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Les bénéfices de l’ACS sur la dynamique de l’eau dans les sols

Les agriculteurs engagés de longue date en ACS ont tous eu l’occasion de constater que leurs champs présentent une meilleure infiltration de l’eau et un moindre ruissellement en cas de forte pluie, malgré une masse volumique apparente généralement plus élevée que derrière labour, et qu’il est parfois possible de retarder le déclenchement de l’irrigation. Pourtant, le fonctionnement hydrique des sols et des cultures en ACS reste encore assez mal connu. Des mesures réalisées dans le Sud-Ouest par l’INRAE, ARVALIS et d’autres partenaires confirment et quantifient les observations au champ.

À l’échelle d’une parcelle agricole comme à celle d’un bassin-versant, les principaux processus régissant le devenir de l’eau de pluie ou d’irrigation sont l’infiltration, permettant la recharge en eau du sol (réservoir utile, RU) et pouvant conduire à du drainage vers les nappes phréatiques (potentiellement source de lixiviation), le ruissellement (potentiellement source d’érosion), l’évaporation à partir du sol, ainsi que l’absorption de l’eau du RU par les racines et la transpiration des végétaux. Des remontées capillaires de la nappe phréatique ou des couches sous-jacentes vers la zone non saturée du sol interviennent également.

Les pratiques agricoles influent très fortement sur le devenir de l’eau dans les sols. Il est bien connu que le travail du sol, en particulier le labour, modifie la structure du sol, son état d’agrégation, sa porosité et donc sa masse volumique apparente, la distribution des matières organiques et des résidus de culture sur la profondeur travaillée, la rugosité de surface. La conductivité hydraulique (K), caractérisant l’infiltration de l’eau dans le sol, dépend de la structure du sol et par conséquent des pratiques agricoles.

Ainsi, la masse volumique apparente du sol est généralement plus faible immédiatement après labour puis augmente avec le temps, tandis que la conductivité hydraulique est généralement plus élevée immédiatement après le labour puis décroît au cours de la saison culturale par affaissement de l’horizon travaillé et réorganisation de la porosité créée par le travail du sol. La formation d’une semelle de labour peut entraîner localement un manque d’oxygène par saturation en eau, une forte réduction du volume du RU, voire des ruissellements sous la couche labourée.

La perturbation de l’activité biologique des sols par le labour induit également une faible stabilité des agrégats, démontrée par le slake test. En diluant la matière organique sur la profondeur travaillée au lieu de la concentrer en surface comme en SD, et en l’absence d’une couverture du sol par des végétaux ou leurs résidus, ainsi que l’ancrage de leurs racines, ce manque de stabilité des agrégats entraîne, à la première pluie forte, de la battance, néfaste à l’infiltration de l’eau dans le sol, un ruissellement important et de l’érosion. Cela affecte à terme la durabilité des sols agricoles et la qualité des milieux aquatiques.

À l’inverse, en ACS, combinant notamment une réduction notable de l’intensité du travail du sol et la couverture permanente des sols par des végétaux vivants ou un mulch, les perturbations du sol par les opérations culturales sont minimisées et la dynamique de l’eau s’en trouve modifiée, avec un renforcement d’un fonctionnement à dominante verticale, en lien avec un profil structural lui-même plus vertical, sans horizon marqué ni autre discontinuité en profondeur. Les résidus végétaux et la teneur en MO (matières organiques) accrue en surface améliorent la stabilité des agrégats et réduisent très fortement l’effet « splash » ainsi que les phénomènes de battance. L’activité des vers de terre, notamment des anéciques, est accrue en ACS. Elle est à l’origine d’une bioporosité stable et de gros diamètre qui contribue à favoriser les infiltrations verticales de l’eau et donc à limiter le ruissellement.

