Municipales : l’occitan fait campagne
Réunies en collectif, les associations occitanes d’Auvergne-Rhône-Alpes s’invitent dans la campagne pour inciter les futurs élus à développer la langue et la culture occitanes.
Réunies en collectif, les associations occitanes d’Auvergne-Rhône-Alpes s’invitent dans la campagne pour inciter les futurs élus à développer la langue et la culture occitanes.
On a tous en nous quelque chose d’... occitan : ce pourrait être une version revisitée du tube de Johnny entonné par le collectif Occitan d’Auvergne-Rhône-Alpes, à l’occasion des municipales. Ce collectif regroupe une diversité d’associations qui ont en commun la volonté d’agir pour la valorisation de la langue et de la culture occitanes. Parmi elles, des acteurs bien connus du paysage occitan cantalien : l’IEO (Institut d’études occitanes), l’Aceoc (l’association de coordination et d’échanges occitans), le réseau des Calandretas, le Felibrige maintenance d’Auvergne, l’Ostal del libre... Ces dernières ont pris leur bâton de pèlerin en cette période pré-électorale pour aller à la rencontre des élus sortants et des prétendants au poste de maire. Objectif : les convaincre de s’engager à l’échelle communale (ou intercommunale) dans des actions concrètes en faveur de la promotion et la diffusion de la langue et la diversité culturelle occitanes.
Ce pays d’Aurillac, il pue l’occitan" Jean-Pierre Malichier
Eux en sont convaincus : à force de saper les racines occitanes des habitants sous couvert de Jacobinisme, de stigmatiser ce “patois”, on les a amputés d’une ressource originelle, identitaire, d’une clé de compréhension de leur territoire. Ajoutant ainsi l’occitan à la liste des langues menacées de disparition. “Nos grands-parents, nos parents, on leur a tapé sur les doigts parce qu’ils ne parlaient pas français, ça a été pareil pour le breton, le créole... Si bien qu’aujourd’hui, on a une génération de petits autour de qui plus personne ne parle occitan, il y a un maillon manquant de la transmission”, déplore Françoise Delmas, vice-présidente de l’IEO 15. Or, “ce pays d’Aurillac, il pue l’occitan !”, lance trivialement Jean-Pierre Malichier, infatigable militant de la langue et de la culture régionales, président de Contalostal. Et d’inviter à se pencher sur la toponymie des hameaux, villages, sommets cantaliens : Courpou sauvage (croupe rocheuse entourée de bois), Maruéjouls (grande clairière), Peyre Arse (pierre brûlée)...
Des jeunes en quête de sens et d’occitan
Mais le balancier pourrait bien revenir arrière, avec une nouvelle génération en quête de sens, d’authenticité, de retour aux sources, désireuse de manger local et de se nourrir tout autant de culture régionale. C’est notamment vrai des nouveaux arrivants sur le territoire, observe Bernard Giacomo, trésorier de l’Aceoc et président de la fédération régionale des écoles Calandreta, qui voit là un levier d’attractivité pour le territoire. “De plus en plus de jeunes et de gens qui arrivent de l’extérieur fréquentent par exemple les bals trad, ils y trouvent une façon de s’intégrer. C’est vrai aussi de parents qui inscrivent leurs enfants à la Calandreta. Il y a une réelle demande, c’est un mouvement perceptible sur la durée.” Ce retour en grâce de l’occitan est confirmé par une étude de l’Ifop conduite en juillet 2025(1). Ce sondage atteste que les Français sont très attachés aux cultures régionales, et plus particulièrement aux langues régionales : 77% soutiennent la “reconnaissance officielle des langues régionales” et 81 % sont favorables à l’apprentissage de la langue régionale à l’école.
Cadre législatif plus favorable
“Notre souhait est d’accompagner ce mouvement”, expose Bernard Giacomo, qui rappelle que la loi Notre permet aux collectivités de s’emparer d’une compétence partagée (entre communes, com com, Départements, Régions) “pour la promotion des langues régionales”. En 2021, la loi Molac a elle officialisé l’utilisation des langues régionales dans l’espace public (signalétique bilingue), tandis que les modalités de l’enseignement des langues régionales là où elles sont en usage doivent être définies par voie de convention entre l’État et les collectivités territoriales.
Les lignes réglementaires ont donc bougé favorablement, estime le collectif mais leur déclinaison peine à se concrétiser : “Il y a une convention en chantier depuis un an et demi avec le Rectorat de Clermont et la Région Aura, on a participé aux négociations mais cette convention n’est pas très ambitieuse”, regrettent Bernard Giacomo et Françoise Delmas. Autre exemple : seules trois communes cantaliennes ont adopté des noms de rue en occitan (Marcolès, Saint-Paul-des-Landes et Montsalvy), Ytrac est la seule à avoir installé une signalétique bilingue en entrée de ville. “Beaucoup d’élus et a fortiori de candidats méconnaissent ces aspects”, estime Bernard Giacomo. D’où
l’intérêt d’aller à leur rencontre pour envisager un pacte d’engagement. D’autant que des collectivités montrent la voie. Aurillac Agglo a ainsi mis en place un plan d’actions avec l’Aceoc visant à un inventaire patrimonial, à la sensibilisation et la formation de ses agents ; les offices de tourisme du pays d’Aurillac et du Carladès ont formé leur personnel avec le centre de formation professionnel à l’occitan (CFPO), la Région Aura a elle voté un plan d’actions pour la langue et la culture occitanes...
Cheminement progressif
Conscients que Rome ne s’est pas faite en un jour et que l’occitan ne refleurira pas tout aussi rapidement, c’est un cheminement progressif que le collectif propose aux futurs élus potentiels : avec dans un premier temps des mesures à la carte dans les domaines de la communication et de la visibilité (panneaux bilingue, mise en valeur du patrimoine culturel immatériel,...), de la culture (programmation d’artistes locaux,...), de l’éducation (activités périscolaires (Tap) valorisant ce patrimoine et l’occitan...), du tourisme (prise en compte du patrimoine occitan dans la valorisation des sites, itinéraires touristiques et de randonnée...), et dans la gestion même de la collectivité (sensibiliser élus et personnel). Au-delà, le collectif milite pour une véritable politique linguistique transversale dans les collectivités. Politique “d’aménagement linguistique” à l’élaboration de laquelle les associations se proposent de contribuer en tant que structures ressources.
(1) Enquête menée auprès d’un échantillon national de 2 000 personnes et de sept échantillons “régionaux”, représentatifs de la population âgée de 18 ans et plus.