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Comment expliquer un EBE tendu, malgré des prix de vente en hausse ?

La conférence annuelle commune entre Cerfrance et Chambre d’agriculture du Cantal avait pour thème cette année : “Transaction en bout de champs, des repères pour un juste prix”.

les intervenants de la réunion Cerfrance Cantal et Chambre d'agriculture du Cantal devant les éleveurs du Cantal
À Saint-Flour, lors de la conférence publique, sont intervenus Dominique Andrieux et Antoine Cerles de Cerfrance (en haut), Yann Bouchard et Christophe Chabalier (à droite). 
© Renaud Saint-André

Une conférence à quatre voix. Mercredi 6 mars au lycée agricole de Saint-Flour Dominique Andrieux et Antoine Cerles de Cerfrance, puis Yann Bouchard et Christophe Chabalier de la Chambre d’agriculture, se sont adressés à une cinquantaine d’agriculteurs en présentiel, accompagnés d’autant d’apprenants de l’établissement Louis-Mallet, ainsi qu’à 70 internautes qui ont pu suivre la conférence en ligne. Au menu : les deux premiers intervenants ont dressé un bilan économique des productions allaitantes et laitières de la ferme Cantal sur la saison 2022-2023 ; les deux suivants ont évoqué les autres produits de la ferme qui peuvent aussi faire l’objet de transactions : le fourrage et les effluents.      

Allaitants et laitiers   

En présentant la méthodologie qui a prévalu pour extraire les résultats livrés par l’étude de quelques 1 000 exploitations, l’ingénieur chargé d’études, Antoine Cerles, a bien précisé qu’une moyenne peut cacher de grandes disparités. La période retenue est marquée par l’inflation, accélérée par la reprise des marchés d’après-Covid puis le conflit ukrainien. Les charges les plus impactantes sont d’abord l’envolée du coût de l’alimentation, “surtout en lait AOP” ; les frais de mécanisation, “en raison de la flambée des prix du carburant” ; le tarif des intrants qui s’emballe, “à cause du prix du gaz qui sert à la production de l’engrais”.  Fort heureusement, les produits ont vu leur prix de vente également augmenter dans ce même laps de temps. 

Dominique Andrieux, conseiller de gestion, le détaille dans les productions allaitantes, ajoutant comme facteurs conjoncturels un chargement en baisse (pour gagner en autonomie) et  un volume des abattages de gros bovins en recul (qui maintient le cours des réformes). Il relève une évolution des prix au kilo (moyenne toutes races) passant de 3,50 € à 5 €. Sur le maigre, l’offre était plus limitée (en raison de la décapitalisation des cheptels) et l’épisode MHE a perturbé le marché. Les cours ont gagné +1€, de 2,20 €/kg à 3,20 €/kg. Dominique Andrieux a aussi signalé des primes Pac qui ne sont pas à la hauteur de espérances, faisant perdre entre 2 000 et 3 000 € par Unité de main d’œuvre (UMO).  La hausse des produits est également de mise chez les producteurs laitiers à 470 €/1 000 litres en 2023, signale Antoine Cercles. Il prédit la même évolution pour 2024 car, même si la consommation tend à diminuer (avec toutefois une meilleure résistance que les produits carnés), “pour maintenir un tissu productif, les laiteries cherchent à garder des prix rémunérateurs”. 

Dans le détail, le rayon des produits laitiers des GMS ne se porte pas si mal, mais celui à la coupe diminue assez nettement. D’où des AOP en chute, avec un prix du lait proche du conventionnel pour le bleu, la fourme d’Ambert et le cantal. Trop peu de références permettent de tirer des conclusions chiffrées sur le bio, dont on sait que les productions souffrent d’un gros déséquilibre entre offre et demande  (-19 %) qui oblige à déclasser. 

“Même si le compte n’y est pas, heureusement pour le bio que le conventionnel ne se porte pas trop mal.”  Antoine Cerles Cerfrance

Face à ses résultats qui, globalement sont plutôt encourageants, quid de la rémunération de l’éleveur ? L’EBE (excédent brut d’exploitation) progresse, c’est indéniable : 560 €/UGB en allaitant, c’est 100 € de plus. Mais la moitié sert les remboursements d’annuités. La rémunération tourne toujours autour d’un Smic (qui a légèrement progressé) par UMO. En lait, cet EBE tourne autour de 220 €/1000 l. et la rémunération n’excède par 1,2 à 1,3 Smic. Loin des 2 Smic que devrait permettre l’application de la loi Egalim, comme l’a rappelé le président de la Chambre d’agriculture du Cantal, Patrick Escure (voir par ailleurs). 

EBE et rémunération 

En outre, se pose la question de la rentabilité lors d’une transmission, sachant qu’il faut 7 € de capital investi pour générer 1 € d’EBE produit. Valeur agronomique  et économique Certaines exploitations peuvent aussi améliorer leur trésorerie en vendant de l’herbe sur pied, du foin, du maïs ou autres. Yann Bouchard, ingénieur en méthodes et références sur le coût des fourrages, a livré une méthode visant à définir un prix pour “des transactions justes et durables”. Le principe est celui d’une fourchette raisonnable, comprise entre un prix plancher (proposé au vendeur pour couvrir ses charges) et un prix plafond (proposé à l’acheteur et au-delà duquel un autre choix s’impose). 

Il précise tous les éléments qui sont pris en compte pour ce calcul. Par exemple, pour de l’herbe sur pied : la fertilisation, l’implantation  (pour une prairie temporaire), l’entretien foncier, etc. S’y ajoute le prix du marché qui varie selon qu’il s’agit d’une année favorable, moyenne ou défavorable. Dans cet exemple, sur une année moyenne, la tonne de matière sèche se situera entre 40 € (prix plancher) et 100 € (prix plafond).  Son collègue Christophe Chabalier est intervenu, quant à lui, sur la vente d’effluents qu’il préfère nommer “engrais de ferme”, ceux-ci ayant une vraie valeur agronomique et économique, qu’il s’agisse de lisiers, purins, fumiers, composts, digestats... Son travail a consisté à trouver une valeur marchande par rapport aux engrais du commerce. 

Pour celà, il faut connaître la composition (qui varie d’une ferme à l’autre selon le système, l’alimentation, les bâtiments, les conditions de stockage...) et donc faire une analyse. Azote, phosphore, potasse ont des équivalences calculées dans un tableau tenu à disposition du public intéressé. En plus de tous ces taux qui peuvent se chiffrer, l’engrais de ferme a aussi une valeur carbone et organique. Pour s’y retrouver, un guide régional de fertilisation est disponible sur le site de la Chambre d’agriculture. Et pour faciliter ces transactions entre exploitations - fourrage et engrais de ferme - une fiche pratique est distribuée gratuitement.   

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