En parallèle de ces effets sur les capacités d’infiltration, la redistribution des matières organiques peut modifier la rétention en eau du sol (et donc le réservoir utilisable par les plantes), celle-ci s’opérant principalement sur les agrégats organo-argileux du sol. Dans certaines situations, il apparaît que les sols conduits en ACS peuvent stocker une plus grande quantité d’eau que les sols labourés.

En ACS, il a été observé que l’introduction d’un couvert végétal en interculture et le maintien des résidus végétaux en surface permettent de maintenir une teneur en eau plus importante dans les horizons superficiels, liée à une diminution de l’évaporation, mais peuvent, dans certaines situations, aboutir à une augmentation de la transpiration. La mise en place d’un couvert végétal en interculture peut également conduire à un assèchement des horizons plus profonds (30-60 cm), lié à une absorption d’eau par le couvert, et ainsi réduire le niveau de recharge de la réserve hydrique du sol au moment de l’implantation de la culture de rente. Il convient toutefois de raisonner en bilan car, en contrepartie, la couverture végétale va fortement améliorer l’infiltration de l’eau de pluie, contenir la température du sol et réduire l’évaporation. Ce risque d’assèchement est d’autant plus faible que le sol est profond.

Les expérimentations conduites dans le cadre du programme BAG’AGES avaient pour objectif de mieux caractériser les effets de la combinaison des pratiques mobilisées en ACS sur le fonctionnement hydrique de différents types de sol du bassin Adour Garonne (sud-ouest de la France). Les mesures ont notamment porté sur l’évaluation de la taille du réservoir utilisable de ces sols et de leur conductivité hydraulique à différents niveaux de profondeur ainsi qu’à différentes dates pour en évaluer la dynamique temporelle.

Les mesures ont été conduites sur sept sites différents localisés dans le Sud du bassin Adour-Garonne. Sur quatre sites, deux parcelles agricoles attenantes ont été choisies, l’une conduite avec labour régulier (au moins un an sur deux), l’autre conduite en ACS depuis au moins 10 ans. Sur les trois autres sites, les mesures ont été réalisées uniquement sur des parcelles en ACS.

Rétention en eau des sols

Les valeurs de RU varient de 43 à 91 mm sur 50 cm de profondeur de sol. Le déterminant principal du RU est le type de sol, les valeurs les plus élevées étant mesurées sur le sol de touyas1 et les boulbènes2, et les plus faibles sur les terreforts3.

Pour les sites 1, 2 et 4, un effet du système de culture est observé avec une augmentation du RU de 5 à 32 % suivant les horizons comparativement aux parcelles en labour, essentiellement entre 0 et 25 cm de profondeur.

Sur l’épaisseur 0-50 cm, ces différences conduisent à une augmentation du RU de 6 mm pour le site 1 et jusqu’à 10 mm pour le site 4. Sur le site 2 en Terres Noires du Béarn (sol de Touyas), les différences entre les deux systèmes de culture sont de 5 mm et sont essentiellement dues à une augmentation sur l’horizon 10-25 cm.

Enfin, sur le site 3, aucune différence entre systèmes de culture n’est identifiée. Il est à noter que sur ce site, le système en ACS comprend du strip till assez profond (25 cm), alors que sur les sites 1, 2 et 4, les cultures en ACS sont semées en direct.

- 1 Les sols de touyas sont des sols noirs humifères de l’extrême sud-ouest de la France (voir le TCS n°90 de Novembre Décembre 2016, page 14).

- 2 Les boulbènes sont des limons battants hydromorphes légers, au pH acide, plus ou moins profonds, avec des galets, posés sur une couche d’argile imperméable. Il s’agit de sols très fragiles, sensibles à la battance et à la reprise en masse.

- 3 Les terreforts désignent des dépôts molassiques fertiles. Le paysage dominant est celui de coteaux et collines agricoles. Ce sont des sols argilo-calcaires lourds, plus ou moins profonds. Ils deviennent plastiques et adhésifs lorsqu’ils sont humides.

