Aller au contenu principal

Le mini-profil 3D, un outil simple pour ausculter la structure de son sol

Facile à réaliser et à interpréter, le mini-profil permet d’observer la structure du sol à hauteur d’homme. Depuis quinze ans, les agriculteurs et les techniciens l’utilisent pour diagnostiquer leurs structures, confirmer le bien-fondé de leurs pratiques ou décider d’une éventuelle intervention de fissuration.

<em class="placeholder">Mini-profil de sol dans le Jura</em>
Mini-profil réalisé en 2018 dans la plaine jurassienne (limon argileux profond à 20 % d’argile), chez un agriculteur qui débutait en SD après une dizaine d’années en TCS (avec peu de couverture du sol en interculture jusque-là). Ce sol était alors en cours de restructuration : malgré un tassement en profondeur, il est très fissuré, la colonisation racinaire est notable. Indubitablement, le couvert contribue à améliorer la structure.
© N. Fontaine

Nicolas Duboust, agriculteur dans l’Orne, et Éric Perronne, agriculteur dans la Sarthe, ont inventé le mini-profil début 2010. Alors qu’ils faisaient un tour de plaine chez Éric, les deux compères ont souhaité regarder la structure d’une parcelle en non-labour depuis 1995. Ne parvenant pas à faire pénétrer une bêche, Éric a planté la fourche télescopique dans le sol. Une fois le bloc de terre soulevé à hauteur d’homme, Nicolas a aussitôt constaté l’intérêt de regarder directement ce bloc plutôt que de creuser davantage pour faire un profil.

De fait, en procédant ainsi, il devient possible et facile à tout agriculteur d’observer la structure de son sol, sans recourir à un profil structural, complexe et chronophage. Somme toute, c’est une sorte de test bêche à plus grande échelle, plus profond et guère plus compliqué à mettre en œuvre. Le bloc de terre étant ensuite reposé là où il a été extrait, sans bouleversement des horizons, la méthode n’est pas destructrice.

<em class="placeholder">Mini-profil de sol limoneux caillouteux</em>
À Virieu (Isère) chez Guillaume Revol. Sol limoneux (10 à 15 % d’argile) avec beaucoup de cailloux, en non labour depuis 2010 avec couverture du sol en interculture et apports d’effluents d’élevage. Sur cette parcelle, la rotation est 2 ou 3 maïs ensilage / blé/colza/blé. Le fond de travail du sol par la charrue express (avant maïs, mais de moins en moins utilisée) est visible. Si cet outil bouleverse les horizons, nous remarquons qu’il n’a pas créé de semelle, il y a même une bonne transition entre les horizons. Malgré ce brassage et malgré l’inévitable circulation sur les parcelles de cet élevage de bovins lait (ensilage du maïs, exportation de la paille de blé, épandeur à fumier, tonne à lisier), la structure est belle, la terre est grumeleuse avec des agrégats, sans présence de tassement. La colonisation racinaire est bonne. Nous notons également une bonne bioturbation par les endogés, ainsi que la présence de fissures. S’il est raisonnable de semer de plus en plus souvent en direct, le mini-profil, réalisé régulièrement, permettra de s’assurer que la circulation sur les parcelles ne cause pas de tassement. © L. Masson

De retour sur son exploitation, Nicolas s’est empressé de réaliser le deuxième mini-profil de l’histoire. Il a ensuite décrit cette expérience sur le forum de discussion Agricool, la dénommant, non sans malice, « méthode Pépone », selon le pseudonyme d’Éric sur ce forum. Compte tenu de son intérêt et de sa simplicité, ce procédé a immédiatement séduit les agriculteurs de ce réseau. Ils y ont trouvé la capacité à observer facilement la structure de leurs parcelles, en autonomie et autant que nécessaire. Le mode opératoire s’est alors rapidement répandu en France, en Belgique et en Suisse.

Au même moment, Vincent Tomis, agronome d’Agro-Transfert ressources et territoires, cherchait un moyen rapide de diagnostic de la structure de champs où se succèdent pommes de terre, betteraves sucrières et légumes industrie. Ces cultures typiques des Hauts-de-France sont très exigeantes en termes de qualité de structure, mais les méthodes et conditions de récolte, notamment avec le climat local et des arracheuses et débardeuses de plus en plus lourdes, peuvent conduire à une forte dégradation de la structure, nécessitant plusieurs années avant d’être restaurée (voir le TCS 133 page 4).

