Bovins vaccinés DNC : discriminés sur le marché
Une vaccination généralisée en France : un scénario redouté des opérateurs commerciaux tant que le certificat sanitaire avec l’Italie n’est pas assoupli et que les négociations n’ont pas abouti avec Madrid.
Une vaccination généralisée en France : un scénario redouté des opérateurs commerciaux tant que le certificat sanitaire avec l’Italie n’est pas assoupli et que les négociations n’ont pas abouti avec Madrid.
Jusque-là, leur parole a été rare sur la question de la dermatose nodulaire contagieuse. Non pas sur le volet sanitaire et le protocole en vigueur, mais sur celui du commerce avec les débouchés majeurs que sont l’Italie et l’Espagne pour les bovins maigre. “On comprend tout à fait la volonté des éleveurs de vouloir protéger leurs animaux par la vaccination mais il faut connaître tous les tenants et les aboutissants”, pose Michel Fénéon, directeur financier du groupe Euro-feder et vice-président de la Fédération française des commerçants en bestiaux (FFCB).
Animaux vaccinés : un “frein commercial”
“Qui dit vaccination dit blocage des exportations vers l’Italie pendant une certaine durée, car même s’il y a un accord bilatéral signé avec ce pays, il est contraignant, plus d’ailleurs que la
réglementation européenne qu’il est censé assouplir : il faut en effet attendre que 95 % des animaux de la zone soient vaccinés... Cela peut prendre trois, quatre, cinq mois, voire plus”, poursuit-il. Ce n’est ainsi que cette semaine que les veaux vaccinés dans le Rhône et l’Ain, retenus en zone réglementée depuis septembre puis en zone vaccinale, ont pu prendre la direction de l’export avec une problématique de surpoids au regard des standards des ateliers d’engraissement transalpins. “On faisait repousser des animaux d’ici (Cantal et alentours) dans ces départements, mais on a arrêté et on se pose la question d’en remettre”, complète Frédéric Lagarde (Eurofeder également) .
“Ce qui est problématique, c’est ce délai entre vaccination et possibilité d’export. Sans export, pas de commerce, ce qui va être très compliqué pour tout le monde. Il n’y a qu’à regarder ce qui s’est passé avec les petits veaux laitiers, dont les cours se sont cassés la figure dans les Savoie et autour... On a besoin de tous les marchés, français et export, pour tenir les cours”, appuie Michel Fénéon, qui nourrit l’espoir d’un allègement du certificat sanitaire signé avec Rome.
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Protocole avec l’Italie : pas pour la ZV de type 1
Avec une précision, tout sauf neutre, ce certificat vaut pour les animaux des zones vaccinales instaurées suite à des foyers de DNC dans le secteur, pas en cas pour la zone vaccinale de type 1 (tampon autour des zones réglementées du Sud-Ouest). “Dès lors qu’on entrerait dans une vaccination généralisée, on perdrait notre statut indemne”, prévient le vice-président de la FFCB. Même crainte chez Thomas Delcros de la SAS cantalienne Raynaud-Delcros : “On est aujourd’hui dans une situation paradoxale où le fait qu’un animal soit vacciné, ce qui devrait un atout commercial, est un frein à sa commercialisation. Aussi, si la vaccination devait s’étendre, il est primordial d’avoir des accords commerciaux allégés et avec d’autres pays.”
Autre préoccupation : le marché espagnol. Pour l’heure, aucun accord bilatéral n’a pu être acté avec Madrid. Un marché qui a absorbé en 2025 près de 100 000 broutards et plus de 300 000 petits veaux.
Reproducteurs : réticences espagnoles
Le commerce des reproducteurs n’est pas épargné par les incertitudes et les contraintes liées à l’émergence de nouvelles maladies. Depuis les derniers épisodes de FCO puis celui de MHE, Elite export a ainsi dû faire une croix sur le Royaume-Uni et l’Irlande. “Nos clients aujourd’hui, ce sont l’Espagne, la Bosnie et un peu la Géorgie... et encore l’Espagne, c’était vrai jusqu’à il y a quelques jours”, explique Laurent Antignac, responsable de la société d’export qui réalise 80 % de son activité avec des salers. “Depuis le 26 décembre, les autorités du Pays basque espagnol ont décidé que les animaux qui rentrent de France doivent avoir une PCR(1) DNC négative sachant qu’on ne sait même pas comment obtenir une analyse PCR fiable pour cette maladie”, illustre-t-il. Samedi dernier, l’envoi d’un lot d’animaux qui devait partir pour cette région a de fait été suspendu. Un autre lot de génisses, à destination d’une autre région espagnole, est lui aussi en suspens : “Le client attend le feu vert des services vétérinaires, alors qu’on a envoyé il y a peu un camion dans ce même secteur.”
Ce que confirme Thomas Delcros de la SAS Raynaud-Delcros : “Depuis l’apparition en France de la DNC, on a des régions en Espagne où les autorités sanitaires locales déconseillent aux éleveurs d’acheter des animaux français pour ne pas “importer la maladie”, ça n’impacte pas trop les gros industriels mais ça décourage beaucoup les petits éleveurs.” Une réticence qui n’est pas l’apanage des voisins espagnols. “De la même manière, c’est ce message qui est véhiculé dans le Nord et l’Ouest de la France auprès des éleveurs”, observe le négociant en bestiaux.
En Italie, c’est dans la région de l’Émilie-Romagne, et dans le bastion du parmesan, que les
réticences sont les plus fortes. “Avec des cheptels de 500 à 1 000 vaches qui produisent du lait pour un fromage coté en bourse, forcément il y a une pression et chacun défend son bout de gras”, commente Frédéric Lagarde. Et d’ajouter : “Aujourd’hui, même les bêtes de Sardaigne vaccinées, ils ne les acceptent pas.”
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(1) Analyse de sang visant à détecter du matériel génétique spécifique du virus.