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ALIMENTATION ANIMALE. La maîtrise des charges par la maîtrise de l'alimentation faite maison

Pour alimenter les animaux, l'achat de granulés auprès d'industriels est une solution largement admise. Mais il est aussi possible de faire fabriquer ses propres rations, et c'est ce que fait depuis son installation cet éleveur de Salers.

« Ne pas brusquer les animaux, de bonnes matières premières, une maîtrise de la gestion de l'alimentation », voilà la philosophie de Laurent Farges.
« Ne pas brusquer les animaux, de bonnes matières premières, une maîtrise de la gestion de l'alimentation », voilà la philosophie de Laurent Farges.
© @UP19

C'est un élevage de Salers que nous visitons à Mercoeur en Corrèze, proche du Cantal. Laurent Farges, est installé depuis 1999 et possède un atelier de broutards Salers avec un cheptel d'une centaine de vaches allaitantes et d'une vingtaine de génisses de renouvellement. Il y a entre 75 et 80 veaux pour moitié en Salers pur, le reste en croisés charolais.

De la naissance à la vente.
« En Salers, les veaux ne sont pas nourris aux granulés avant le sevrage » nous indique l'éleveur. Il ajoute : « Les veaux naissent en septembre ou en octobre et n'ont que le lait de la mère comme alimentation. Le sevrage vient en juillet, et là, ils sont alimentés en fourrage bien sûr, et également en granulés que je fais fabriquer. Ils sont vendus repoussés à plus de 500 kg en septembre ».

L'alimentation animale, est un poste élevé dans les charges de l'exploitation. Et c'est surtout le cas depuis l'explosion des coûts par suite de l'inflation de 2021, puis celle de 2022. Pourtant, d'autres solutions existent, et l'une d'entre elle donne toute satisfaction à Laurent Farge qui maîtrise ainsi les coûts.

La fabrication de l'aliment
L'exploitant, et ce, depuis le début de son activité, n'a pas fait le choix de ses parents lorsqu'il a repris l'exploitation familiale. Ces derniers alimentaient le bétail avec les aliments du commerce. Laurent, lui, achète lui-même ses matières premières pour les faire concasser en boudin par une entreprise spécialisée. « J'utilise des céréales comme l'orge et le maïs, de la betterave à 10% ou 12% pour la cellulose, et en ce qui concerne la protéine, j'ajoute 17% à 18% de tourteaux de colza et de tournesol pour les veaux, 15% pour les vaches » nous confie-t-il. « Cette méthode est bien moins chère que ce que propose les fournisseurs, et en ces temps d'inflation, le gain est appréciable ».

Le choix des céréales et des compléments est en fonction des coûts. « J'essaie d'avoir une ration sèche pour avoir une qualité de viande optimale. Je choisis de bonnes céréales, de bons maïs, parce qu'il faut de bonnes matières premières pour être sûr que cette méthode soit efficace » précise-t-il.

Mais de son aveu, ce n'est pas que la qualité de l'alimentation qui joue : « La qualité de la viande vient de l'engraissement qui doit durer le plus longtemps possible. Il ne faut pas pousser l'animal à bloc pendant deux mois, pour l'abattre après. A mon avis, ce sont les meilleures viandes, c'est ce que j'ai constaté ». Chez Laurent Farges, les génisses sont abattues à l'âge de trois ans.

Un système simple pour une optimisation de la gestion.
« Les céréales, je les achète, ce qui me met à l'abri des sécheresses affectant les récoltes. Ce système est hyper simple, et comme je suis seul avec mes 100 vaches, cela me permet d'éviter d'investir dans du matériel pour semer et récolter moi-même, de fait, je ne m'occupe que du fourrage ». Le système de Laurent Farges est simple : il achète les matières premières dont il contrôle la qualité, les fait concasser, et les donne aux animaux : rapide, efficace, et compétitif au niveau du prix.

L'inflation a quand même eu un impact important sur les matières premières utilisées par l'éleveur. La tonne de céréale a augmenté de plus de 100 EUR la tonne. Le colza et le tournesol ont également drastiquement augmenté. Cependant la solution mise en place par Laurent Farges est bien plus abordable financièrement parlant, que l'achat d'aliment déjà préparés. Il se procure ses matières premières auprès d'un courtier, et les stocke lui-même pour les fournir en semi-remorque à l'entreprise qui va en faire des boudins. Cela lui permet de profiter des meilleurs tarifs du moment. Par exemple, l'orge est achetée à 315 EUR la tonne, le maïs à 330 EUR, la pulpe à 200 EUR et le tourteau à 450 EUR. A cela il faut ajouter le concassage en boudin à 20 EUR le mètre, ce qui équivaut à un peu plus d'une tonne. Laurent Farges nous indique donc, une moyenne en 2022 du prix de l'aliment à 333 EUR la tonne.

Quant à la sécheresse, elle n'a pas eu d'impact significatif sur l'exploitation et l'exploitant précise : « Seules les pâtures ont subi la sécheresse, comme pour tout le monde, mais il restait du fourrage de l'an dernier, ce qui a été d'un grand secours. De plus, nos veaux sont sevrés en juillet, et c'est donc l'herbe de printemps qu'ils consomment ».
Le maître mot de l'éleveur de Salers : allier la simplification à la maîtrise des coûts pour faire de la « vache efficace » tant au niveau de la qualité de la viande, que de sa capacité à allaiter son veau.

Véronique Legras

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