Vincent s’est alors emparé de la « méthode Pépone », l’appliquant en routine dans ses travaux, affinant petit à petit le procédé et le diagnostic, et publiant un guide méthodique en 2017. Ce procédé, fiabilisé et validé scientifiquement, a pris le nom de mini-profil 3D. Il s’inscrit désormais dans un ensemble de méthodes simples de diagnostic de la structure du sol, avec la tige pénétrométrique et le test bêche, à la portée de tous les agriculteurs et techniciens.

L'interculture d'automne, période privilégiée pour le mini-profil

Un bloc de sol est prélevé avec les fourches d’un télescopique ou d’un chargeur frontal.

Le prélèvement peut être réalisé toute l’année, mais l’observation de la structure est plus aisée lorsque le sol est légèrement humide. La période privilégiée est en interculture à l’automne, pour une prise de décision sur le travail du sol. Le prélèvement est également possible après un chantier contraignant pour la structure, afin d’observer l’effet des passages de roues, ainsi qu’au printemps pour observer l’enracinement des cultures.

Il est préconisé d’effectuer un premier prélèvement perpendiculairement au sens de travail du sol, sur une zone représentative de la parcelle (éviter les fourrières et les zones de débardage) ou centré sur un passage de roue pour évaluer l’effet du trafic. Ensuite, effectuer au moins un second prélèvement en décalé par rapport au premier, pour couvrir la variabilité latérale de la structure du sol. Si le second prélèvement est notablement différent du premier, effectuer un troisième prélèvement.

Repérer les zones de rupture de continuité structurale

Une fois le bloc de sol prélevé, il est possible de distinguer les horizons de travail du sol et leurs profondeurs (par exemple, horizon déchaumé, horizon décompacté, dernier labour, labour le plus profond), en repérant les zones de rupture de continuité structurale. Ensuite, il convient d’analyser les transitions entre les horizons : lissage marqué (entraînant un défaut d’enracinement à ce niveau, par exemple, une semelle de labour ou de déchaumage), présence d’un lissage tout de même traversé par les racines et les anéciques, ou encore pas du tout de discontinuité entre les horizons.

Lorsqu’une culture ou un couvert est en place, l’observation de l’enracinement et de la forme des racines permet de compléter l’évaluation de la structure : racines coudées liées à des obstacles à l’enracinement, racines en « arête de poisson » dans les fissures ou racines en manchon dans les galeries de vers de terre, traduisant des voies de colonisation préférentielles, ou une ample colonisation racinaire en profondeur.

Etudier les différentes mottes

Une fois les horizons distingués, il convient de prélever des mottes dans chaque zone homogène et de les observer.

Une motte compacte, sans porosité visible, résulte d’un tassement sévère. Il n’y a pas ou très peu de racines dans la motte. La rupture des mottes à la main est difficile. Le faciès de rupture des mottes est lisse.

Une motte compacte se régénère naturellement par fissuration liée au climat et par la bioturbation. Les racines sont alors localisées dans les plans de fissuration ; la rupture des mottes est facile dans les plans de fissuration, le faciès de rupture est lisse. La bioturbation est la régénération d’une zone tassée par les vers de terre ; elle se traduit par la présence de macropores et de déjections fraîches ; les racines se localisent alors dans les galeries des vers de terre.

Un tassement modéré se traduit par des mottes sans porosité visible, mais tout de même assez faciles à casser à la main. Le faciès de rupture est peu rugueux.

Les mottes friables, très poreuses, contiennent en majorité des agrégats biologiques. Ces mottes sont colonisées par les racines. La rupture de ces mottes à la main est très facile, le faciès de rupture est rugueux.

Facile à mettre en œuvre (avec la possibilité de prélever un bloc de sol même quand il est sec) à condition de disposer d’un télescopique ou d’un chargeur frontal, le mini-profil 3D permet à l’agriculteur d’évaluer l’état structural dans les différents horizons (travaillés et non travaillés), jusqu’à 70 cm de profondeur. Il facilite la prise de décision pour remédier à un problème de tassement (déchaumage profond, décompactage). L’identification des causes des tassements ou des lissages observés permet de corriger les pratiques et d’éviter de générer de nouveaux tassements à l’avenir.

