Seine-et-Marne : 20 ans de réussite en TCS chez Christine et Sébastien Rousseau
Christine et Sébastien Rousseau ont abandonné le labour en 2004, deux ans à peine après leur installation sur la ferme familiale de la Brie. Après leur premier témoignage en 2016, nous retournons sur leur exploitation, qui présente des résultats très intéressants tant au niveau des rendements que dans la gestion des graminées adventices sur la rotation.
La rotation est restée quasiment inchangée depuis 2004 : betteraves sucrières/blé/maïs (dans les terres les plus profondes) ou colza (dans les terres les moins profondes) /blé/orge de printemps ou blé. Les repousses de colza sont conservées afin de couvrir l’interculture. Des couverts sont implantés en interculture avant les cultures de printemps et avant le blé de blé.
Cette rotation a été temporairement modifiée en conséquence des contraintes liées à l’utilisation du traitement de semence néonicotinoïde des betteraves en 2021 et 2022 : dans ce cas, l’orge de printemps et le blé de blé ont été placés avant le colza de manière à respecter le délai de retour requis. La culture de féverole de printemps, qui partageait autrefois la sole du maïs, a quasiment été abandonnée, victime des coups de chaud et de sec en fin de cycle. Il n’en subsiste plus, certaines années, que quelques hectares dédiés à la production de semence pour les couverts. Les pois d’hiver ne sont pas cultivés en raison de la bactériose et des pigeons. Il n’y a donc plus à proprement parler de légumineuses dans la rotation, après l’abandon des pois de printemps en 2009 à cause de l’Aphanomyces. En revanche, elles sont très présentes dans les couverts et comme plantes associées au colza : « Nous sommes accros à la féverole », témoignent en cœur Christine et Sébastien. Le couvert d’interculture habituel est ainsi constitué de féverole de printemps (80 à 100 kg/ha), de phacélie (2,5 à 3 kg/ha), parfois de tournesol (sauf avant betteraves, 6 kg/ha), de nyger (1 kg/ha) ou encore de pois fourrager. Le tournesol a été exclu du couvert avant betteraves car, lors d’un été sec, il n’avait pas levé dans le couvert et avait levé dans les betteraves suivantes.
Les itinéraires d’implantation
Les itinéraires d’implantation des cultures sont restés quasiment inchangés. Ils sont rappelés ici pour faciliter la compréhension globale de la gestion des graminées adventices sur la rotation.
- Blé de betterave. Les derniers arrachages de betteraves ont lieu normalement vers le 20 novembre (il y a un peu de retard en cet automne 2023 si pluvieux). Ensuite, nivellement éventuel du sol et mulchage des verts au Lemken Rubin à 4-5 cm de profondeur si l’arrachage a été réalisé en bonnes conditions ou passage d’un Cultigerm Franquet ou d’un Polyculteur Rau à socs étroits à 10 cm de profondeur si le sol a été dénivelé, puis semis du blé au combiné (Campesino derrière les premières betteraves arrachées, Celebrity et Alixan après les dernières betteraves).
- Colza. Rebroyage des pailles si le blé était très haut puis déchaumage au Rubin sitôt la récolte du blé. Un deuxième passage de Rubin, croisé avec le précédent, intervient vers le 10 août après apport de compost de fientes de poules et de lisier de porc mélangés. Vers le 15-20 août, les féveroles de printemps sont épandues au DPS12 (à une densité de 80 kg/ha soit environ une quinzaine de pieds par mètre carré), tandis que le colza est semé le même jour au combiné (hybrides LG Aviron et LG Austin). « La date de semis a été avancée de cinq à dix jours par rapport à 2016, afin d’avoir un colza plus robuste lors de l’arrivée des altises », remarquent Christine et Sébastien. Un traitement anti-limace (Sluxx) est pratiqué à la levée du colza. Les féveroles sont détruites idéalement par le gel, sinon, c’est plus rare ces dernières années, par une application de 0,4 l/ha de Lontrel100, soit 40 g/ha de clopyralid (+ huile).
- Blé de colza. Il n’y a pas de déchaumage, afin de laisser lever un maximum de repousses et ne pas enfouir les graines de colza qui risqueraient de lever ultérieurement. Les repousses de colza (et les éventuelles vivaces) sont détruites au glyphosate courant septembre. Fin septembre, un mulchage au Rubin précède le semis du blé vers le 10 octobre (principalement du Chevignon). Ce mulchage est essentiellement destiné à lutter contre les limaces. Si nécessaire, de l’anti-limace est apporté à la levée du blé.
- Maïs. Si nécessaire pour faire lever les repousses de blé, pour gérer les limaces ou encore pour incorporer un apport de compost de fientes de poules et de lisier de porc mélangés, un déchaumage au Rubin est pratiqué sitôt la récolte du blé. Les éventuels ronds de chardons ne sont pas déchaumés et sont détruits au glyphosate après repousse. Les semences du couvert d’interculture sont épandues avec un DPS12 et recouvertes par un déchaumage au Rubin, au plus tard à la mi-août (début septembre s’il a fallu gérer des ronds de chardons). Si le couvert n’est pas détruit par le gel, il le sera au glyphosate entre Noël et février. Le sol est repris superficiellement juste avant le semis, avec le Cultigerm ou la herse rotative, avant semis du maïs la première quinzaine d’avril (mai en 2023 à cause du printemps humide). Un traitement anti-limace a été pratiqué exceptionnellement en 2023 du fait du printemps humide. Il n’y a généralement pas une forte pression des graminées. Les hybrides de maïs cultivés sur l’exploitation ont des indices de précocité compris entre 250 et 290 (du P9042 par exemple) ; ainsi, la récolte est terminée au plus tard pour le 15-20 octobre (même fin septembre/début octobre en 2022), ce qui permet ensuite de semer le blé en bonnes conditions.
- Blé de maïs. Les résidus de maïs sont broyés sous le nouveau cueilleur (un rebroyage a lieu sur les croisements du semoir et sur les zones de dégâts de sangliers), avant d’être mulchés au Rubin. Le blé est ensuite semé au combiné (principalement du Chevignon). En fonction du risque de fusariose à la floraison, un traitement fongicide spécifique (prothioconazole) peut être appliqué. En 2023, le sec a permis d’éviter ce traitement, les fongicides se limitant à la lutte contre la septoriose et les rouilles.
- Blé de blé. Sitôt la récolte du premier blé, les semences du couvert d’interculture sont épandues avec un DPS12 et recouvertes par un déchaumage au Rubin. Le couvert est détruit au glyphosate vers le 10 octobre, puis broyé et mulché au Rubin, avec semis du deuxième blé (Complice ou KWS Ultim). « En 2016, nous semions le blé de blé parfois directement avec le combiné dans le couvert, sans broyage ni mulchage préalable. Nous pratiquons moins ainsi aujourd’hui, d’une part car nous avons généralement des couverts plus développés, plus difficiles à gérer directement avec la rotative du combiné, et d’autre part parce qu’il nous faut souvent reniveler les dégâts de sangliers… Nous regrettons de ne plus avoir les champs aussi plats qu’il y a dix ans pour les passages d’engrais ou de pulvérisateur… Nous continuons toutefois à implanter un couvert, car cela nous permet d’avoir une meilleure structure à l’implantation du deuxième blé », témoignent Christine et Sébastien. De l’anti-limace est appliqué à vue pour protéger le blé si nécessaire.
- Orge de printemps. Sitôt la récolte du blé, les semences du couvert d’interculture sont épandues avec un DPS12 et recouvertes par un déchaumage au Rubin. Le couvert est détruit au glyphosate avant Noël. L’orge est implantée avec le combiné, après une reprise au vibroculteur ou au Cultigerm. « En 2016, il nous arrivait encore de semer l’orge sans reprise préalable du sol. Aujourd’hui, une reprise devient presque indispensable avant semis pour niveler les trous de sangliers faits pendant l’hiver. Il devient problématique de conserver ses couverts tout l’hiver, car nous y hébergeons les sangliers du secteur. » Il n’y a jamais d’anti-limace appliqué.
