Aurillac : accueillir le festival sans céder la ville
Artistes de rue et festivaliers seront accueillis à bras ouverts à Aurillac pour le festival international de théâtre de rue, pour autant la municipalité déploie de premiers ajustements pour concilier liberté culturelle et quotidien des habitants.
Artistes de rue et festivaliers seront accueillis à bras ouverts à Aurillac pour le festival international de théâtre de rue, pour autant la municipalité déploie de premiers ajustements pour concilier liberté culturelle et quotidien des habitants.
Mercredi 19 août, si les clés de la cité géraldienne seront bien remises aux artistes, comme le veut la tradition à Aurillac depuis une quinzaine d’années, le geste restera symbolique et ne vaudra pas blanc-seing accordé aux compagnies et aux festivaliers, a prévenu Patrick Casagrande, maire de la ville-préfecture à l’occasion d’un point presse lundi, à 48 heures de l’ouverture du 39e festival international de théâtre de rue. “Le message qu’on veut faire passer pendant le festival, c’est que la ville d’Aurillac n’échappe pas aux Aurillacois, qu’ils sont chez eux 365 jours sur 365 et pas 361, tout en montrant qu’on est heureux d’accueillir le festival”, a-t-il prévenu. L’élu présentait, avec plusieurs de ses adjoints - dont Léa Marre, élue référente du festival - les ajustements qui marqueront cette édition dont l’organisation a largement été héritée de la municipalité précédente.
Les Aurillacois sont chez eux 365 jours sur 365”, Patrick Casagrande, maire d'Aurillac
Cette mise au point n’enlève rien au soutien réaffirmé avec force au festival par la nouvelle majorité : “Le festival d’Aurillac, c’est une pépite culturelle absolument unique en France et peut-être en Europe, qui offre de manière importante un accès gratuit et populaire à la culture”, a insisté l’édile. Une pépite - également source d’attractivité touristique et de retombées économiques - qu’il convient de protéger tout en restant “bienveillant envers Aurillac et ses habitants” : c’est cette ligne de crête, certes sinueuse et ténue, que revendique la nouvelle équipe municipale, conformément à ses engagements électoraux.
Car depuis l’an dernier notamment, l’avenir de la manifestation, qui attire quelque 200 000 personnes en quatre jours, est davantage questionné même si son directeur l’avait affirmé il y a quelques semaines : “Nous allons bien !”. Le festival doit en effet composer avec le double étau des restrictions budgétaires d’un État en quête d’économies et d’une image écornée par les violences de 2025. Certes, les collectivités locales ont maintenu leur contribution au “centime près”, mais “il a fallu rattraper au col certains partenaires privés” échaudés par les images de la dernière édition, confie Patrick Casagrande.
Quatre jours, pas plus
Ce dernier a aussi voulu insister sur le fait que pendant le festival, la vie continue pour les Aurillacois et Cantaliens, qui doivent pouvoir continuer à aller travailler, déposer leurs enfants au centre social, rester simplement chez eux... sans entraves ni nuisances majeures. “On est attentif à tous les gens qui ne peuvent partir en vacances à cette période, qui n’ont pas de résidence secondaire,... ni accès aux stratégies d’évitement”, a déclaré l’élu. Cette volonté passe aussi par un rappel du calendrier du festival : pour la municipalité, la manifestation doit rester circonscrite à ses quatre jours officiels, du 19 au 22 août. “Ni le samedi, ni le dimanche, ni le lundi, ni le mardi qui précèdent”, a-t-il martelé.
Dispositif expérimental
Voilà pour le message politique dont la traduction se traduit notamment par la fermeture de rues supplémentaires afin d’y empêcher le stationnement sauvage et les nuisances importantes enregistrées l’an dernier : c’est le cas de la rue Henri-Dunand qui longe la Dorinière et dont l’accès sera réservé aux résidents avec contrôle par un vigile, même chose pour les rues de l’Yser et de la Somme menant au secteur de Brouzac, pour la rue Louise-Michel bloquant ainsi la circulation vers la promenade de Bocholt (avec déport du stationnement pour les habitants). Le stationnement sur l’avenue JB-Veyre sera lui largement restreint (par des filets orange) afin que les services de secours et de voirie puissent remonter cet axe important. “Tout ce dispositif est une expérimentation permanente, on teste et on verra les résultats”, a fait part le maire d’Aurillac en saluant le “travail remarquable” des agents et services municipaux mobilisés par cette logistique.
Stationnement : l’ex parking Auchan ouvert
Autre nouveauté, non des moindres : 210 places supplémentaires sont exceptionnellement accessibles pendant le festival sur le site de l’ancien supermarché Auchan, grâce à un accord conclu avec le propriétaire de l’ancien supermarché “moyennant des contreparties acceptables qui ne sont pas financières”, a indiqué le maire. Elles viennent s’ajouter aux 900 recensées sur la ville. À Hélitas, une trentaine de places sont par ailleurs libérées allée des Frères-Pélissier afin que les parents puissent déposer leurs enfants au centre social.
Sur le front de la sécurité publique, 60 caméras de vidéoprotection (une quinzaine de plus qu’en mars dernier) sont opérationnelles, a confirmé Marie-Jo Ortigues, adjointe à la sécurité et au retour de la tranquillité publique. Tandis que les allées du camping de la Ponétie ont été élargies afin de respecter les normes d’accès des services de secours, le nombre d’extincteurs y a été triplé. Les feux au sol et barbecues sont interdits par arrêté partout à Aurillac.
Par ailleurs, une brigade mobile anti-tags est activée durant le festival pour intervenir sans attendre la fin de la manifestation.
Prévention et médiation renforcées
La municipalité a fait de la prévention et de la médiation l’une de ses priorités en doublant les moyens financiers qu’elle y consacre, en partenariat avec la Protection civile et un pool d’associations engagées dans la prévention en matière de stupéfiants, de violences sexuelles, d’addictions...: le Planning familial, APT 15, Techno +, Freeform, les Catherinettes. Toutes seront regroupées en bas du square Vermenouze pour une écoute, une prise en charge 24 heures sur 24 durant le festival, en plus d’équipes volantes. Les élus de la majorité participeront en observateurs à ces opérations de médiation, a indiqué le maire, en arborant un macaron, celui du “Gang des lucioles”. Un moyen utilisé par les Catherinettes afin de signaler “qu’on est prêt à accompagner et orienter des victimes ou témoins de violences sexistes, sexuelles, discriminatoires et LGBTphobes”, précise l’élu.
Trois unités de CRS
Au regard des événements passés, les moyens des forces de sécurité intérieure ont été renforcés, confirme le préfet : la Police nationale, celle-ci a consolidé son dispositif composé d’effectifs locaux, de renforts zonaux (Bac, équipes cynophiles et officiers de police judiciaires pour le service judiciaire). Trois unités de forces mobiles (CRS) seront également présentes tout au long du festival, le double d’une année “normale”. Concernant la gendarmerie, pas de renfort extérieur mais une mobilisation “très importante des effectifs cantaliens avec : 31 services spécifiques (dont équipes cynophiles, des équipes dans les trains, un hélicoptère...). Elle est d’ores et déjà mobilisée sur les axes routiers et ferroviaires menant à Aurillac, et poursuivra son travail à l’issue du festival”.