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20 octobre 1983 : quand la tondue de Saint-Flour sortait de l'ombre

Le film, “La recluse de Saint-Flour, contre-enquête” revient sur l’affaire Esther Albouy. 
Il déroule l’existence de “la tondue de 1944” depuis les origines jusqu’à sa mort(1).

Les coupures de journaux de 1983
Esther Albouy a -t-elle été victime de sa propre personnalité devenant la coupable idéale ?
© b.parret

Sortis de chez elle par le GIGN 

À l’heure où des lycéens sanflorains partaient en voyage scolaire au Danemark où ils ont découvert l’affaire dans la presse locale, le 20 octobre 1983, à 6 h 30, au 9 de la montée des Roche, le GIGN délogeait Esther Albouy de chez elle et de son passé. Entre ville haute et ville basse, le jour n’est pas encore levé, quand l’affaire explose avec la même intensité que la porte d’entrée sous l’effet de la charge explosive. L’unité d’élite, davantage habituée au terrorisme et au banditisme, venait d’extirper Esther Albouy de 40 ans de réclusion dans la crasse et les excréments. Elle sortait hébétée quelques instants après son frère Hubert, devant l’appareil photo du journaliste de La Montagne, Michel Pelamourgue, seul à immortaliser la scène. À l’intérieur, le cadavre de Rémi, le frère aîné mort trois ans plus tôt, émergeait des immondices. Ce fait divers sordide, dont allait s’emparer toute la presse jusqu’au journaux télévisés et étrangers, renvoyait les habitants de Saint-Flour aux heures les plus sombres du passé de leur ville.  
 

Tondue, l’histoire retient son nom


Esther Albouy avait été tondue au premier jour de la libération de la ville, le 24 août 1944. Alors que la garnison allemande était menacée d’encerclement, les soldats de la Wehrmacht profitaient, ce jour-là, d’un terrible orage pour se replier sur Clermont-Ferrand. La liesse populaire de la matinée s’accompagna, ici comme ailleurs, de règlements de compte dans une région profondément marquée par les combats depuis le mois de mai. Devant l’hôtel de l’Europe, trois femmes, peut-être quatre, dont deux sœurs, sont tondues devant 150 à 200 personnes. Un commis coiffeur exécute la besogne.
Qu’avait vraiment fait Esther Albouy, la seule des quatre dont l’histoire aura retenu le nom ? Son nom, parce qu’au petit matin du 20 octobre 1983, la ville s’est rappelée une tragédie oubliée 39 ans plus tôt. 


Retour dans le passé


Le fait divers s’accommoda d’une vérité approximative sur les faits réels et il faut tendre l’oreille aujourd’hui encore pour dénouer le vrai du faux. Deux ans plus tôt, le film “Le chagrin et la pitié”, était diffusé à la télévision après dix ans d’interdiction. Le réalisateur, Marcel Ophuls, présentait les ambiguïtés des engagements durant l’Occupation et une France qui connut une déviance collaborationniste. En 1983, quelques mois avant l’affaire Albouy, Maurice Papon, secrétaire général de la préfecture de Gironde en 1942, était poursuivi pour crime contre l’humanité. Cette même année, Klaus Barbie, chef de la Sipo-SD (la Gestapo) de Lyon, était extradé de Bolivie pour être jugé en France de 17 crimes contre l’humanité. La France effectuait alors un retour dans son passé, dans l’épuration, la chasse aux collabos, aux règlements sans procès. Dans ces années 1980, “le regard sur les tondues change sans pour autant discréditer la Résistance, rappelle Pascal Gibert, historien. C’est un changement de regard de la société qui laisse une part à la notion de victime et non plus seulement de coupable”.   
Sortie de sa tanière, d’une maison familiale transformée en camisole noire partagée avec son plus jeune frère, Esther Albouy constituait le témoignage idéal : le pays n’en avait toujours pas terminé avec ses vieux démons. Les bourreaux n’auraient pas tous été du même côté ! À Saint-Flour, dont l’image est jugée ternie par cette affaire et son traitement médiatique, une ville où l’empathie aurait manqué, on juge une nouvelle fois Esther. Le 20 octobre est “la fin d’une pénible affaire” déclare le maire de l’époque, Jean Julhe dans le journal La Montagne du 22 octobre. L’affaire est-elle vraiment terminée ? Esther Albouy redevient la mauvaise conscience du monde. Pour la deuxième fois, elle est la victime d’un procès que l’on dirait aujourd’hui mal ficelé, sans preuves irréfutables.  Peut-être, faut-il une fois encore avec “La recluse de Saint-Flour, contre-enquête” tendre l’oreille.    

(1) Film d’Emmanuel Blanchard et Grégoire Kauffmann, produit par Alexandre Hallier et 
Jérémy Pouilloux avec le soutien de France TV.

Le film, tendre vers la vérité d'Esther

Esther Albouy était-elle celle que l’on pensait, avant de (presque) l’oublier ? Dans “La recluse de Saint-Flour, contre enquête”, Emmanuelle Banchard et Grégoire Kauffmann reviennent sur l’affaire de cette Sanfloraine tondue en 1944 à la Libération et délogée le 20 octobre 1983 de son domicile par le GIGN. Entre ces deux dates, elle est restée recluse avec son frère, en ombre menaçante, a retenu l’imaginaire collectif. “Aux deux moments clés de l’histoire, chacun a cherché la vérité qui l’arrangeait avec une coupable toute trouvée”, estime Emmanuel Blanchard. Probablement accusée à tort dans le mouvement d’épuration sauvage, puis d’écrite par la presse des années 1980 comme “la honte familiale et d’une ville” qu’il faut tenir cachée, Esther Albouy renvoie alors la France entière aux heures sombres de son passé. Il y a un avant et un après octobre 1983 et une ligne continue, celle de la vie d’une femme dont, 80 ans après la guerre, il restera des parts de mystère. 


Dimension individuelle et collective


Les archives décryptées par Pascal Gibert, spécialiste de l’épuration en Auvergne, en disent un peu, tout comme les rapports médicaux de l’hôpital psychiatrique d’Aurillac où Esther Albouy fut suivie. Michèle Lablanquie, cheffe du service, éclaire sur l’état de sa patiente. Emmanuel Blanchard et Grégoire Kauffmann, ont-ils trouvé la vérité sur la “tondue de Saint-Flour”? Ils s’en sont approchés. “Le film me semble très réussi car il prend à la fois le temps de voir la dimension individuelle d’une trajectoire particulière et une réflexion sur la profondeur historique”, estime Pascal Gibert. 

Après le festival du film d’histoire de Pessac (18 au 23 octobre), “La recluse de Saint-Flour, contre-enquête” sera présenté à Saint-Flour les 6 et 7 novembre. Le premier jour est réservé aux scolaires. Le vendredi 7 novembre, une séance publique sera proposée, à 20 h 30, en séance exceptionnelle de l’association La Lentille ; suivie d’un débat avec les réalisateurs Emmanuel Blanchard et Grégoire Kauffmann,  Michèle Lablanquie, psychiatre, et Pascal Gibert, historien (places limitées, réservation obligatoire, entrée 5 €). Le film est programmé sur France télévision fin novembre. 

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