- Betteraves. Sitôt la récolte du blé ou de l’orge de printemps, les semences du couvert d’interculture sont épandues avec un DPS12 et enfouies par un déchaumage au Rubin. Du compost de fientes de poules et de lisier de porc mélangés est apporté sur le couvert. Le couvert, généralement bien développé, est broyé puis mulché au Rubin la première quinzaine de novembre, lorsque le sol est encore sain. En 2022, le couvert a été conservé plus longtemps, puis broyé sur du gel à la mi-décembre ; toutefois, les sangliers s’en sont donné à coeur joie et ont dénivelé le champ. Du glyphosate est appliqué fin janvier, avant reprise une première fois avec un vibroculteur seul (à 4-5 cm de profondeur), et une deuxième fois avec le vibroculteur équipé de croskillettes. De l’anti-limace est appliqué à vue pour protéger les betteraves si nécessaire. Ainsi, toutes les cultures, y compris les betteraves, sont implantées sans aucun travail profond au préalable. « La betterave est tout de même une culture assez rustique, à partir du moment où la structure du sol est bonne. Les betteraves poussent un peu plus hors du sol, mais cela reste sans conséquence sur les rendements ; lors de l’arrachage, il faut seulement être vigilant pour éviter un surdécolletage », constatent Christine et Sébastien.
La gestion des graminées adventices
Le programme anti-graminée utilisé par Christine et Sébastien est décrit dans le tableau 1. Il cible principalement le ray-grass, principale graminée adventice rencontrée dans la zone de culture (le vulpin et les bromes sont généralement moins problématiques). La rotation des cultures (trois à quatre cultures différentes dans la rotation, deux à quatre cultures d’hiver en cinq ans) permet une rotation des modes d’actions herbicides. Ainsi, cinq modes d’action antigraminées différents sont utilisés :
- HRAC 1 (anciennement A) pour betteraves, colza et sur orge de printemps.
- HRAC 3 (anciennement K1) sur colza.
- HRAC 9 (anciennement G) en interculture.
- HRAC 12 (anciennement F1) sur blé.
- HRAC 15 (anciennement K3 et N) sur blé et maïs.
Le mode HRAC 2 (anciennement B) n’est plus efficace sur ray-grass en Brie. Christine et Sébastien ont parfois recours à de l’Abak (pyroxsulame) à dose homologuée sur les premiers mètres de bordures des champs de blé pour lutter contre les bromes. Quasiment tous les modes d’action antigraminée actuellement autorisés sont utilisés, à l’exception du mode HRAC 5 (anciennement C1 et C2 – ce mode d’action est utilisé avec des anti-dicotylédones). La teneur en argile des sols de l’exploitation étant inférieure à 45 %, il serait encore envisageable d’utiliser du chlortoluron (HRAC 5), uniquement en post-levée et quand les drains ne coulent pas.
Pour ce qui concerne le mode d’action HRAC 1, il n’est utilisé contre le ray-grass que sur cultures de printemps (betteraves et orge de printemps). Sur colza, il a principalement pour objectif de gérer les repousses de blé. Chez Christine et Sébastien, la cléthodime (Centurion R au printemps sur betteraves et parfois féveroles) et le pinoxaden (Axial Pratic, sur orge de printemps) se montrent en effet encore efficaces sur ray-grass. En cas de forte infestation de graminées, il serait envisageable d’utiliser également de l’Avadex 480 (triallate, HRAC 15, anciennement N) en prélevée sur betteraves et orge de printemps.
Les seules campagnes successives utilisant le même mode d’action antigraminées se rencontrent dans le cas d’un blé de blé. Sur blé, en cas de forte infestation de ray-grass, il serait envisageable d’utiliser du Trooper (pendiméthaline, HRAC 3, anciennement K1 + flufénacet, HRAC 15, anciennement K3) en prélevée et du Défi (prosulfocarbe, HRAC 15, anciennement N) en post-levée.
Pour tous les traitements herbicides, la bouillie comprend du sulfate d’ammonium, de l’huile végétale si nécessaire et un mouillant (Heliosol). Le volume de bouillie est compris entre 60 et 90 l/ha.
Les bordures de route des champs de blé sont gérées à part. En effet, la route reliant La Chapelle-Iger au village voisin de Rozay-en-Brie, où se situe le silo de la coopérative agricole locale, jouxte certains champs de l’exploitation par l’ouest. Le vent dominant venant de l’ouest, il peut pousser des graines d’adventices vers les champs. En plus du Fosburi, 2,5 l/ha de Défi (soit 2 kg/ha de prosulfocarbe, HRAC 15, anciennement N) et 0,2 l/ha de Compil (soit 100 g/ha de difulfénican, HRAC 12, anciennement F1) sont appliqués en prélevée sur environ 10 % de la surface totale de blé.
