, les vaches allaitantes pouvaient déjà être des immobilisations, en complément nous avons obtenu qu’elles ne soient pas réintégrées dans les stocks lorsqu’elles sont vendues. C’est une avancée majeure pour les éleveurs.

En moins de dix ans, la ferme France a perdu plus d’un million de vaches. La conjoncture plus clémente est-elle de nature à stopper cette décapitalisation ?

P.B. : La moitié du cheptel bovin est entre les mains d’éleveurs de plus de 50 ans, il faut donc donner des perspectives aux jeunes pour assurer le renouvellement des générations. Cela passe par une filière qui s’engage à garantir des prix d’achat couvrant le coût de revient et les annuités. 

Le capital investi est en effet de plus en plus lourd en élevage bovin, les jeunes ont besoin de cet engagement de la filière et des partenaires bancaires

Enfin, pas d’avenir pour l’élevage sans une PAC forte qui encourage l’élevage sur tout le territoire. L’Europe doit envoyer un signal fort aux éleveurs qui font naître des veaux, ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent.

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La ministre de l’Agriculture elle-même estime que la France a tout intérêt à développer l’engraissement. Oui, mais comment ?

P.B. : On entend beaucoup parler de l’engraissement en France. On peut avoir de grandes ambitions mais l’engraissement en France dépend avant tout de l’engagement des abatteurs à garantir la marge des engraisseurs. Cela commence à se faire grâce à la contractualisation. En complément, il faut mettre en place des financements de l’engraissement à des taux préférentiels, tout comme cela est nécessaire pour l’installation des jeunes.

Lire aussi : Comment développer l'engraissement des veaux laitiers en Auvergne-Rhône-Alpes ?

Programme du Congrès de la FNB

Les 500 congressistes attendus, venus de toute la France, aborderont la PAC post-2027, le renouvellement des générations mais aussi la dématérialisation. Une table ronde consacrée à la reconquête de l’élevage sera organisée le 5 février au matin avant l’intervention de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, attendue en fin de matinée.

Lire aussi : "La colère agricole est la conséquence directe d'un défaut de réponse du Gouvernement"

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