Du fait de la faible largeur d’observation, il est recommandé d’effectuer au minimum deux prélèvements pour émettre un jugement pertinent sur la structure de la parcelle.

avec Vincent Tomis, Agro-Transfert ressources et territoires

Les méthodes de diagnostic de la structure du sol

- La bêche permet un diagnostic rapide sur les 25 premiers centimètres. La prise en main et l’interprétation sont rapides. Les prélèvements sont possibles dès que l’humidité du sol permet d’enfoncer la bêche.

- La tige pénétrométrique permet de détecter des problèmes de tassements profonds (jusqu’à 80 cm de profondeur). Elle est très facile à mettre en œuvre et à interpréter, et permet un diagnostic en de nombreux points de la parcelle. La période d’observation va de décembre à début avril.

- Le mini-profil 3D offre un diagnostic plus détaillé de la structure du sol en surface et en profondeur. Il renseigne sur le type de porosité et sur les différents horizons (couche travaillée et non travaillée). Sa mise en œuvre et son interprétation demandent un peu d’entraînement mais sont à la portée des agriculteurs. Il peut être réalisé toute l’année, les périodes privilégiées sont l’automne et la sortie d’hiver.

- Le profil cultural permet un diagnostic complet de la structure, sur une profondeur importante. Il est très lourd à entreprendre. Il peut être réalisé toute l’année, les périodes privilégiées sont l’automne et la sortie d’hiver.

Des années de bonnes pratiques permettent d’améliorer la structure du sol

À Montadet dans le Gers, Jean et Cyril Hamot sont en ACS depuis 2007 (voir le TCS n°128).

Le sol de cette parcelle est une boulbène, un limon battant hydromorphe très fragile, sujet à la battance et à la reprise en masse, qui gagne vraiment à être couvert et à ne plus être travaillé. Ce type de sol ne se restructure naturellement que très lentement.

La teneur en argile (17 à 18 % d’argile) fait que ce sol ne fissure pas beaucoup en été, d’autant que le maïs et le soja, cultivés dans une rotation maïs grain/orge puis soja dérobé ou maïs grain/blé tendre, sont irrigués. Les intercultures entre blé et maïs sont couvertes.

<em class="placeholder">Mini-profil de sol en boulbènes avec besoin de restructuration</em>
Voilà une dizaine d’années, la structure était ferme avec un peu de tassement : faces de rupture très lisses, peu de porosité visible, peu d’action des vers de terre endogés (sauf dans les cinq premiers centimètres), quelques racines en arêtes de poisson. Mais tout de même beaucoup de fissures et de galeries de vers de terre anéciques qui permettent un bon enracinement du couvert. La structure est meilleure sous l’horizon anciennement travaillé. Pas de problème pour cultiver du blé, passable pour de l’orge, un décompactage serait par contre opportun avant de semer une légumineuse © Jean Hamot

<em class="placeholder">Mini-profil de sol en boulbènes après restructuration.</em>
En octobre 2025, dans la même parcelle, la structure est bien meilleure (bien que le mini-profil ait été réalisé sous l’emplacement du tas de chaux qui vient d’être épandue). Malgré un travail du sol très superficiel (disquage exceptionnel cet été entre la récolte du blé et le semis du couvert pour lutter contre quelques adventices), il y a une très forte bioturbation en surface. La colonisation racinaire est très bonne. L’ancien tassement est encore visible mais a très bien évolué avec de nombreuses fissures et de galeries d’anéciques. © Jean Hamot

Comparaison de deux parcelles voisines

Mini-profils réalisés en mars 2014 dans deux parcelles voisines de Saint-Branchs (Indre-et-Loire). Le sol est un limon battant hydromorphe (12 à 15 % d’argile), très peu profond (20 à 30 cm), sur une couche d’argile.

<em class="placeholder">Mini-profil de sol en limons battants après 5 ans de SD</em>
Ici, chez Fabien Labrunie après cinq ans de SD et de couverture du sol : belle structure bien que ferme, pas de tassement visible. Nombreuses galeries d’anéciques et bioturbation par des endogés. Deux anciens horizons de travail du sol sont distingués. © Fabien Labrunie

<em class="placeholder">Mini-profil de sol en limons battants en labour</em>
Ici, la parcelle voisine d’un ami agriculteur, à l’époque en labour. Le fond de labour, qui est aussi le labour le plus profond sur la parcelle, est bien observable (changement de couleur juste en dessous). Structure correcte en surface, du tassement visible sur l'horizon labouré non repris. Il semble également y avoir du tassement dans le haut de l'horizon pédologique. Cette parcelle est désormais conduite en ACS. © Fabien Labrunie

<em class="placeholder">Tassement profond observé sur mini-profil de sol</em>
L'encadré fait office de légende © Vincent Tomis

Le mini-profil 3D, un outil de diagnostic de la structure

Le mini-profil permet de diagnostiquer l’état structural en profondeur pour évaluer la nécessité d’un travail de restructuration mécanique et sa profondeur.

La photo ci-dessus montre un tassement profond, observé entre 22 et 33 cm de profondeur dans un sol limoneux (17 % d’argile), dans une exploitation cultivant des céréales, des oléoprotéagineux et des betteraves.

Il s’agit d’une parcelle en non-labour depuis environ dix ans, sans travail du sol à plus de 22 cm de profondeur. L’horizon lié à un ancien labour à 33 cm de profondeur est également observé sur le mini-profil.

Sous ce blé de colza, le tassement profond remonte probablement à la récolte des betteraves cultivées trois ans auparavant. La zone tassée n’est encore que modérément fissurée (du fait de la faible teneur en argile). Elle est un peu perforée par des galeries d’anéciques (moins de 400 galeries/m2 sur un plan horizontal), mais pas encore suffisamment pour la régénérer. Il y a très peu de bioturbation par les endogés.

Le potentiel de régénération naturelle est faible, compte-tenu de la faible teneur en argile et du peu de bioturbation en profondeur pour le moment. Des pois, culture sensible au tassement, sont prévus après le blé. En conséquence, une restructuration mécanique profonde par décompactage, jusqu’à 33 cm de profondeur, est recommandée avant le semis des pois.

Pour éviter un nouveau tassement lors de la prochaine récolte de betteraves, il est préconisé de moins remplir la trémie de l’intégrale et de la vider plus régulièrement afin de limiter le poids par essieu.

Les plus lus

<em class="placeholder">Ver de terre et cocon</em>
Glyphosate et vers de terre : que disent les données ?
À l’occasion des discussions sur le renouvellement d’autorisation du glyphosate pour dix ans fin 2023, de nombreux chercheurs…
<em class="placeholder">Semis direct de maïs dans un couvert de féverole. </em>
Agriculture de conservation : « Nous utilisons quatre solutions de semis pour toujours pouvoir semer »

Sur la ferme de Jean et Cyril Hamot, l’aventure ACS a commencé « d’un coup » avec l’abandon de la charrue …

<em class="placeholder">Le mulchage de surface est aujourd’hui en ABC une des pratiques les plus répandues et maîtrisées. Elle permet de sortir d’un couvert ou de résidus enherbés sans ...</em>
Frédéric Barbot en Indre-et-Loire : Un pionnier de l’agriculture biologique de conservation

Avec quinze ans de recul en agriculture biologique de conservation, la ferme de Frédéric Barbot est une référence en la…

<em class="placeholder">Essai envahi par du ray-grass</em>
Agriculture bio : une traque aux innovations dans quatre régions pour réduire le travail du sol

De nombreuses pratiques visant à minimiser le recours au travail du sol en agriculture biologique peuvent être inspirantes…

<em class="placeholder">Sanglier</em>
Pigeons, corvidés et sangliers : quels leviers combiner pour faire face à ces bioagresseurs ?

Il est de ces espèces que tout agriculteur préférerait ne pas voir dans ses cultures. Après leur passage, pigeons, corneilles…

<em class="placeholder">En quelques décennies, on aurait perdu plus de 50 % de la matière organique des sols alors même que toutes les propriétés et les fonctions des sols sont ...</em>
Concilier agriculture et biodiversité : la solution passe par le sol

La biodiversité est l’œuvre de millénaires d’agriculture. Une autre agriculture, post-Seconde Guerre mondiale, la détruit…

Publicité
Titre
Je m'abonne
Body
A partir de 72€/an
Liste à puce
Accédez à tous les articles du site Réussir lait
Profitez de l’ensemble des cotations de la filière Réussir lait
Consultez les revues Réussir lait au format numérique, sur tous les supports
Ne manquez aucune information grâce aux newsletters de la filière laitière