Le fonctionnement hydrique d’un sol résulte de la nature intrinsèque de celui-ci et du système de culture. Les résultats obtenus sur le réseau de sites d’étude mettent en évidence que le type de sol conditionne la taille du RU de celui-ci. Les sols de Touyas et les sols limoneux présentent notamment des capacités de rétention en eau plus élevées que les sols argilo-calcaires. Le mode de gestion agricole peut alors permettre de modifier sensiblement ce réservoir. Ainsi, la mise en œuvre des leviers agroécologiques de l’ACS permet le plus souvent d’accroître la taille de ce réservoir avec, dans cette étude, une augmentation de l’ordre de 5 à 19 % sur 0-50 cm d’épaisseur suivant les sols et leur niveau initial de taille de RU.

Il est supposé que ces effets sont principalement associés à l’augmentation des teneurs en carbone organique à la surface des sols qui contribue à retenir l’eau, aux effets induits par cet accroissement en carbone sur l’amélioration de la stabilité structurale et plus largement à une évolution de la microporosité des sols.

La matière organique liée à l’argile contribue à rendre les agrégats du sol plus stables. Une partie de la porosité est réduite en ACS au-delà de 10 cm de profondeur, sans doute du fait que l’absence de travail du sol ne permet pas de restaurer la part de porosité perdue par tassement naturel du sol et par la circulation du matériel agricole.

Le volume de biopores en ACS, est quant à lui globalement conservé sur tout le profil de sol grâce à l’action régénératrice des lombrics et des racines, tandis qu’il se réduit en profondeur sur les sols labourés. Cette redistribution des propriétés structurales contrôle étroitement les flux d’eau dans les sols, ascendants, descendants et latéraux.

La masse volumique apparente varie de 1,27 à 1,74 g/cm3 selon le système de culture, la profondeur et la période de mesure. Le site n’influe pas la masse volumique apparente. D’une manière générale, les valeurs de masse volumique apparente sont plus élevées et moins variables en ACS qu’en système avec labour. Pour les sols labourés, la masse volumique apparente est plus faible après le labour (au printemps pour les sols limoneux), avec une densification identifiée au cours de la saison culturale.

Conductivité hydraulique à saturation et circulation de l’eau dans le sol

Les valeurs moyennes de conductivité hydraulique à saturation4 mesurées sont de 63,2 mm/h en labour et de 157,2 mm/ha en ACS.

Sur les sites 1 à 3, il apparaît que ces valeurs sont en moyenne 2 à 4 fois plus élevées (selon les périodes et les profondeurs) en ACS qu’en labour, et sont plus stables dans le temps. En labour, les valeurs de conductivité hydraulique à saturation sont maximales immédiatement après l’opération de travail du sol, puis diminuent significativement au cours de la saison culturale.

Aucune différence de conductivité hydraulique à saturation n’est identifiée pour les sept sites en ACS. Toutefois, la variabilité des valeurs obtenues est plus importante sur les sols argileux ou argilo-calcaires que celles mesurées sur sols limoneux.

- 4 La conductivité hydraulique traduit la capacité du sol à laisser l’eau s’écouler. Lorsqu’un sol est totalement saturé, tous ses pores sont remplis d’eau. La conductivité hydraulique est alors maximale et est appelée conductivité hydraulique à saturation. Lorsque le sol se dessèche, les pores de plus grand diamètre se vident en premier : l’eau va donc s’écouler dans des pores de diamètres de plus en plus fins lors du dessèchement. L’eau va alors s’écouler de plus en plus difficilement, le flux d’eau est beaucoup plus faible pour un sol sec que pour le même sol humide. Ainsi la conductivité hydraulique est une fonction fortement décroissante de la teneur en eau du sol.

