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Conférence des territoires : “Les inégalités doivent être traitées inégalement, sinon elles s’accroissent”

Le Conseil départemental a programmé un nouveau rendez-vous avec les élus qui réclament à l’État une vision à plus long terme des services et un soutien différencié.

Les élus locaux veulent être entendus.
Les élus locaux veulent être entendus.
© R. S.-A.

Très vite, le débat s’est instauré sur la fracture entre le monde rural et les métropoles, lors de cette Conférence des territoires, qui réunissait lundi 11 décembre, les parlementaires, les conseillers départementaux, les maires et présidents d’EPCI(1).  En effet, après le rappel de la situation démographique, tous ont fait le constat que, même si les projections à l’horizon 2050 n’ont rien de catastrophiques(2), le simple maintien de population se fera au prix de gros efforts de la part des collectivités locales.   Car si tout le monde s’accorde à considérer que l’accueil d’actifs est une (l’unique ?) planche de salut, faut-il encore garantir à ceux qui font le choix de rejoindre le Cantal qu’ils ne sombrent pas dans un désert médical, où l’accès à la téléphonie mobile est aléatoire... et où même le téléphone fixe peut s’arrêter durant de longues semaines ! Pour y faire face, le département se voit dans l’obligation de conduire des politiques dites “de rattrapage”, suffisamment offensives. D’autant que bien d’autres territoires se positionnent aussi pour accueillir de nouvelles populations. Il faut donc se démarquer.

L’école : le bon exemple

En se tournant vers le secrétaire général de préfecture, Jean-Philippe Aurignac, les élus comptent sur une collaboration efficace de l’État qui ne peut passer que par une sorte de discrimination positive de nos territoires, même si le terme ne fut pas lâché, préférant celui de “différenciation”. Le domaine scolaire est le seul où, jusqu’à présent, les élus estiment avoir été entendus. Une convention, passée avec un ministre de l’Éducation nationale (Vincent Peillon), prenait en compte des spécificités comme, par exemple, le temps de trajet pour se rendre à l’école et surtout laissait entendre qu’en- deçà d’un certain seuil, le service public ne serait plus correctement rendu, d’où un gel de postes. L’avenant à la convention (reconduit sous Najat Vallaud-Belkacem) est déjà moins favorable, promettant “une suppression de cinq postes maximum en cas de baisse des effectifs”. Pour autant, le secrétaire général de l’Association des maires du Cantal, Christian Montin, ne relève malheureusement que “bien peu d’autres exemples de bons traitements”. C’est pourtant l’espoir qu’aurait pu faire naître le Schéma départemental d’amélioration de l’accessibilité des services au public.

Élus, aménageurs de territoire

Les EPCI ont eu à se prononcer sur le projet de ce schéma. Si trois ont livré un avis positif, cinq autres ont émis des réserves, souhaitant une garantie du maintien de la présence des services qui relèvent de l’État. Même si, comme s’en insurge le sénateur Delcros, “on constate tous les jours le poids de l’urbain dans les décisions prises à Paris”, on ne peut pas appliquer les mêmes règles à une métropole qu’à un village de montagne. Ce que le président de la communauté de communes de la Châtaigneraie, Michel Teyssedou, résume d’une formule aussi ancienne que les écrits de Socrate : “Les inégalités doivent être traitées inégalement, sinon elles s’accroissent.” Illustration à Vézac : commune de moins de 2 000 habitants qui ne peut donc pas abriter une pharmacie, alors que le bassin de vie tout autour la réclame et qu’un candidat à l’installation est identifié. Mais là, l’Agence régionale de santé - “qui revendique haut et fort son indépendance vis à vis de l’État”, précise le sous-préfet Aurignac - refuse, en quelques lignes sur une lettre laconique adressée au maire. Même en se serrant les coudes, les élus locaux n’y pourront rien. Dans d’autres secteurs, ils peuvent agir. C’est le cas de la téléphonie mobile, même s’il a fallu se battre pour faire admettre que si le signal d’un opérateur sur trois (Bouygues par exemple) passait devant la porte d’une mairie, cela ne voulait pas dire que la commune sortait d’une zone blanche... Là où les secteurs urbains voient les travaux engagés avec célérité sans participation publique, le Département a dû mettre la main à la poche pour faciliter la couverture, a rappelé le président, Bruno Faure. Et il le fait encore, aux côtés de la Région pour le déploiement de la fibre optique.  Il s’emploie aussi à attirer de jeunes médecins(3). Et comme cela risque d’être encore insuffisant, Bernard Delcros estime qu’il est temps de contraindre ceux qui sortent des études de médecine d’intégrer des départements déficitaires. “Ou alors, s’ils choisissent de s’installer dans des zones excédentaires, qu’ils ne soient pas conventionnés.”  Voilà les élus cantaliens qui veulent sortir des vœux pieux, et engager des mesures coercitives s’il le faut.

(1) Établissements publics de coopération intercommunale, autrement dit les communautés de communes du département et la communauté d’agglomération.

(2) Les scénarios les plus optimistes font état de 155 000 habitants en 2050.

(3) Le Cantal compte 132 généralistes, dont 40 % ont plus de 60 ans.

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