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Conduite de verger : les pratiques ont évolué

Depuis plusieurs années, des méthodes alternatives aux produits phytosanitaires se mettent en place en agriculture et en arboriculture fruitière. En Creuse, le GAEC de la Salle a depuis longtemps adopté ces pratiques sur son verger conventionnel. Avec des résultats probants.

Les brumisateurs peuvent servir pour limiter les effets du gel.
Les brumisateurs peuvent servir pour limiter les effets du gel.
© P. Dumont

En 1993, lorsque le Gaec de la Salle cherche à se diversifier pour accueillir un nouvel associé, l’idée du verger s’impose assez rapidement. La cessation d’activité d’un producteur voisin en vente directe laisse présager un potentiel de clientèle et les techniciens consultés estiment que les conditions climatiques permettent la production de pommes. « C’est un peu plus compliqué car il fait plus froid dans l’est de la Creuse mais la golden n’en est que plus colorée et parfumée. », remarque Jean-François Giraud. Ces conditions climatiques ont d’ailleurs conduit l’arboriculteur à installer des équipements spécifiques. Une « wind machine » permet de lutter contre le gel en aspirant l’air chaud en altitude pour le restituer sur 4 à 5 ha de verger. Des brumisateurs vont également, s’il fait très froid au printemps, entourer les fleurs de pommiers d’une gangue de glace. Ils préviennent ainsi les dégâts liés aux températures inférieures à 0 °C. En 2012, le Gaec décide de se consacrer uniquement à la vente directe. Son éloignement des coopératives du bassin pommicole limousin rendait les livraisons compliquées et coûteuses. Aujourd’hui, sur les 10 ha de verger se côtoient 12 variétés de pommes. « Cette diversité est à la fois une contrainte et un atout, explique l’arboriculteur. C’est plus difficile car les variétés ont des sensibilités différentes aux maladies mais d’un autre côté certaines sont aussi plus résistantes. Et la pression parasitique est moindre puisque nous sommes les seuls producteurs ici ». Le choix de la vente directe a aussi des conséquences sur le verger. Les pommiers sont moins hauts pour faciliter la cueillette, la densité des arbres plus faible et l’espacement entre les rangs plus grand pour que les clients puissent passer avec leurs véhicules.

Diminuer les traitements
Dès le début, le Gaec cherche à minimiser les traitements lourds et à mettre en place des alternatives. Tout en sachant que certaines maladies ou insectes ne peuvent être vaincus que par des traitements. « Je comprends les interrogations des consommateurs. Nous recherchons la meilleure efficacité technique pour un coût raisonnable et en restant le plus naturel possible », résume le producteur. Premier auxiliaire introduit sur le verger, Typhlodrome pyri est un prédateur de l’araignée rouge, acarien qui bloque l’assimilation chlorophyllienne. Il est venu remplacer les traitements chimiques. « Le traitement avait besoin d’être répété souvent car il tue les araignées mais pas leurs œufs, détaille Jean-François Giraud. Il tue aussi les autres auxiliaires. Grâce au Typhlodrome, cela fait dix ans que je ne traite plus. Bien sûr, il ne faut pas s’alarmer car il reste toujours des araignées rouges. » Au lancement du verger, le producteur a également introduit des œufs de coccinelles pour lutter contre les pucerons. Pour le carpocapse, papillon dont les larves perforent les pommes, c’est à une méthode biologique, la confusion sexuelle, qu’il a recours. Des dispositifs imprégnés de phéromones pour perturber la reproduction de l’insecte sont installés et des nichoirs attirent des oiseaux tels que les mésanges, prédateurs de ce ravageur. D’autres maladies menacent de façon récurrente les vergers. La tavelure peut ainsi rendre une récolte invendable. Pour lutter contre ce champignon, l’arboriculteur a installé une station météo informatisée et développé son propre programme informatique d’évaluation du risque. « Je peux suivre les évolutions du temps quasiment à la minute, souligne Jean-François Giraud. La tavelure se développe dans des conditions très précises de température, d’humidité et d’humectation des feuilles. La station météo et le modèle informatique permettent de calculer les risques et j’en déduis s’il faut traiter ou non. Cela m’a permis de diviser par deux ou trois les traitements. » Quand le traitement est inévitable, les produits sont choisis soigneusement pour préserver les auxiliaires.

Traiter moins et mieux
Suite à une conférence du réseau Dephy en 2014, une nouvelle méthode de pulvérisation est appliquée. Au lieu de 6 km/h, c’est à 10 km/h que le tracteur se déplace dans chaque rang pour traiter. La vitesse de rotation du ventilateur du pulvérisateur est volontairement moindre et le régime à la prise de force réduit à environ 350 t/minute. « Le brouillard déposé ne dépasse pas le bord extérieur de la rangée traitée, commente l’arboriculteur. Cette technique m’a permis de diviser par deux les quantités d’eau, de produit et de carburant, donc le coût. C’est par conséquent plus rapide, moins bruyant et tout aussi efficace. » Car c’est aussi là l’intérêt de ces méthodes alternatives : une efficacité équivalente avec un coût parfois moins élevé. Des techniques appelées à se développer avec la nécessaire réduction des produits phytosanitaires. Du côté des consommateurs, la demande est forte. Invitée par la FRSEA Limousin à participer à la visite du verger, la représentante de l’association des consommateurs de la Creuse a d’ailleurs semblé très sensible aux efforts mis en œuvre par le Gaec de la Salle.

* Action réalisée dans le cadre du plan Ecophyto en Limousin.
Le plan Ecophyto est piloté par le Ministère chargé de l’agriculture, avec l’appui financier de l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques, par les crédits issus de la redevance pour pollutions diffuses.

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