La masse volumique apparente des sols5 est un facteur qui réduit leur perméabilité, mais il apparaît que l’effet lié à la masse volumique est nettement moins marqué en ACS. Cet état de fait résulte vraisemblablement de l’existence de biopores qui permettent la mise en place d’écoulements verticaux en ACS.

Les variations saisonnières ne sont pas significatives pour les parcelles en ACS. En revanche, elles le sont pour les parcelles labourées, avec une diminution de la perméabilité d’environ 40 % entre le printemps (juste après le labour) et l’été, puis une légère augmentation de 15-20 % à l’automne.

Les mesures témoignent de différences importantes entre les deux systèmes de cultures. La teneur en argile est un facteur améliorant la perméabilité en ACS : pour une teneur en argile de 40 %, l’augmentation de la perméabilité est d’environ 35 % plus élevée en ACS qu’en labour. La formation d’agrégats, liée à la présence d’argile, conduit à la formation d’un domaine poral interagrégats par lequel l’eau transite plus facilement ; or l’importance et la pérennité de ce domaine poral favorable aux écoulements dépendent de la stabilité des agrégats qui est elle-même le résultat de liaisons organo-minérales stables. Cet effet est contrebalancé en profondeur : à 10 cm, la perméabilité des sols en ACS est diminuée de 77 % en moyenne, sans doute parce que l’absence de travail du sol ne permet pas de restaurer la part de porosité perdue par tassement naturel du sol et surtout par la circulation du matériel agricole. Lorsque le sol n’est pas à saturation, la circulation d’eau en profondeur est donc assez fortement entravée dans les sols en ACS.

- 5 La masse volumique apparente rend compte de la masse de sol contenue dans un volume donné, comprenant le volume d’air interstitiel.

Bien que les opérations mécaniques, et en particulier le labour, aient pour objectif d’aérer le sol en créant des macropores, conduisant à des valeurs de densité apparente faibles et des capacités d’infiltration élevées post-travail du sol, les effets sont transitoires et assez rapidement, en lien avec une reconsolidation (ou redensification) du milieu, les effets bénéfiques du travail du sol sur l’infiltration de l’eau sont perdus.

Les valeurs de perméabilité hydraulique à saturation mesurées en système ACS sont très élevées, dépassant la plupart du temps 100 mm/h, ce qui pourrait laisser penser que ces systèmes ne sont pas générateurs de ruissellement. En fait, il n’en est rien. L’eau pénètre dans les porosités verticales et s’infiltre dans le sol précisément lorsque le ruissellement se met en place. Les porosités jouent alors le rôle de drains et court-circuitent en partie la circulation de l’eau dans les horizons de surface. Pour autant, le volume de ces porosités est limité : si l’on considère, au vu des mesures réalisées, qu’elles représentent 2 % du volume du sol sur environ 50 cm de profondeur, cela correspond à un volume d’à peine 10 l/m². Au-delà de cette valeur, en l’absence de drainage profond, et après que ce volume a été rempli, l’excédent d’eau est amené à circuler dans les espaces interagrégats et à diffuser par capillarité au sein même des agrégats. Or dans les systèmes non-labourés, ces agrégats présentent des propriétés hydrophobes qui réduisent fortement les flux d’eau interagrégats et intra-agrégats. Il en résulte deux conséquences possibles :

- si les porosités sont connectées à un système de drainage, l’excédent d’eau qui transite à travers ces biopores est rapidement évacué par voie souterraine compte tenu de l’écoulement préférentiel.

- en l’absence de drainage profond, l’excédent d’eau ne peut plus s’infiltrer dans un sol dont les voies d’écoulement préférentielles sont saturées et dont l’essentiel du volume disponible pour la rétention présente en réalité une accessibilité limitée. Il s’ensuit que les sols en ACS sont également susceptibles de générer du ruissellement, comme l’attestent des bilans hydrologiques d’entrée/sortie déduits des mesures de pluie (ou d’irrigation) et des mesures de variations de stock d’eau dans le sol par des sondes capacitives.

Notons par ailleurs que les couverts végétaux, habituellement utilisés en ACS, agissent également sur la vitesse d’infiltration de l’eau. Un essai conduit par Arvalis à Écardenville-la-Campagne (27) en limon profond depuis 2020, montre que les couverts ont tendance à augmenter l’infiltration de l’eau dans le sol : dans cet essai, la durée d’infiltration de 10 mm d’eau est, en régime stable, améliorée de + 36 %.

Développement racinaire du maïs

Sur les sites 1, 2 et 3, des observations du développement racinaire du maïs ont été réalisées en 2017, 2018 et 2019. Ces observations ont été réalisées à partir de la floraison (autour de mi-juillet), période où le développement végétatif de la plante est maximal, et jusqu’au début de la sénescence du maïs.

Sur chaque parcelle, trois petites fosses, de 60 cm de large et 60 à 80 cm de profondeur (en fonction des sols), ont été ouvertes afin d’évaluer la densité racinaire, la profondeur du développement racinaire du maïs, et d’identifier d’éventuels obstacles à ce développement.

Des différences de comportement apparaissent selon les sites. Sur le site 1, la prospection racinaire du maïs atteint le fond du profil de sol en ACS (60 cm) alors qu’elle est principalement limitée à l’horizon labouré (25 cm) sur la parcelle labourée. Sur le site 2, les racines du maïs descendent à une profondeur de 50 cm en labour et légèrement plus profondément en ACS (70-80 cm), notamment en empruntant les nombreuses galeries de vers de terre identifiées dans les profils. Sur le site 3, les racines du maïs en système labouré ont un comportement similaire à celui identifié sur le site 1 et colonisent essentiellement l’horizon labouré, de très rares racines prospectant l’horizon sous-jacent (pour une profondeur maximale identifiée à 55 cm). Sur le système en ACS de ce site, les racines se développent principalement dans l’horizon travaillé en strip till et descendent également plus en profondeur pour atteindre, comme en labour, environ 55 cm. Il est à noter que les profils de prélèvement d’eau par les racines, déduits des suivis de profils d’humidité du sol, suggèrent une meilleure exploitation des premiers centimètres de sol en ACS, et une tendance à prélever l’eau plus profondément en système labour pour contrebalancer l’assèchement de la surface du sol induite par le travail du sol et l’absence de mulch en surface. Il faut également noter que les racines suivent la fertilité. C’est donc logique qu’une bonne partie reste en surface dans les modalités ACS, où se situe une grande partie de la fertilité.

Les systèmes de culture mis en œuvre conditionnent ainsi également le développement racinaire des plantes cultivées. Dans cette étude, les racines de maïs se développent à des profondeurs au moins équivalentes et le plus souvent plus importantes en agriculture de conservation des sols qu’en système labouré, malgré des valeurs de densité apparente du sol souvent plus élevées. Les observations réalisées dans des fosses mettent en évidence que les racines empruntent largement les galeries d’origine biologique, abondantes en ACS. La conséquence est que le RU du sol est mieux prospecté par les racines et, en combinaison des effets déjà décrits d’une augmentation de la taille de ce réservoir et des capacités d’infiltration du sol laissant envisager une dynamique de recharge améliorée, la valorisation de l’eau (de pluie ou d’irrigation) en ACS est très probablement supérieure à celle de sols cultivés en labour. Les conséquences de ce différentiel de développement racinaire sur le potentiel de stockage de carbone dans les sols, via la rhizodéposition, mériteraient également d’être investiguées.

