Aller au contenu principal

Saint-Pierre
Areva sera jugée en correctionnelle

Le TGI de Clermont-Ferrand ordonne le renvoi devant le tribunal correctionnel de la Société des mines de Jouac pour pollution de l’eau et dépôt ou abandon illégal de déchets nucléaires.

Les deux associations demandent la dépollution du site qui a également contaminé les eaux du lac artificiel en contrebas.
Les deux associations demandent la dépollution du site qui a également contaminé les eaux du lac artificiel en contrebas.
© P.O.
Près de dix ans que les associations “Pour notre qualité de vie” et “Nos enfants et leur sécurité” attendaient ça. Ça ? Le renvoi devant le tribunal correctionnel de la Société des mines de Jouac - une filiale à 100 % d’Areva - pour deux chefs d’accusation retenus dans son ordonnance en date du 10 octobre 2012 par Jean-Christophe Riboulet, vice-président chargé de l’instruction au tribunal de grande instance de Clermont-Ferrand : pollution de l’eau, celle du plan d’eau de Saint-Pierre, et abandon ou dépôt illégal de déchets contenant des substances radioactives sur le site d’extraction d’uranium que la société a exploité jusqu’en 1985 sur la commune. Deux délits réprimés par le Code de l’environnement. Après des années de combat pour faire reconnaître la responsabilité d’Areva et obtenir une réelle dépollution du site, c’est pour les défenseurs de la qualité de vie des habitants de cette petite commune de 150 habitants un grand pas en avant. “Ce n’est pas encore gagné, il va falloir continuer à se battre”, met néanmoins en garde Huguette Haag, qui, avec son mari, Georges, a fondé l’association Nos enfants et leur sécurité.

Du terrain de foot au plan d’eau touristique

L’affaire remonte à 1997 et à l’ouverture d’une enquête d’utilité publique relative au projet d’extension du plan d’eau en contrebas de l’ancienne mine pour en faire un site de baignade. Sauf que “ce lac a servi de bassin de décantation de la mine avec des drains qui l’alimentent”, font valoir les deux associations, certaines que le site, même fermé et officiellement réhabilité, continue à polluer le lac artificiel. “La stratégie d’Areva a été de dire que dès lors que tout l’uranium a été extrait, il n’y a pas de problème”, commente Georges Haag. Faux, archi faux, selon lui. En effet, le traitement par lixiviation (éclatement mécanique et traitement chimique) de l’uranium, concentré pour en faire du yellow cake (lequel, une fois enrichi sert de combustible des centrales nucléaires), génère des déchets contenant pas moins de 13 descendants de l’uranium “encore plus dangereux”, explique-t-il. Des déchets qui ont largement infiltré les terrains et cours d’eau environnant. Restait à le prouver. Dans les années qui suivent, l’association va faire réaliser - non sans mal - plusieurs études indépendantes par la Criirad(2) qui vont révéler la présence de yellow cake à proximité du camping (à des teneurs de 3 500 000 Bq/kg), de résidus d’extraction d’uranium dans le sol du terrain de foot communal, du lotissement(3) - construit après la fermeture sur les terrains même de la mine - et dans le fossé en bordure du stand de tir local, ainsi que de fortes accumulations d’uranium 238 dans les fossés du plan d’eau (jusqu’à 144 000 Bq/kg). Des anomalies sont également détectées dans une prairie à l’ouest du site minier et dans les sédiments du cours d’eau du Combret au nord, avant la confluence avec la Dordogne. Rien à voir avec des concentrations naturelles, confirment les experts. Parallèlement, une première plainte est déposée en 2004 par l’association rejointe par sa consœur de Saint-Pierre “Pour notre qualité de vie” qui s’est constituée entre-temps. Plainte suivie d’une seconde en 2007 au vu du rendu des analyses. L’interdiction de la baignade est aussi prononcée par les pouvoirs publics et une Cli (Commission locale d’information) installée. Une Cli dont les associations contestent la pertinence et la “désinformation”. Qu’importe, les plaintes sont instruites et aboutissent le 10 octobre à l’ordonnance du TGI de Clermont. Lequel abandonne un troisième chef d’accusation, celui de “mise en danger de la vie d’autrui”, un délit qui ne peut être retenu qu’en cas de “risque immédiat de mort ou blessures de nature à entraîner une mutilation ou une infirmité permanente”, et qui a, d’ailleurs, été également abandonné dans les affaires du sang contaminé, de l’amiante... Aujourd’hui, les deux associations attendent de connaître la date (sans doute pas avant 2013) et le lieu de l’audience, en se préparant déjà avec Me Faro, avocat de “Nos enfants et leur sécurité” également avocat de Greenpeace. “On ira jusqu’au bout”, prévient Huguette Haag, tout en ôtant tout doute sur leur motivation : “On ne demande pas d’indemnités mais une dépollution du site”... pour la sécurité des enfantsde Saint-Pierre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'Union du Cantal.

Droits de reproduction et de diffusion réservés.

Les plus lus

Mickaël Vignal, au centre, a investi dans une centrale photovoltaïque de 36 kWc dont une partie de la production est autoconsommée.
Avec la baisse des tarifs de rachat d'électricité, l’autoconsommation est-elle devenue rentable ? 

À Sugères, Mickaël Vignal, éleveur laitier, a investi dans l'énergie solaire pour réduire sa facture d’électricité de 28…

Un nouveau kit d’introduction dérogatoire a été mis en place par le GDS. Il concerne les lots d’au moins 10 bovins âgés de moins de 24 mois, destinés uniquement à la boucherie ou à l’export.
Au 1er avril 2026 : les règles d'introduction des bovins évoluent

Les règles d’introduction des bovins en Haute-Loire évoluent le 1er avril 2026 afin de mieux concilier sécurité…

portrait de Domniqué Chargé, président de La Coopérative Agricole.
Dominique Chargé voit les coopératives “prêtes à reconstruire de la souveraineté”

Dans un pays aux 2 100 coopératives et où trois agriculteurs sur quatre sont adhérents, le chef de l’organisation faîtière des…

tank à lait avec des gens
Surproduction laitière : « L’enjeu est de faire la marche arrière la plus basse possible sur les prix »

Florent Kaplon, président du CRIEL et directeur amont des fromageries Dischamps analyse la conjoncture laitière et apporte un…

Le Cantal est le département de la région où la collecte laitière a le plus progressé fin 2025.
Lait de vache : Pourquoi la collecte laitière augmente ?

Depuis la fin de l'année, la production laitière a fortement augmenté à la faveur d'un automne clément et de fourrages…

De gauche à droite : Pierre Prallon, JA 43, Lionel Guy, président de la section lait de la FDSEA 43, Éric Richard, administrateur de la FNPL et vice-président  section lait de la FDSEA 43, Ludovic Blin, vice-président de la FNPL, J-Paul Peyral, administrateur FNPL et Géraud Bruel, président de la section lait du Cantal.
Tournée régionale FNPL : les éleveurs paient l’addition d’un manque d’anticipation industriel dans la crise laitière

En 2026, les éleveurs laitiers français paient le prix fort d’un manque d’anticipation industriel. C'est l'analyse portée par…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 100€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière