Blocage d'abattoirs : à Villefranche-d’Allier, les éleveurs dénoncent des prix « incompréhensibles »
À l'appel de la Fédération Nationale Bovine (FNB), les éleveurs se sont mobilisés, dans la nuit du 27 au 28 juillet, devant l'abattoir Socopa de Villefranche-d'Allier. Relayée par la FNSEA de l'Allier, les FD et JA de toute la région, cette opération nationale visait à dénoncer la chute des cours des bovins, jugée injustifiée, alors que les coûts de production restent élevés.
À l'appel de la Fédération Nationale Bovine (FNB), les éleveurs se sont mobilisés, dans la nuit du 27 au 28 juillet, devant l'abattoir Socopa de Villefranche-d'Allier. Relayée par la FNSEA de l'Allier, les FD et JA de toute la région, cette opération nationale visait à dénoncer la chute des cours des bovins, jugée injustifiée, alors que les coûts de production restent élevés.
Une mobilisation dès minuit
Barnum, tracteurs, banderoles et café chaud : dès minuit, les éleveurs de l'Allier ont pris position devant le site Socopa de Villefranche-d'Allier, rejoints par leurs homologues du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire, de la Loire et de la Creuse.
L'action, organisée jusqu'à midi, s'inscrivait dans une mobilisation nationale visant l'ensemble des sites du groupe Bigard.
Les sites de Castres dans le Tarn et de Cuiseaux en Saône-et-Loire étaient également bloqués.
« Nous voulons un cap clair pour nos broutards et pour nos prix. Aujourd'hui, les cours sont descendus bien trop bas par rapport à nos coûts de production. Si rien ne change, il y aura des drames financiers dans les exploitations », alerte Geoffrey Rivaux, président de la FNSEA 03.
« Rien ne justifie une telle baisse de prix »
Pour Patrick Bénézit, éleveur dans le Cantal et président de la Fédération nationale bovine, les baisses enregistrées depuis le printemps sont sans fondement économique.
« Les jeunes bovins ont perdu jusqu'à 85 centimes par kilo carcasse, les vaches près de 50 centimes et les broutards jusqu'à 1,50 € en cumulé. C'est considérable et totalement contraire aux fondamentaux du marché », affirme-t-il.
Le responsable syndical réfute les arguments avancés par les opérateurs de la filière bovine pour expliquer cette situation.
« La consommation ne recule que de 0,6 %, les importations sont en baisse de 1 % et la production française diminue de près de 3 %. Les chiffres montrent exactement l'inverse de ce qui nous est expliqué. »
Selon lui, le second semestre sera même marqué par un manque de 70 000 à 100 000 broutards en raison de la décapitalisation des troupeaux et des conséquences sanitaires de la FCO.
« Nous allons manquer d'animaux. C'est précisément le moment où il faudrait envoyer un signal positif aux éleveurs. »
« Nous travaillons à perte »
Sur le terrain, les témoignages traduisent le découragement de nombreux producteurs.
Éleveuse de Salers dans le Cantal, Delphine Freyssinier, secrétaire générale de la FDSEA du Cantal a quitté son exploitation après avoir nourri ses animaux pour rejoindre Villefranche-d'Allier au cœur de la nuit.
« En un mois et demi, certaines catégories ont perdu jusqu'à 2 € par kilo vif. Nous sommes repassés sous nos coûts de production alors que nos charges continuent d'augmenter. Nous ne pouvons pas être la variable d'ajustement de toute la filière », estime-t-elle.
Même inquiétude pour Anthony Fayolle, secrétaire général de la FDSEA de la Haute-Loire et éleveur de bovins viande : « Ces baisses brutales ne donnent aucune perspective aux éleveurs. Avec des effectifs qui diminuent déjà, ce n'est pas le signal qu'il faut envoyer ».
Installé depuis dix ans dans la Loire, Paul Meunier, éleveur de vaches charolaise et poulet Label rouge redoute les conséquences pour le renouvellement des générations : « Comment convaincre un jeune de s'installer quand il ne sait pas quel prix il touchera demain ? Sans visibilité, c'est impossible. »
Envoyer un signal fort aux éleveurs
Présent sur le piquet de mobilisation, Christophe Jardoux, président de la Chambre d'agriculture de l'Allier, estime que cette action dépasse la seule question des cours.
« Rien ne justifie une telle amplitude de baisse. Nous demandons des prix en adéquation avec nos coûts de production, mais aussi de la visibilité pour l'avenir. Il y a quelques mois, on parlait de souveraineté alimentaire et de relance de l'élevage. Aujourd'hui, quel message envoie-t-on aux jeunes ? », interroge-t-il.
Le président de la Chambre d'agriculture de l'Allier espère que cette démonstration de force permettra d'inverser rapidement la tendance.
« Le syndicalisme agricole ne se fait pas derrière un écran. Il faut parfois être devant les abattoirs pour envoyer un signal fort. Nous voulons que les opérateurs reviennent à la raison et que les cours repartent à la hausse. »
À midi, les barrages ont été levés.
Les éleveurs ont regagné leurs exploitations, déterminés à poursuivre la mobilisation si aucune réponse n'est apportée dans les prochains jours.
Quels sites ont été bloqués ?
Outre le site de Villefranche-d'Allier, une dizaine de sites ont été bloqués dans la nuit de lundi à mardi et ce jusqu'à midi. Des actions ont ainsi eu lieu dans l’Ouest (Côte-d'Armor, Vendée, Orne, Sarthe, Maine-et-Loire), dans la Marne, en Côte d'Or, en Saône-et-Loire, dans le Tarn, dans les Pyrénées-Atlantiques et dans le département du Nord. Cibler Bigard, c'est s'attaquer au leader hexagonal de l'abattage, mais dans son sillage, les éleveurs entendaient bien envoyer un message clair à tous les maillons de la filière : stop à la baisse des prix.
À l’échelle nationale, Bigard possède, plus de 50 % des parts de marché dans 343 intercommunalités, soit 66 000 exploitations.
Le groupe ne possédait que trois abattoirs en 1998, et vingt-trois en 2025.
Sa prédominance sur le marché français correspond à la fois à ses opérations de rachat (Charal en 2008, Socopa en 2009), et à la disparition de nombreux abattoirs, notamment publics.
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