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Semis en ACS : « L’outil peut être trop lourd, trop cher, mais il n’est jamais trop large »

Gilles Gauvin a repris en 2016 la ferme familiale aux portes de la Bretagne, pionnière en agriculture de conservation des sols. Bercé par les réussites agronomiques de son père Séverin, Gilles Gauvin a continué dans cette voie et a développé le machinisme associé en adaptant son propre semoir.

<em class="placeholder">Semis direct dans un couvert de moutarde avec un semoir à dents maison sur base de Vibroflex.</em>
Semis direct dans un couvert de moutarde. Gilles Gauvin a un objectif clair : utiliser un semoir plus léger au niveau des éléments, capable de mieux passer en conditions humides.
© G. Gauvin

La région des vallons de Vilaine est loin des caractéristiques bretonnes classiques. La pluviométrie y est moins conséquente, environ 750-800 mm en année « normale », et les sols limono-argileux sont plutôt superficiels voire très superficiels ; la réserve utile en eau est donc fortement impactée. En 1999, un orage très érosif sur des sols labourés touche la ferme. C’est de là que naît la nouvelle orientation agronomique de conservation du sol sur la ferme des Gauvin, située dans la commune de Conquereuil, en Loire-Atlantique.

<em class="placeholder">Portrait Gilles Gauvin</em>
Après vingt-cinq ans de semis direct et dix ans avec le semoir à dents, l’expérience sur les méthodes de semis est dense chez Gilles Gauvin. © A. Haigron

De 2000 à 2015, les semis sont conduits avec un semoir à disque de type Unidrill de 3 m. Les semis sont plutôt satisfaisants jusqu’à des années mouillées 2012-2013 qui montrent les difficultés du semoir à laisser des sillons meubles et à pouvoir semer dans des conditions limites d’humidité.

Dent, disque ou les deux ?

C’est le début d’une nouvelle réflexion sur l’outil de semis qui va se tramer jusqu’en 2015 et l’arrivée de Gilles sur la ferme. L’objectif est clair : utiliser un semoir plus léger au niveau des éléments, capable de mieux passer en conditions humides. « Nous souhaitions également arrêter les semis de couverts en TCS l’été », précise Gilles.

Néanmoins ce semoir doit satisfaire aux exigences de nos agriculteurs, c’est-à-dire un outil simple d’utilisation, peu coûteux en entretien, demandant peu de puissance de traction et adapté à leurs semis.

C’est dans ce contexte que la dent apparaît particulièrement adaptée. En 2015, un premier semoir voit le jour : sur une base d’un vibroflex porté. Le semis effectué à l’automne avec ce semoir donne amplement satisfaction au niveau du positionnement de la graine. Ce premier point est observé lors de la levée homogène de la céréale.

Précision et débit de chantier

Le cahier des charges est respecté mais ce n’est pas l’habitude de la maison de se contenter du bon quand le parfait est atteignable. C’est pour cette raison que le semis à la dent chez les Gauvin va connaître deux évolutions majeures. La première se fait en 2019 avec l’achat d’un outil traîné de 8 m de large permettant d’augmenter considérablement le débit de chantier sans augmenter le besoin de puissance (tracteur de 130 ch présent sur la ferme) : « J’allume rarement les phares lors des semis d’automne. Mais je peux tout de même semer 30 hectares dans la journée sans trop forcer, avec des animaux à soigner le matin et un parcellaire moyen de 4 hectares », explique l’agriculteur.

<em class="placeholder">Levée d&#039;orge d&#039;hiver semée en direct avec un semoir à dents maison sur base de Vibroflex</em>
Automne 2017, levée de l’orge d’hiver semée à 250 gr/m2 sur des limons argileux. Malgré un réglage de profondeur uniforme sur la machine et non un réglage par élément, les levées sont très homogènes; c’est ce qui a séduit notre agriculteur. © G. Gauvin

Il faut également préciser qu’il sème environ 100 ha à cette période. De plus, Gilles a une philosophie précise et cohérente sur le machinisme : « L’outil peut être trop lourd, trop cher, avec un besoin de puissance trop élevé, mais il n’est jamais trop large. »

La seconde évolution est la pointe en 2022. Cette fois-ci, le but recherché est la précision de semis. En effet, la première pointe devait être réglée à une profondeur inférieure à la profondeur de semis souhaitée, par exemple 5 cm de profondeur de pointe pour un semis à 3 cm. En cause, l’écart entre le tube de descente et la dent.

D’autres évolutions en perspective ?

Après vingt-cinq ans de semis direct et dix ans avec le semoir à dents, l’expérience sur les méthodes de semis est dense chez les Gauvin. Le semoir à dent s’est parfaitement inséré dans l’organisation et les besoins de la ferme. S’il y avait une évolution supplémentaire à apporter à cet outil, ce serait l’ajout d’une herse peigne avant les rouleaux. Cet équipement améliorerait le rappui estival via la création de terre fine. Et à l’automne, son rôle serait d’effacer les sillons pour éviter la stagnation de l’eau en condition humide.

<em class="placeholder">Dents de semoir imaginée par Gilles Gauvin, ACSiste en Loire Atlantique</em>
En 2022, l’élément semeur a connu une importante évolution. Le montage assez classique, une dent complète VFM montée avec une pointe de 18 mm, a été remplacée par une pointe imaginée par Gilles Gauvin et confectionné par Carbure Technologie. Cette pointe fait 15 mm et permet au semis de gagner en précision grâce à la descente de graine collée à la pointe. L’autre spécificité réside dans l’étançon intégré à la pointe qui permet de gagner en rigidité et donc en précision. Seule la lame de ressort d’origine a été gardée. © G. Gauvin

Néanmoins l’ajout de la herse expose l’outil à deux soucis : comment conserver le système de montage-démontage rapide du rouleau de rappui pour l’utilisation en été et pas à l’automne ? Comment garder l’équilibre de la machine qui basculerait vers l’arrière avec la herse peigne ?

Ces deux contraintes de conception vis-à-vis du gain engendré n’ont pour le moment pas fait basculer notre agriculteur dans la fabrication, mais nul doute que la réflexion continue de s’alimenter et sera réalisée si les freins sont levés.

CÔTÉ ÉCO

Le semoir à dent traîné de Gilles Gauvin avoisine le budget de 20 000 € sans la trémie.

L’achat du Vibroflex 8 m a coûté 13 000 €.

La transformation de la machine : renforcement, tête de répartition, pointe, roue de jauge, constitue une enveloppe d’environ 7 000 €.

La trémie DF2 a été un investissement de 17 000 €.

La machine complète, trémie plus rampe de semis, représente un investissement total de 37 000 € soit un peu plus de 4 500 € par mètre.

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