Cette pratique de désherbage renforcé sera étendue pour la campagne 2023-2024 aux zones où l’arracheuse de betteraves (d’une ETA) et la moissonneuse-batteuse reviennent sur l’exploitation. La moissonneuse-batteuse est en copropriété et est également utilisée en prestation aux alentours. Même si elle est toujours soigneusement soufflée, Christine et Sébastien se montrent très vigilants : « Les graminées adventices sont notre hantise. Nous essayons d’appliquer une tolérance zéro. Cela a toujours été un point de vigilance depuis que nous nous sommes installés : même au début quand nous labourions encore un peu, nous trouvions toujours risqué de laisser grainer des graminées au champ. Le ray-grass semble se développer un peu plus que les autres, alors qu’il y a 20 ans, il n’y en avait pas un pied sur la ferme. » Ainsi, lorsque la moissonneuse-batteuse et l’arracheuse reviennent sur l’exploitation, leurs premiers passages sont concentrés autant que possible d’un côté du champ (par exemple, elles sont tout d’abord contraintes à travailler sur une passée de traitement), de manière à limiter une éventuelle dissémination de graines d’adventices sur toute la parcelle et ainsi faciliter la gestion herbicide ultérieure en désherbant plus rigoureusement cette partie.
Christine et Sébastien pratiquent toujours une épuration manuelle des touffes de graminées adventices dans les parcelles. « C’est une pratique contraignante, mais efficace. En 2023, cela a nécessité 55 heures chacun, soit 110 heures au total, avec trois passages dans le blé et un dans l’orge de printemps. De même, quand nous épurons les parcelles des betteraves montées, nous arrachons les quelques graminées épiées que nous trouvons. Nous sortons systématiquement des champs les touffes qui y ont été arrachées. » La rotation des cultures est l’autre levier important pour gérer les graminées adventices.
La rotation actuelle conduit parfois à des enchaînements de quatre cultures d’hiver en cinq ans (betteraves/blé/colza/blé/blé) sur les terres les moins profondes, qui sont moins favorables au maïs. Si la gestion des graminées adventices devenait plus difficile, il serait possible d’avoir plutôt des rotations avec deux cultures de printemps (betteraves/blé/maïs/blé/blé de blé), éventuellement avec deux cultures de printemps qui se suivent (betteraves/blé/colza/blé/orge de printemps), ou même avec trois cultures de printemps en cinq ans dont deux à la suite (betteraves/blé/maïs/blé/orge de printemps), pratique dont l’efficacité n’est plus à démontrer.
Les rendements
Les rendements de l’exploitation sont particulièrement bons. Les rendements moyens sont donnés dans le tableau 2. Les conditions météorologiques de l’année 2016, marquée par un printemps globalement frais, gris et très pluvieux, avec une alternance de périodes douces et de périodes froides avec de brutales variations de températures et de fortes gelées tardives, et un record pluviométrique, ont considérablement affecté les rendements des cultures (le blé et l’orge de printemps ont été très affectés par le froid et le défaut de rayonnement durable pendant la montaison, puis par les très bas rayonnements et les excès d’eau à la floraison et au début de remplissage). Les rendements de l’année 2016 ne sont donc pas pris en compte dans les moyennes des différentes cultures.
De même, en 2020, en l’absence d’autorisation d’usage de traitement de semences néonicotinoïde, le virus de la jaunisse transmis par les pucerons s’est développé massivement et a très fortement impacté la production de betterave sucrière. Le rendement en betterave de l’année 2020 n’est donc pas pris en compte dans les moyennes.
Le colza n’est cultivé que depuis 2010 et n’a pas été cultivé en 2019. À la date de rédaction de cet article, le rendement 2023 des betteraves n’est pas encore connu. L’amélioration des rendements pourrait s’expliquer par l’amélioration de la maîtrise technique au fur et à mesure des années, par des phénomènes de faim d’azote les premières années en non-labour et avec des couverts végétaux en interculture, par l’effet positif des couverts annuels majoritairement constitués de légumineuses, sans doute aussi grâce au progrès génétique des variétés (comme Chevignon pour le blé) et des hybrides. Pour le maïs, les étés pluvieux comme 2021 ont un effet positif sur les rendements, et Christine et Sébastien remarquent que leur maïs semble moins décrocher lors des étés secs.
