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Chantal Cor : plus de douze ans sur les barricades laitières

Présidente de la section laitière de la FDSEA 15, Chantal Cor a passé le témoin la semaine dernière à Nicolas Cussac. Elle revient sur plus d’une décennie de combats laitiers.

Changement de génération à la tête de la section laitière. “Il faut du renouvellement”, assure Chantal Cor qui restera mobilisée sur le volet qualité du lait.
Changement de génération à la tête de la section laitière. “Il faut du renouvellement”, assure Chantal Cor qui restera mobilisée sur le volet qualité du lait.
© P.O.

Elle a été en première ligne durant les heures les plus chaudes des conflits laitiers de la récente décennie dans le département mais aussi bien souvent à Clermont-Ferrand dans le cadre des négociations interprofessionnelles au sein du Crielal - quand ce dernier était encore habilité à discuter le prix du lait - ou encore en préfecture de Région quand il s’est agi de décrocher puis revaloriser la CVO(1) sur les AOP d’Auvergne. Le 6 février, Chantal Cor, présidente de la section laitière de la FDSEA, a passé la main(2) à un trentenaire, Nicolas Cussac, après douze années de combats syndicaux intenses. L’occasion d’un retour sur les temps forts de cette décennie qui a vu le paysage laitier profondément évoluer.

 

Que retient-on de toutes ces années ?

Chantal Cor : “Des moments à la fois très forts et difficiles. Même si le prix du lait a été une bataille de tous les instants, c’est surtout l’année 2009 que je garde en mémoire avec le blocage durant dix jours de l’usine Lactalis de Riom-ès-Montagnes. Avec des sentiments mêlés : on est à la fois heureux de voir que 2 000 producteurs se relaient, preuve qu’ils partagent notre combat et donc qu’il est juste, et en même temps un sentiment d’inachevé quand il a fallu se résoudre à lever le blocage parce que les gars qui n’étaient plus collectés perdaient trop d’argent. J’ai dû aller lever la manifestation de Saint-Mamet et je dois dire que ça a été très dur parce que les producteurs, eux, voulaient continuer. L’autre moment important aura été les négociations sur l’AOP cantal et les AOP d’Auvergne plus globalement et les nuits passées à batailler avec les responsables d’entreprise. C’est quelque chose que, sur le terrain, les gens ont dû mal à percevoir, la tension qu’il peut y avoir dans ce genre de négociations et le temps qu’elles peuvent durer.”

 

Quels sont les combats qui ont abouti ?

C. C. : “La question des volumes. Depuis 1984 et les quotas laitiers, on était habitué à des situations laitières figées, à vivre dans un régime de restriction de la production. Ces cinq dernières années, la redistribution d’un volume conséquent de litrages a complètement changé le paysage laitier en redonnant de la liberté aux producteurs, même si cela conduit à certains excès : on le voit aujourd’hui, avec des exploitations qui ont beaucoup pris de volumes mais qui arrêtent, parce qu’humainement, ça ne suit plus. Pour moi, au-delà du prix qui reste bien évidemment un élément décisionnel, c’est le facteur humain qui est devenu un critère limitant.”

Avec un prix du lait que certaines entreprises annoncent à plus de 400 € pour janvier 2014, la bataille du prix est-elle en passe d’être gagnée ?

C. C. : “On est sur une tendance haussière. On a peut-être gagné cette bataille mais rien n’est acquis pour la suite : il faut se préparer à un avenir laitier dont on sait qu’il sera fluctuant, fait de hauts et de bas...”

 

Ces douze années ont été émaillées de tensions, de conflits avec les transformateurs. Ce genre de relations est-il inévitable ?

C. C. : “Dès lors qu’on parle de prix, on entre dans une relation conflictuelle. Si j’ai un regret, c’est celui-là : on a tellement l’impression que les entreprises sont dans une gestion au quotidien qu’elles ne formulent pas de projets, de stratégies à long terme. Prenez l’exemple des AOP : on a passé beaucoup de temps à se quereller : nous, producteurs, revendiquant une plus-value à hauteur de 70 € la tonne, les entreprises jugeant elles notre demande utopique. Alors qu’on aurait pu ensemble réfléchir à une stratégie pour voir comment générer cette plus-value accrue.”

 

D’autres regrets ?

C. C. : “Je parlerais d’insatisfaction plutôt : celle de n’être pas arrivé à ces 70 €...”

 

Quel bilan tirez-vous de la contractualisation ?

C. C. : “Il ne faut pas oublier que ce sont les pouvoirs politiques qui ont décidé de l’imposer. On n’a pas eu trop le choix. Pour notre part, on a essayé d’accompagner au mieux les producteurs dans cette évolution.”

 

Comment réagissez-vous à la multiplication des difficultés des petites coopératives cantaliennes ?

C. C. : “C’est une situation qui nous désole. Mais en tant que section laitière, on n’a pas vraiment de levier. À chaque producteur de se sentir davantage concerné et impliqué par rapport à sa coop. Nous espérons bien évidemment le maintien de ces outils comme nous espérons aussi que Sodiaal saura dynamiser le marché du cantal.”

 

(1) Cotisation volontaire obligatoire. (2) Par ailleurs élue à la Chambre d’agriculture, Chantal Cor reste membre de la section laitière et reste impliquée sur le dossier de la qualité du lait.

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

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