Aides régionales : La FDSEA dénonce une politique régionale qui organise la décroissance et l’importation
Alors que près d’un poulet sur deux consommé en France est importé, que notre pays ne couvre plus totalement ses besoins en œufs, que le cheptel bovin se décapitalise à un rythme alarmant depuis plusieurs années, la question de la souveraineté alimentaire ne devrait plus faire débat : pour nourrir la population, il faut produire. Et pour produire, il faut investir dans des bâtiments agricoles, dans du matériel, dans l’eau.
Alors que près d’un poulet sur deux consommé en France est importé, que notre pays ne couvre plus totalement ses besoins en œufs, que le cheptel bovin se décapitalise à un rythme alarmant depuis plusieurs années, la question de la souveraineté alimentaire ne devrait plus faire débat : pour nourrir la population, il faut produire. Et pour produire, il faut investir dans des bâtiments agricoles, dans du matériel, dans l’eau.
Pourtant, à la lecture des orientations prises par la Région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du PCAE, une évidence s’impose : la politique agricole régionale conduite par Alain Rousset tourne le dos à la production. C’est dans ce contexte que la FDSEA de la Corrèze a sollicité un rendez-vous avec Pascal Cavitte, conseiller régional, afin d’exprimer son incompréhension et sa colère face aux mesures inscrites dans le PCAE Nouvelle-Aquitaine.
Plan bâtiment : une injustice totale et une vision idéologique
Premier point de crispation majeur : le Plan de Modernisation des Élevages (PME). Emmanuel Lissajoux, président de la FDSEA de la Corrèze, n’a pas mâché ses mots :
Aujourd’hui, l’immense majorité des éleveurs en activité ne peut y prétendre car il a été restreint aux agriculteurs installés depuis moins de quatre ans ou engagés en agriculture biologique. Dans le contexte actuel, c’est tout simplement scandaleux ! Cette orientation est injuste, idéologique et totalement déconnectée des réalités du terrain et des besoins en production pour garantir la souveraineté alimentaire de notre région et de notre pays. »
La Région semble ignorer la réalité économique des exploitations. Un jeune agriculteur en phase d’installation doit déjà affronter des charges colossales : reprise du foncier, achat du cheptel, du matériel, trésorerie fragile. Très peu peuvent investir immédiatement dans des bâtiments, qui sont pourtant des investissements lourds, structurants et de long terme. « Pire encore, ce qui relevait auparavant d’une bonification – le statut de jeune agriculteur – est devenu une condition d’accès aux aides. C’est inadmissible ! » dénonce le responsable syndical.
Pour produire, il faut des bâtiments
Dans le cadre du PCAE, les conditions d’accès se révèlent non seulement excessivement restrictives, mais elles sont en outre aggravées par un système de notation pour le moins ubuesque. Les porteurs de projets doivent atteindre un seuil de 70 points, au terme d’un empilement de critères technocratiques, hors-sol et totalement déconnectés des réalités économiques des exploitations et de l’urgence alimentaire. Une logique technocratique et restrictive que la FDSEA dénonce avec la plus grande fermeté.
« La Nouvelle-Aquitaine n’est plus autosuffisante en lait, le cheptel recule, ... Pourtant, les besoins sont là : il faut produire ! » explique Emmanuel Lissajoux. Mais pour produire davantage, encore faut-il en avoir les moyens. Produire passe nécessairement par la construction et la modernisation des bâtiments agricoles. Sans parler qu’au-delà de l’enjeu productif, les bâtiments constituent également un enjeu sanitaire majeur, notamment en période de crises sanitaires récurrentes. Des outils modernes et adaptés sont indispensables pour sécuriser les élevages et protéger les filières.
Il y a un besoin fort, urgent et massif en bâtiments d’élevage. Les critères actuels, restrictifs et déconnectés des réalités du terrain, ne sont tout simplement pas entendables », insiste Emmanuel Lissajoux.
Et d’alerter clairement :
Sans soutien financier régional, les bâtiments ne se feront pas. Et il ne faudra pas s’étonner demain de voir les productions se délocaliser vers d’autres régions plus volontaristes… ou de voir les importations augmenter. »
Une politique régionale qui affaiblit l’élevage et les territoires
La FDSEA dénonce avec la plus grande fermeté une politique agricole régionale qui, par ses choix, fait un choix clair : celui de l’importation plutôt que de la production, celui du Mercosur plutôt que des agriculteurs, celui de la décroissance plutôt que de la souveraineté alimentaire !
En bloquant les investissements indispensables – bâtiments, matériels, eau – la Région organise mécaniquement l’entrée de volailles, d’œufs et de viande importés, produits sans nos normes sanitaires, sans nos exigences environnementales, sans respect de notre modèle agricole.
La FDSEA alerte : sans soutien public, les investissements seront abandonnés, des productions disparaîtront, l’emploi agricole et para-agricole reculera, et les territoires ruraux s’appauvriront. Affaiblir l’élevage, c’est affaiblir toute la région.
Changer de cap, maintenant
Pour Emmanuel Lissajoux, il est urgent de revoir la copie :
Nous demandons un PCAE ouvert à tous les agriculteurs, quel que soit leur mode de production, et le financement de tous les projets permettant de produire et de garantir la souveraineté alimentaire, sans conditionnalités idéologiques. »
Le président de la FDSEA appelle même à un changement de nom du dispositif, qui devrait devenir le Plan de Compétitivité et de Production Agricole pour la Souveraineté Alimentaire. « Toute autre politique n’est qu’une politique de décroissance et une porte grande ouverte aux importations. », prévient-il.
Il enjoint désormais la Région à choisir clairement son camp : celui des agriculteurs, celui de la production, celui de la souveraineté alimentaire. « Le reste est inacceptable. Intolérable. Irresponsable. »
À l’issue de l’échange, Pascal Cavitte a reconnu l’existence d’incohérences dans les critères actuels et a annoncé l’organisation prochaine d’un rendez-vous entre la FDSEA et Jean-Pierre Raynaud, vice-président du Conseil régional en charge de l’Agriculture. La FDSEA y portera, une nouvelle fois, la voix des éleveurs et l’exigence de produire pour nourrir.