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Production laitière
« Arriver à sortir du conflit avec Lactalis »

Si Lactalis a finalement accepté, en décembre, de réajuster son prix du lait pour 2013, pour les producteurs, le compte n’y est pas. Explications avec Claude Bonnet.

En tant que président de l’association des producteurs de lait livrant à Lactalis dans le Massif central (1), quel bilan faites-vous des négociations sur le prix du lait avec Lactalis en 2013 ?

Claude Bonnet : En fin d’année, Lactalis a enfin consenti à un réajustement sur le prix du lait de base de l’ordre d’environ 13 euros les 1 000 litres, lissés sur l’année 2013. Nous réclamions depuis des mois cette hausse, et las de ne rien voir venir, les producteurs s’étaient même mobilisés dans les magasins en décembre pour sortir des rayons les produits Lactalis.

Néanmoins, si l’augmentation est la bienvenue, nous constatons qu’elle est en-deçà de ce que prévoyaient les contrats. C’est d’ail-leurs la raison pour laquelle, fin janvier à l’occasion d’une prochaine réunion avec Lactalis, nous devrions activer la clause de sauvegarde.

 

Le groupe continue donc à moins bien payer le lait que ses concurrents. Dans quelle mesure ?

C.B. : Sur l’année 2013, c’est le plus mauvais élève. Si nous actionnons la clause de sauvegarde, c’est que nous avons constaté que sur le bassin de référence du grand ouest, les prix payés par Lactalis sont inférieurs d’au moins 2 euros les 1 000 litres par rapport à ceux pratiqués par d’autres entreprises laitières. Dans le cadre de la médiation qui s’est déroulée dans le courant de l’année 2013, l’entreprise a joué sur les mots, en parlant de prix global et non plus de prix de base. Ce qui a laissé place à une cuisine interne donnant lieu au final à des prix inférieurs à ce que prévoyaient les indicateurs interprofessionnels.

 

Etes-vous plus confiants pour 2014 ?

C.B. : En janvier et février 2014, Lactalis devrait respecter les clauses contractuelles avec les indicateurs interprofessionnels, ce qui donnera un prix de base de l’ordre de 410 euros les 1 000 li-tres. Pour mars, on ne sait pas, tout dépendra des négociations avec la grande distribution. En tant que producteurs, nous ne pouvons évidemment pas nous satisfaire de cette réponse. Nous avons besoin de davantage de lisibilité. En Allemagne, les entreprises de transformation ont passé, l’an dernier, à trois reprises des hausses de prix à la grande distribution. Le problème de fond se situe à ce niveau, dans la relation entre les transformateurs et la distribution.

A un moment donné, on ne peut pas éternellement se cacher derrière la défense du pouvoir d’achat du consommateur, car les hausses demandées n’entraineraient pas des augmentations très importantes pour le consommateur final.

Par contre ce qui est sûr, c’est qu’à force de rogner sur les marges de chacun, on va détruire la filière.

 

Peut-on s’attendre à des négociations plus constructives cette année ?

C.B. : Depuis trois ans et la mise en place des organisations de producteurs, nous nous voyons régulièrement avec les responsables de Lactalis. Force est de constater que les rapports ont toujours été tendus. Aujourd’hui, il faut arriver à sortir de cette position conflictuelle. Pour avancer, les producteurs ont besoin d’avoir confiance en leur entreprise et donc qu’elle s’engage à respecter les contrats.

Propos recueillis par Sophie Giraud-Chatenet

(1) L’entreprise Lactalis collecte le lait de 380 producteurs sur le Massif central.

Le syndicalisme toujours en première ligne

Pour Michel Lacoste, le syndicalisme a joué un rôle crucial dans le déblocage de la situation avec le groupe Lactalis. L’administrateur de la FNPL et président de l’Association des producteurs de lait du Massif central estime que ce qui a été obtenu en fin d’année est la conséquence directe des actions syndicales menées par le réseau FDSEA-JA et FNPL. Par ailleurs, « les organisations de producteurs constituent, selon lui, un cadre de discussion avec les entreprises, qui sont nées sous l’impulsion du syndicalisme ». Dans la nouvelle organisation, chacun remplit une fonction complémentaire : « Via l’action syndicale et le travail au sein de l’interprofession nationale et régionale, le syndicalisme conserve toute son intérêt et sa légitimité ».

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