Bilan et perspectives
Christine et Sébastien nous démontrent que le passage du labour à l’agriculture de conservation peut se faire avec le matériel déjà présent sur l’exploitation, pour le meilleur bénéfice des sols : « À l’origine, nous avions des sols battants. Grâce au non-labour et aux couverts, il y a beaucoup moins de battance et d’érosion. » Après 20 ans de TCS et d’implantation systématique de couverts en interculture, et même si le drainage des terres de Brie trouve parfois ses limites en cet automne 2023 très pluvieux (220 mm de pluie en un mois depuis le 18 octobre à La Chapelle-Iger), Christine et Sébastien remarquent également la meilleure portance et la meilleure infiltration de leurs parcelles. Par chance, le maïs a été récolté avant la pluie et quasiment tous les blés ont pu être semés en bonnes conditions. Il ne restera à semer que les blés devant succéder aux dernières betteraves, une fois que celles-ci auront été arrachées.
Outre un gain en technicité au fil du temps, outre un inévitable apprentissage les premières années (phénomènes de faim d’azote), l’augmentation des rendements semble démontrer une amélioration de la fertilité des sols, manifestement en lien avec la pratique des couverts.
Les analyses de sol montrent un gain de 0,3 à 0,4 point du taux de MO, qui approche désormais les 2 %. L’analyse de sol est toujours réalisée sur la profondeur de l’ancien labour, environ 22 cm. L’effet bénéfique des pratiques culturales (non-labour, réduction de l’intensité du travail du sol, couverts systématiques), qui doit conduire à un enrichissement de l’horizon supérieur (0-10 cm) en MO, est possiblement masqué par le travail continu des bactéries minéralisatrices en fond de profil (10-22 cm), qui l’appauvrissent en MO. Avec les années cependant, les couverts sont devenus des refuges pour les sangliers. Cela impose des reprises mécaniques pour reniveler les parcelles, dont les agriculteurs se passeraient bien, eux qui n’hésitaient pas voilà encore quelques années à semer le blé avec le combiné directement dans les couverts. Cela freine sans doute l’investissement dans un semoir de semis direct, que Christine et Sébastien souhaiteraient à dents et à écartement étroit entre rangs.
Une gestion rigoureuse des graminées adventices est permise grâce à la rotation des cultures et à celle des modes d’action herbicide. Ces pratiques s’accompagnent d’un arrachage manuel et d’une exportation des touffes qui seraient passées au travers des traitements.
Qu’en sera-t-il de l’avenir des betteraves ? En 2020, la pression inédite de jaunisse, en l’absence de traitement de semence néonicotinoïde, a conduit à une perte de la moitié du rendement. « Nous n’aimons pas trop utiliser des insecticides en végétation. Par exemple, nous n’en appliquons pas sur orge de printemps et, sur blé, nous n’en appliquons que sur les semis précoces. Lorsqu’il était autorisé, un traitement de semences néonicotinoïde était suffisant pour protéger les betteraves. En 2020, sans ce traitement de semences, nous avons dû intervenir trois fois en végétation, et l’efficacité semblait limitée face à une forte infestation de pucerons sur les jeunes betteraves. En 2023, nous avons également dû intervenir trois fois en végétation. Si la culture de la betterave venait à péricliter faute de solution insecticide, nous cultiverions sans doute davantage de maïs et de colza, et nous essaierions peut-être aussi d’autres cultures, comme le lin textile ; il s’en cultive un peu en Brie. »
Il y a sept ans…
Christine et Sébastien Rousseau avaient fait l’objet d’un reportage dans le TCS n° 87 de mars/avril/mai 2016. Leur exploitation de 106 ha est sise à La Chapelle-Iger en Seineet- Marne. Les terres sont des limons caractéristiques de la Brie, avec un taux d’argile compris majoritairement entre 15 et 18 %, localement jusqu’à 30 à 40 % et un pH de l’ordre de 7 à 8. La plupart des champs sont drainés. Le labour a été définitivement abandonné en 2004 et le passage aux TCS s’est fait avec le parc matériel déjà présent sur l’exploitation. Le travail du sol ne dépassait pas 10 cm de profondeur (après betteraves), et même, le plus souvent, pas plus de 4-5 cm de profondeur, y compris avant les betteraves. Christine et Sébastien n’hésitaient pas à semer le blé et l’orge de printemps avec le combiné de semis à disques, directement dans le couvert.