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Interview
« Ce déclassement permettra de passer d'une politique de protection à une politique de régulation »

Claude Font, secrétaire général de la FNO en charge du dossier loup, fait le point sur la procédure de déclassement de cette espèce qui a débuté il y a déjà plusieurs années au sein de l'Union européenne.

"Le déclassement du loup ne s'appliquera pas dans l'immédiat !" : Claude Font.
© HLP

Le 5 juin, l'Union européenne a acté le déclassement du loup dans la Directive Habitats Faune Flore. Où en sommes-nous de cette procédure ?

Claude Font : Ce dossier a débuté il y a déjà quelques années suite aux revendications de la profession agricole qui avait été entendue d'ailleurs puisqu'en septembre 2023, la Commission européenne avait incité les États membres à faire un état des lieux de la population de loups ; suite à ce rapport, qui a mis en avant le développement de la population lupine et des dommages causés notamment sur l'élevage, l'institution européenne a réitéré sa proposition de déclassement du loup. En septembre 2024, le conseil européen a invité l'UE à modifier le statut du loup de strictement protégé à protégé ; cette décision a été votée fin 2024 au niveau de la convention de Berne. La Commission européenne a présenté cette modification de la directive Habitats début mars 2025 qui a finalement été adoptée en juin 2025 par le conseil de l'UE.

Quelles sont les prochaines étapes à venir ?

Claude Font : Il s'agit à présent d'intégrer toutes ces évolutions dans le droit français sachant que chaque État membre dispose de la liberté de procéder au déclassement de cette espèce ou pas. En France, la toute première réunion (en présence de composants du groupe national loup) qui permettra d'aborder le sujet se déroulera le 19 juin mais notre pays devra rendre sa décision finale qu’en janvier 2027. Le déclassement du loup ne s'appliquera donc pas dans l'immédiat !

" En tout cas en Europe, on peut dire que tous les feux sont au vert pour un déclassement effectif du loup. "

Que signifie ce déclassement pour le monde de l'élevage ?

Claude Font : Déjà deux étapes ont été validées mais il faut à présent traduire ces décisions dans le droit national. Alors que notre ministre parle déjà de régulation de population de loups, le contexte politique apparaît plutôt favorable ; toutefois l'instabilité politique fait craindre certaines incertitudes... Mais en tout cas c'est une évolution positive car ce déclassement nous permettra de passer d'une politique de protection à une politique de régulation. Pour le moment on travaille par dérogation à un statut d'espèce strictement protégée. Notre objectif à terme est de pouvoir considérer le tir de défense comme une mesure de protection. Lorsqu'un loup rôde autour du troupeau, il faudrait que les éleveurs puissent obtenir l'autorisation de défendre leurs animaux, y compris par des tirs de défense et de manière systématique. On demande par ailleurs que ces tirs de défense ne dégrèvent pas le plafond de prélèvement. En tout cas en Europe, on peut dire que tous les feux sont au vert pour un déclassement effectif du loup. 

Alors que le déclassement du loup est sur la bonne voie en Europe, quelle serait l'étape suivante pour la profession agricole ?

Claude Font : L'étape suivante est de pouvoir réguler la population de loups avec un effectif de conservation favorable. On se souvient du seuil de viabilité de 500 loups en France fixé par le Muséum national d'Histoire naturelle alors que nous en sommes aujourd'hui à plus de 1000 loups et que toutes les études montrent que le loup n'est plus en situation de conservation défavorable ; la preuve en est que sur 2025, on continue à avoir des constats et des victimes en augmentation malgré des prélèvements importants.

Quelles sont les principales revendications portées par la profession concernant le loup ?

Claude Font : C'est essentiellement de faire en sorte que les éleveurs puissent défendre leur troupeau par un tir de défense systématique soit sans impact sur le plafond de prélèvement soit avec une demande d'augmentation de prélèvements.

Propos recueillis par La Haute-Loire Paysanne

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