Aller au contenu principal

Comment enrayer la flambée du mal être agricole ?

Olivier Damaisin, coordinateur national interministériel du plan de prévention du mal-être en agriculture, était en Auvergne-Rhône-Alpes récemment pour échanger avec les représentants professionnels.

En 2024, la Mutualité Sociale Agricole (MSA) a enregistré 31 % de signalements de situation de mal-être supplémentaires par rapport à 2023

Dermatose nodulaire contagieuse bovine (DNCB), fièvre catarrhale ovine (FCO), impasses techniques en arboriculture, crise viticole, influenza aviaire, prédation… Les crises sanitaires, économiques et sociales s’enchaînent, laissant les agriculteurs épuisés, isolés, parfois au bord du gouffre.

Les maux sont, en effet, nombreux en agriculture et il est parfois difficile pour les exploitants et salariés agricoles de poser les mots et d’en parler. Le mal-être demeure un tabou, pourtant, dans le monde agricole, il est grandissant. En 2024, la MSA a enregistré 31 % de signalements de situation de mal-être supplémentaires par rapport à 2023. Un constat sans appel qui ne peut rester lettre morte. Pour l’ensemble des parties prenantes, l’humain doit retrouver sa place centrale dans la gestion de la santé mentale, grande cause nationale en 2025

Olivier Damaisain, coordinateur national interministériel du plan de prévention du mal-être en agriculture en visite dans le Rhône

« Ce n’est pas l’activité qui est prioritaire, c’est l’agriculteur », a martelé Olivier Damaisain, coordinateur national interministériel du Plan de prévention du mal-être en agriculture, alors qu’il était en déplacement en Auvergne-Rhône-Alpes les 20 et 21 octobre derniers.

Au cours de deux réunions, à Saint-Nizier-d’Azergues (Rhône) sur l’exploitation du président de la MSA Ain-Rhône, Dominique Despras, et à Lyon dans les locaux de la MSA Ain-Rhône, ce frère d’agriculteur a rencontré des représentants de la profession agricole de l’Ain et du Rhône*, parfois à bout de souffle face au désespoir de certains de leurs collègues, et les membres du conseil d’administration de l’Arc MSA Auvergne-Rhône-Alpes. Pendant deux jours, le coordinateur interministériel a échangé à cœur ouvert avec des agriculteurs pour faire remonter au sommet de l’État les préoccupations de terrain.

Lire aussi Solidarité Paysans, 20 ans d'accompagnement auprès des agriculteurs du Puy-de-Dôme

Les raisons du mal-être en agriculture sont multiples

Manque de moyens financiers et humains, l’impression d’être parfois seul face au mal-être, dysfonctionnement dans la chaîne de communication… Les doléances ont été aussi nombreuses que poignantes. Tous sont en attente d’un « cap », notamment pour la jeunesse agricole, l’avenir de l’agriculture. « Nous voyons une jeunesse désemparée. Face à la DNCB, par exemple, les jeunes font partis des plus déconcertés. Ils avaient entre 10 et 20 ans lors de la Covid et, aujourd’hui, pour les jeunes éleveurs ou pour ceux grandissant dans une exploitation d’élevage, c’est une Covid animale qu’ils vivent ces dernières semaines. Ils sont dans un département où plus rien ne bouge. Notre jeunesse est interrogative. 45 % des dossiers de la cellule Réagir dans le Rhône sont des jeunes installés en agriculture depuis moins de 5 ans », souffle-t-on dans les rangs des élus professionnels pointant du doigt un isolement toujours plus accru, renforcé parfois par les réseaux sociaux.

« Parce que nous avons 10 000 amis sur les réseaux sociaux, nous pensons ne pas être seuls. C’est faux ! »

L’isolement est, en effet, l’un des facteurs aggravant du mal-être dans la population agricole qui est multifactoriel. Les raisons peuvent être de l’ordre personnel ou professionnel.

Selon les dernières statistiques de la plateforme Agri’écoute, la pression économique apparaît comme la première source de risque professionnel devant la surcharge de travail et les contraintes administratives.

Ainsi, si les raisons du mal-être agricole sont multiples, pour Olivier Damaisin et l’ensemble des parties prenantes, la réponse aussi est plurielle. Il est indispensable de mettre en place une approche globale, intégrant les dimensions humaines, sociales et psychologiques, afin de donner du répit aux personnes en situation de mal-être.

La règle des 4 R pour surmonter son mal-être

« À mon sens, il est primordial que nous avancions tous ensemble. La MSA, la chambre d’agriculture, le syndicalisme… doivent être dans les premiers à être prévenus lors d’un événement comme la DNCB ou d’autres situations préoccupantes. C’est ensemble que nous parviendrons à relever ce défi et que nous réussirons à permettre aux personnes touchées de mettre en place les 4R dans leur vie pour surmonter les crises : le repos, le recul, le réseau (collègues, banques, assurances, services de l’État…) et le rebond », a affirmé Olivier Damaisain.

Vous êtes en difficulté, contactez Agri’écoute 09 69 39 29 19

Agri’écoute est un numéro d’appel gratuit – 09 69 39 29 19 – accessible 24h/24 et 7j/7 qui permet à tout ressortissant agricole ainsi qu'à leur famille de dialoguer anonymement, à tout moment, week-end et nuit y compris, avec des psychologues formés à la gestion du mal-être dans le milieu agricole. En complémentarité de la ligne téléphonique, Agri’écoute dispose également d’une plateforme de discussion en ligne, permettant d’échanger directement avec des psychologues par tchat, mail ou visio-consultation,et de prendre rendez-vous pour un appel téléphonique ultérieur.

La MSA lance une enquête sur la simplification des services : comment participer ?


Dans un communiqué du 29 octobre, la MSA annonce qu’elle engage une concertation nationale auprès de ses adhérents sur la simplification administrative de ses services. Celle-ci se déroulera entre le 3 novembre et le 19 décembre. Objectif : que les adhérents partagent leurs expériences, leurs attentes et leurs idées, « pour construire des services plus efficaces et qui répondent mieux à leurs besoins et contraintes », explique le communiqué. Un questionnaire en ligne est disponible sur des thèmes comme l’utilisation et l’ergonomie des services en ligne ; la transparence des délais de traitement ou encore le ressenti dans les relations avec la MSA.

*MSA, Département, chambres d’agriculture, FDSEA01 et 69, Solidarité paysans 01-69…

Les plus lus

À Saint-Victor, chez Gilles Tailhardat.
S’installer en élevage bovin : deux exploitations à reprendre ont ouvert leurs portes dans l’Allier

La Chambre d’agriculture de l’Allier a organisé le 26 février un après‑midi dédié à la découverte de deux exploitations bovins…

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière