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150 000 à 200 000 tonnes de blé en moins pour la ferme Allier

Les moissonneuses sont encore chaudes mais déjà les très mauvais rendements annoncés inquiètent la sphère céréalière. Deux jours après l'annonce de mesures d'accompagnements par le ministre de l'Agriculture, le représentant de l'Etat dans l'Allier, Arnaud Cochet, s'est rendu à Chapeau pour évaluer des difficultés de la filière céréalière.

Il y a un an, les éleveurs montraient leur colère et réclamaient une hausse des prix d'achat au gré d'actions diverses. Une « crise de l'élevage » muée en « crise de l'agriculture » englobant ainsi l'ensemble des filières. Cette année, c'est au tour des céréaliers d'exprimer leurs inquiétudes et leur exaspération face à une situation préoccupante, alors même que les éleveurs ne sont toujours pas tirés d'affaire. C'est dans ce contexte globalement difficile sur fond de moissons 2016 désastreuses qu'Arnaud Cochet, préfet de l'Allier s'est rendu sur l'exploitation céréalière de Pierre Brenon, à Chapeau, vendredi 29 juillet dernier.

« Je réalise d'ordinaire 58 quintaux/hectare (qx/ha) sur les blé.
Cette année, je suis à 44 qx/ha »

Pierre Brenon, agriculteur-céréalier à Chapeau

Les moissonneuses sont encore chaudes et déjà les premières tendances tombent. Et elles ne sont pas brillantes. Rien que pour l'exploitation de Pierre Brenon « tout à fait typique de la Sologne Bourbonnaise », cette campagne 2016 induira une perte sèche de 38 000 euros : « Je réalise d'ordinaire 58 quintaux/hectare (qx/ha) sur les blé. Cette année, je suis à 44 qx/ha. Des blés que je pensais vendre à 160 euros la tonne mais vu la qualité médiocre, je ne vais vendre que du blé fourrager à 115/120 euros la tonne ».

« La qualité nous oblige à déclasser les blés pour les vendre en nous contraignant à renégocier des contrats »

Jérome Vandewalle, président de l'Ucal

Un exemple, parmi d'autres, des conséquences de cette campagne 2016 qui impactera les agriculteurs mais pas seulement. La voix de la coopération et du négoce, portée ce jour-là par Jérome Vandewalle, président de l'Ucal et Christophe Déscreaux, négociant à Dompierre-sur-Besbre, va dans le même sens : « Si je prends le seul exemple de Coopaca, nous étions à 46 000 tonnes l'année dernière et nous espérons atteindre les 35 000 tonnes cette année, schématise Jérome Vandewalle La qualité nous oblige à déclasser les blés pour les vendre en nous contraignant à renégocier des contrats ». Christophe Déscreaux aussi est obligé de résilier ou de revoir certains contrats pour espérer passer le cap. La faute à une piteuse qualité dont les meuniers ne veulent pas : « Une meunerie exige un poids spécifique d'au moins 76, nous somme entre 68 et 72. Les mycotoxines dont le seuil est à 1250 ppm ne rentrent pas non plus dans les clous. Ce sont 50 % des blés qui vont passer en fourrager », commente-t-il.

« Le constat est simple à faire, résume Patrice Bonnin, président de la Chambre d'agriculture. Nous allons vers une perte de 450-500 euros/ha par exploitation ». De son côté, Gilles Cabart, président de la FNSEA 03, avance « un recul de 25 à 30 % dans le département » pendant que Jean-Marie Chédru, vice-président de la Chambre d'agriculture parle « d'une perte de 150 000 à 200 000 tonnes de blé pour la ferme Allier » extrapolant « une année révélatrice d'un problème structurel ». Si Arnaud Cochet, préfet de l'Allier a « bien conscience de la crise que traverse le monde agricole », il n'en devient pas pour autant magicien et énumère brièvement les annonces de Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture (voir ci-après) : « Tout cela ressemble beaucoup au Plan de soutien à l'élevage et ces mesures sont strictement conjoncturelles. Mais il faut ben répondre à la crise et nous nous efforcerons d'accompagner les céréaliers en difficultés comme nous l'avons fait l'année dernière avec les éleveurs ».

« Ce qu'il me faudrait dans mon bureau,
c'est un divan tant je passe du temps à écouter
et essayer d'encourager les agriculteurs de mon secteur »

Christophe Déscreaux, négociant à Dompierre-sur-Besbre

Au-delà des pertes chiffrées, c'est une atmosphère générale que Patrice Bonnin décrit comme étant « très très tendue dans la campagne ». En guise d'exemple, le président de la Chambre d'agriculture pointe les contrôles parfois effectués à brûle-pourpoint et promet de faire respecter la charte stipulant notamment l'annonce d'un contrôle au moins 48 heures avant. Ce malaise grandissant, Christophe Déscreaux le ressent chaque jour décrivant « l'abattement » de ses clients. « Ce qu'il me faudrait dans mon bureau, c'est un divan tant je passe du temps à écouter et essayer d'encourager les agriculteurs de mon secteur », souffle-t-il. Guillaume Lottin, secrétaire général des Jeunes agriculteurs qui ne veut « laisser personne de côté et oeuvre pour toutes les filières » se contente de prévenir : « En octobre, dessoldes d'ATR seront déduits et il faut s'attendre à ce que cela dégénère ».

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