Affaire Bojarski : quand le plus grand faussaire vivait à… Pierrefort
Le film sur le plus grand fabricant de faux billets, replonge la région de Pierrefort dans quelques souvenirs...
Le film sur le plus grand fabricant de faux billets, replonge la région de Pierrefort dans quelques souvenirs...
Le film, “L’affaire Bojarski” de Jean-Paul Salomé sorti le 14 janvier est à l’affiche des cinémas cantaliens. Après le film de Jean-Paul le Chanois, en 1966, “Le jardinier d’Argenteuil”, l’histoire est toujours celle de Czeslaw Bojarski, le plus célèbre fabricant de faux billets pour l’équivalent de 300 millions d’anciens francs (équivalent d’environ 500 000 euros) en 12 ans avant son arrestation en 1964.
À l’écran, l’histoire de Czeslaw Bojarski, interprété par Reda Kateb, relate le parcours de ce polonais ingénieur génie. Durant la Seconde Guerre mondiale celui-ci s’engage dans l’armée de son pays comme officier. Arrêté par les Hongrois, il s’évade et se réfugie en France où, à son arrivée à Marseille, il est assigné à résidence dans… le Cantal. Il rejoint ensuite les volontaires polonais et fabrique de faux papiers pour la Résistance.
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Pour quelques millions de plus
Après-guerre, ses qualités d’ingénieur et d’inventeur ne sont pas reconnues en France alors qu’il ne peut retourner en Pologne. Sa mauvaise maîtrise du français le dessert. C’est à partir de 1950 qu’il édite ses premiers faux billets. Pour cela, il fabrique ses propres machines installées dans un atelier sous son pavillon parisien et ses encres, qu’il produit son propre papier-monnaie avec vrai filigrane. Les coupures de 1 000 et 5 000 anciens francs puis de 100 francs “bonaparte” sont parfaites, à tel point que la Banque de France ne fait pas différence et, fait unique, les enregistre même. Sauf qu’à cette époque des années 1960, la France et l’Italie “produisent” 90 % des fausses coupures dans toutes les monnaies du monde. L’enjeu est colossal et les faussaires constituent des cibles prioritaires de la police.
Cseslaw Bojarski travaille en solo. Il voyage en train pour écouler “son argent” et arrive à duper ses proches. Mais, cela ne suffit pas, alors il prend deux complices. Il signe ainsi sa chute en 1964. Condamné à 20 de prison, il est relâché après 13 années, pour bon comportement. Cseslaw Bojarski se range, la joue discrète dans la misère et la maladie d’Alzheimer qui le rattrape avant sa mort en 2003. Aujourd’hui, ses “bonaparte” sont davantage cotés que les vrais auprès des collectionneurs.
Ce que ne dit pas le film
Après-guerre, Cseslaw Bojarski revint à Vic-sur-Cère. Il y rencontre sa future épouse, Suzanne Teissèdre, “très bourgeoise” (interprétée par Sara Girardeau). Les parents hôteliers à Paris sont originaires de la cité cantalienne. Les Teissèdre possédaient également le domaine de Soulhard de Pierrefort. Le couple Bojarski venait régulièrement passer les vacances avec leurs enfants dans cette demeure cossue ayant à la fin du XIXe siècle servi d’école d’agriculture. Bojarski faisait entretenir sa voiture dans les garages du coin, toujours payés en “bonaparte”, sourit-on du côté de Pierrefort.
Après sa libération en 1978 et la perquisition de leur studio d’Evry ou l’on découvrira dix lingots d’or et 797 louis d’or, les époux Bojarski passent une vingtaine d’années sur place. Lui devait “pointer” régulièrement à la gendarmerie. Fils des fermiers de l’époque, Christian Bos se souvient du célèbre faussaire qu’il croisait quotidiennement. “C’était quelqu’un de très discret, très simple, qui ne laissait rien paraître et pour lequel nous avions une forme d’admiration pour son génie, se souvient-il. Son fils était très brillant également avec une carrière internationale dans la construction des remontées mécaniques.” Si le couple pouvait disposer de cet ultime refuge cantalien alors qu’il était privé de moyen, les parents Teissèdre, peu favorables à cette union, avaient déshérité leur fille, probablement pour préserver leur patrimoine d’une saisie par le Fisc. Effectivement, en 1980, le procès Bojarski aboutit à la confiscation de ses derniers biens.