En conclusion

Les travaux conduits par l’INRAE, Arvalis et leurs partenaires avaient pour objectif de quantifier les effets de différents systèmes de culture en agriculture de conservation des sols ou en labour sur le fonctionnement hydrique de différents types de sols du bassin Adour-Garonne. Les résultats obtenus montrent qu’après plusieurs années de mise en œuvre de leviers agroécologiques visant notamment à stocker du carbone dans les sols et à limiter les perturbations mécaniques, les capacités de rétention en eau sont sensiblement améliorées mais surtout que les capacités d’infiltration, et donc de recharge du réservoir utilisable des sols, sont significativement accrues et plus stables dans le temps. Ces effets majeurs, associés à une prospection racinaire équivalente ou supérieure en ACS, laissent entrevoir une meilleure valorisation de l’eau comparativement aux systèmes labourés, ce qui peut revêtir un intérêt important dans une perspective d’adaptation des systèmes de culture aux effets du changement climatique et de contribution de ces systèmes à l’atténuation de ces effets.

Les modifications de propriétés structurales du sol affectent directement la perméabilité hydraulique, les propriétés mécaniques et les propriétés de rétention. Les implications fonctionnelles en ACS sont nombreuses :

1 - La réduction de la perte d’eau et de l’érosion hydrique en ACS :

- Moindre sensibilité à la battance et moindre perte d’eau par ruissellement, du moins pour les pluies intenses de faible durée.

- Meilleure stabilité structurale des agrégats et moindre propension à l’érosion hydrique.

2 - Des modifications de la connectivité hydraulique :

- Meilleure connectivité verticale en ACS via la porosité biologique qui tend à court-circuiter les horizons de surface et à favoriser les remontées de nappes perchées lorsque la circulation de l’eau dans le sous-sol est entravée par un horizon argilluvial6. La meilleure connectivité verticale et la moindre propension à l’anoxie racinaire peuvent contribuer à améliorer la croissance des plantes en permettant une meilleure aération et une meilleure distribution des nutriments dans le sol.

- Moindre infiltration latérale de l’eau en ACS parce que le labour crée des fissures parallèles (cisaillement) au sens de travail du sol qui améliorent la perméabilité latérale par rapport à un sol qui n’est pas labouré ; cela peut se traduire par des hétérogénéités de croissance en ACS sur les parcelles drainées dont les espaces inter-drains tendent à rester engorgés plus durablement.

3 - Les conséquences sur les propriétés hydriques du sol :

- Moindre capacité à absorber ou désorber l’eau par les agrégats du sol en ACS en raison des propriétés hydrophobes que leur confère la matière organique qui les enrobe : il en résulte une moindre capacité de captation du flux d’eau vertical par les porosités.

- Moindre propension à l’anoxie racinaire en ACS en raison d’une bonne connectivité verticale qui assure une bonne diffusion de l’oxygène dans tout le profil de sol alors que des engorgements peuvent apparaître dans un sol labouré ne bénéficiant pas d’une porosité d’origine biologique.

4 - Les conséquences sur la fertilité du sol :

- Augmentation de la disponibilité des éléments nutritifs pour les plantes grâce à la meilleure structure du sol.

- Diminution des risques de compaction du sol (même si celui-ci est généralement plus dense qu’en sol travaillé), ce qui permet aux racines de mieux se développer et de mieux prélever les éléments nutritifs.

5 - Les conséquences sur les pratiques agricoles :

- Amélioration de l’efficacité des pratiques culturales en ACS (semis, fertilisation, etc.) grâce à une meilleure homogénéité de la structure du sol et à une meilleure diffusion des éléments nutritifs et de l’eau.

- Bien que les opérations mécaniques, et en particulier le labour, aient pour objectif d’aérer le sol en créant des macroporosités, conduisant à des valeurs de densité apparente faibles et des capacités d’infiltration élevées post-travail du sol, les effets sont transitoires et, assez rapidement, en lien avec une reconsolidation (ou redensification) du milieu ; les effets bénéfiques du travail du sol sur l’infiltration de l’eau sont perdus.

- 6 Un horizon argilluvial est un horizon non formé en surface, caractérisé par une accumulation de matières (essentiellement des particules argileuses) par rapport aux autres horizons du profil. L’enrichissement se fait par entraînement depuis un horizon (dit éluvial) situé juste au-dessus ou en amont sur le versant.

