Cantal : Pourquoi les pêches de sauvetage ne sont pas la solution
Face aux canicules et a-secs précoces, les pêches de sauvetage ne sont que palliatives. La réponse est dans la restauration de ripisylves, de zones humides... plaide la Fédération de pêche du Cantal.
Face aux canicules et a-secs précoces, les pêches de sauvetage ne sont que palliatives. La réponse est dans la restauration de ripisylves, de zones humides... plaide la Fédération de pêche du Cantal.
Ces dernières semaines, techniciens et bénévoles de la fédération de pêche du Cantal (FDAAPPMA) ont procédé à six “pêches” de sauvetage qui ont permis de préserver plusieurs milliers de poissons - dont un millier de truites - menacés par l’assèchement des cours d’eau et une température qui atteint par endroit des niveaux inédits : 27,6°C par exemple pour la Jordanne à Aurillac. Des opérations que la fédération de pêche souhaitent cependant ciblées et ponctuelles “pour ne pas ajouter un problème à des problèmes existants”, explique Romain Max, responsable technique hydrobiologiste à la FDAAPPMA. Ces pêches sont en effet sources de stress supplémentaire pour des poissons déjà soumis à un milieu dégradé, avec le risque de générer de la mortalité.
Surtout, elles supposent de trouver des zones appropriées pour relâcher les individus capturés : “des zones froides, où il y a de l’habitat et sans risque de mortalité à la fois pour les poissons capturés mais aussi pour ceux qui y vivent déjà ; de tels endroits, il y en a de moins en moins”, déplore Romain Max, malgré un linéaire de cours d’eau de plus de 11 000 km dans le département.
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Des pêches de sauvetage pas miraculeuses
Sans compter la configuration de certains secteurs où ces relâchers sont voués à l’échec, en raison d’obstacles naturels empêchant la recolonisation, complète Agnès Tronche, sa collègue. La clé restant d’avoir des cours d’eau connectés. “Tout ça, il faut l’expliquer aux pêcheurs. Mais c’est sûr que ça fait mal au cœur de voir toute cette mortalité...”, confie Romain Max. Enfin, les a-secs ont parfois été si rapides que la fédération n’a pas eu le temps d’intervenir, une fois alertée.
Dans tous les cas, ces pêches de survie ne sont qu’une solution palliative au phénomène : “La meilleure réponse à apporter c’est de permettre aux sols de stocker l’eau et de rationaliser les usages à long terme”, posent les deux techniciens, inquiets de la situation.
La Jordanne à 27,6°C
Des étés très chauds et secs, les populations piscicoles en ont certes déjà connus dans le Cantal : 2025, 2022, 2019... “Mais jamais aussi précoces et intenses et on nous annonce une quatrième canicule alors qu’on n’est que fin juillet”, lâche, un brin dépité, Romain Max. Des épisodes extrêmes qui ont succédé à un printemps déjà déficitaire en précipitations, avec pour conséquences des a-secs intervenus avec un mois d’avance par rapport aux grandes sécheresses de la décennie écoulée, n’épargnant pas de grosses rivières, comme l’Auze à Mauriac sur laquelle une pêche de sauvetage a été décidée et qui n’alimente plus la cascade de Salins, tarie depuis trois semaines. Un exemple type pour la FDAAPPMA de cours d’eau victime de pratiques néfastes : suppression de zones humides et de haies et donc réduction de la capacité de stockage de l’eau par les sols, et, parallèlement, d’importants prélèvements. Avec des débits par endroits réduits à peau de chagrin, les milieux deviennent en outre plus sensibles aux pollutions, du fait d’une moindre dilution.
“On peut encore agir”; estime Romain Max
Même en altitude, les cours d’eau de montagne et les populations piscicoles (truite, chabot, ombre commun...) sont à la peine, la température y atteint régulièrement depuis quelques étés les 25°C, faute d’ombre. “C’est notamment vrai sur les plateaux d’altitude, il y a un vrai enjeu à replanter des arbres le long de ces cours d’eau pour rétablir une ripisylve”, assurant ombre et fraîcheur. C’est l’un de leviers qui peut vraiment permettre d’avoir des milieux plus résilients”, insistent les deux experts. Replanter... sans tarder et massivement, car si des secteurs conservent des débits significatives et une résilience étonnante, l’étau se resserre : “Dans le Cantal, avec peu de moyens, on peut encore agir sans remettre en cause fondamentalement les usages locaux mais c’est maintenant qu’il faut prendre le virage en travaillant en bonne intelligence”, estime Romain Max. Tous deux attendent impatiemment les pluies orageuses annoncées, tout en sachant qu’elles n’auront qu’un effet limité.