Les résultats obtenus dans le sud-ouest de la France sont certainement extrapolables dans d’autres régions agricoles. Ainsi, à Geispitzen (68) dans le Sundgau alsacien, Arvalis, l’Association pour la relance Agronomique en Alsace (ARAA) et Syngenta avaient expérimenté l’impact des TCS sur le ruissellement et le transfert de résidus de produits phytopharmaceutiques appliqués en monoculture de maïs. Les TCS ont permis de réduire de 96 % les volumes de ruissellements au cours du printemps 2006. Cette efficacité est confirmée par les observations sur le terrain puisque les débris végétaux présents en surface ont permis de retarder la formation d’une croûte de battance jusqu’au 19 juin 2006 alors qu’elle était apparue dès le 23 mai 2006 sur les parcelles labourées. Ainsi, les transferts d’herbicides appliqués sur maïs ont été réduits de 77 % par rapport au témoin labouré.

En Bourgogne Franche-Comté, Alliance BFC a expérimenté l’impact des couverts et de l’intensité du travail du sol sur le potentiel hydrique (plus le potentiel hydrique est élevé, plus les cultures ont du mal à capter l’eau du sol). Sur deux années de mesure, le SD obtient des potentiels hydriques plus faibles que le labour. Ainsi, en SD, et cela se voit nettement en été, la culture est moins soumise au stress hydrique. Pour ce qui concerne l’absence ou la présence d’un couvert en interculture, l’impact sur le potentiel hydrique s’avère variable en SD. En revanche, en système avec labour, une différence statistique est observée : le potentiel hydrique moyen sans couvert préalable est supérieur (+ 11 % en 2022/2023) à la situation avec couvert préalable. Ainsi, en labour, le couvert permet d’atténuer le risque de stress hydrique (voir le TCS n°127 de mars-avril-mai 2024, pages 12 et 13).

Les systèmes agricoles jouent un rôle important dans les flux d’eau à l’échelle des territoires. Dans un contexte de changement climatique pouvant conduire à une raréfaction de la ressource en eau, alors que certaines régions sont déjà déficitaires comme le Sud-Est et le Sud-Ouest de la France7, même si le bénéfice est loin de compenser un déficit de pluviométrie de plusieurs dizaines de millimètres8, les systèmes en agriculture de conservation des sols ont une carte à jouer, eux qui améliorent des caractéristiques du sol bénéfiques à l’utilisation de l’eau par les cultures, qui permettent une meilleure gestion de l’eau et améliorent la résilience des cultures face aux impacts du changement climatique : ruissellement et érosion réduits, infiltration et la rétention de l’eau dans le sol accrus…

- 7 Le sud et la partie intermédiaire du pays deviennent plus chauds et plus secs. Ainsi, la région de Montpellier est passée en zone climatique semi-aride. Dans la plaine du Languedoc, la dégradation du bilan hydrique des sols due à l’augmentation de l’évapotranspiration est telle que nombre de cultures qui se faisaient en sec il y a quelques années ne peuvent plus se concevoir sans un apport modéré en eau.

Quant à la Beauce, première région irriguée de France, elle recourt au moins deux années sur cinq à une irrigation d’appoint pour les céréales (40 à 70 mm/an) ; l’irrigation sert d’assurance récolte et qualité (taux protéique des blés). Environ la moitié de la sole irriguée est consacrée aux cultures de diversification (pommes de terre, légumes) ainsi qu’aux semences. Avec le changement climatique, l’agriculture irriguée de cette région devra vraisemblablement s’adapter.

- 8 D’après Arvalis, en sol superficiel, le déficit peut atteindre 200 mm dans les années les plus sèches ; en sol moyennement profond, le déficit hydrique le plus fréquent atteint 100 mm.

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