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Les solutions pour récupérer de l’eau de pluie

Récupérer les eaux de pluie est une pratique de plus en plus courante dans le monde agricole. Plusieurs solutions de stockage sont proposées sur le marché.

<em class="placeholder">Citerne souple sur une exploitation de grande culture</em>
L'eau de pluie peut être valorisée pour de multiples usages sur une exploitation : irrigation, lavage du matériel, traitements phytosanitaires, abreuvement...
© Labaronne Citaf

Les agriculteurs sont de plus en plus demandeurs de solutions de récupération d’eau de pluie (citernes souples, citernes dures aériennes ou enterrées). Les raisons de ce gain d’intérêt sont multiples. "Il y a plusieurs cas de figure derrière ces investissements, explique Pacôme Barthélémy, directeur commercial de Duraplas, fabricant de solutions de stockage d’eau, de GNR et d’engrais liquide. Chez les céréaliers, cela peut être le besoin d’avoir de l’eau disponible tout de suite en grande quantité. Comparativement au réseau d’eau potable où le temps de remplissage un pulvérisateur peut demander 35 à 40 minutes dans certaines situations, il est réduit à une dizaine de minutes. En élevage, on constate aussi des coupures d’eau du réseau pendant l’été ou un forage qui donne moins, à une saison où les besoins en eau pour les animaux sont les plus importants."

Des aides jusqu’à 60-70 %

<em class="placeholder">Citerne souple sur une exploitation de grande culture</em>
Economique, la citerne souple a une emprise au sol importante. © Labaronne Citaf
La raison peut également économique. En constante augmentation, le coût de l’eau du réseau pèse de plus en plus sur les charges des agriculteurs, variant de 2 euros à plus de 7 euros le mètre cube. "C’est d’autant plus vrai pour les éleveurs bovins. Un élevage avec une centaine de vaches laitières, c’est 3 500 à 4 000 mètres cubes d’eau par an, illustre Pacôme Barthélémy. Récemment, j’ai été sollicité par un éleveur, consommant annuellement 4 500 mètres cubes, à qui on a annoncé une augmentation 75 centimes du prix du mètre cube." Dans ce contexte, l’investissement dans un équipement de récupération d’eau de pluie se justifie rapidement, ceci d’autant plus qu’il est possible d’obtenir de décrocher des aides nationales ou locales qui, dans le meilleur des cas, peuvent participer à hauteur de 60-70 % de l’investissement. N’hésitez pas à solliciter les chambres d’agriculture, les DDT, les agences de l’eau et les syndicats d’eau locaux pour connaître ce à quoi vous pouvez prétendre.

Des utilisations diverses de l’eau de pluie

En agriculture, les principales utilisations de l’eau de pluie se résument au nettoyage des équipements, aux traitements phytosanitaires, à l’abreuvement des animaux et à l’irrigation, notamment en maraîchage.

Exploitée pour les traitements phytosanitaires, l’eau de pluie est une eau déminéralisée, qui ne présente donc pas de dureté. "Cela dispense de l’ajout de sulfate d’ammonium au glyphosate, qui est la seule substance active sensible à la dureté de l’eau", explique Benjamin Perriot, ingénieur agronome à Arvalis. Le pH de l’eau de pluie oscille généralement entre 5 et 6, mais peut descendre en dessous à proximité de zones industrielles ou se rapprocher de 7 près de la mer. "Dans tous les cas, les co-formulants présents dans tous les produits phytosanitaires sont là pour rééquilibrer le pH et atteindre le pH de demi-vie optimal de la substance active", rassure Benjamin Perriot.

Utilisée pour le lavage des matériels, l’eau de pluie ne nécessite aucun traitement particulier si ce n’est une filtration fine, pour, de la même façon que pour un pulvé, éviter les phénomènes de bouchage, notamment avec le nettoyeur haute pression. En revanche, pour le lavage des équipements liés à l’alimentaire (circuit du lait dans une installation de traite par exemple), un traitement hygiénisant au chlore et/ou par UV.

Ce même traitement est recommandé pour l’abreuvement des animaux, notamment dans les exploitations avicoles survolées par d’autres espèces d’oiseaux, auquel il faut ajouter une station de reminéralisation de l’eau. Compter autour de 20 000 euros (tarif variable selon la nature de l’eau, le dimensionnement de l’installation, les besoins des animaux) pour une installation de ce type. Même s’il se rentabilise sur la durée, ce tarif peut dissuader. Bon nombre d’élevages réduisent leurs coûts en eau potable du réseau en utilisant l’eau de pluie sur toutes les applications autres que l’abreuvement.

Trois types de stockage de l’eau

Pour le stockage d’eau de pluie en agricole, on rencontre trois types de stockage : les citernes souples, les citernes rigides aériennes et les citernes enterrées.

Les premières constituent la solution la plus économique pour stocker de l’eau. Compter entre 1 000 et 2 000 euros pour une citerne souple de 25 m3. "Il n’y a pas d’air à l’intérieur et la toile est opaque, ce qui empêche le développement des algues qui pourraient boucher les filtres du pulvé ou du nettoyeur haute pression", explique Aymeric Bonin, de la société Labaronne-Citef, pionnière dans les citernes souples, qui insiste également sur le traitement anti-UV de la toile pour la longévité, qui peut atteindre 15, voire 20 ans. "Résistant aux températures de -30 à + 70 °C, ces installations sont aussi simples et économiques à mettre en place, poursuit-il. Il faut compter un délai d’un à deux mois entre la commande et la livraison. L’installation peut être réalisée par l’agriculteur lui-même, aidée de 1 à 10 personnes, selon la dimension de la citerne. La préparation de l’emplacement se limite à une mise à niveau du sol soignée du sol, pour ne pas que la citerne ne roule." Certains agriculteurs l’enterrent légèrement dans une cuvette artificielle. Éventuellement, une petite couche de sable évite les risques de perçage de la toile par des pierres. Son emprise au sol en termes de surface peut amener les agriculteurs à la placer à distance des bâtiments. Un terrassement pour enterrer les conduites entre les collecteurs de gouttière et la citerne est à prévoir.

<em class="placeholder">Citerne souple grillagée</em>
Clôturer la citerne souple prévient de potentielle dégradation par le gibier ou des gros animaux en divagation. © L. Vimond
Il peut être conseillé aussi de réaliser une clôture, une fois la citerne mise en place, afin d’empêcher les animaux de la ferme ou le gibier de monter dessus et de l’abîmer. "Après, s’il y a des trous, il y a des kits de réparation, soit des patchs de tissus avec de la colle, soit des systèmes stop fuite pour des trous jusqu’à 17 cm, rassure Aymeric Donin. Et pour des trous de plus grande dimension, nous pouvons intervenir sur place."

La cuve aérienne joue la carte de la flexibilité

<em class="placeholder">Cuve de récupération d&#039;eau de pluie Duraplas</em>
Les cuves aériennes occupent un emplacement au sol limité. © Duraplas
Autre solution de stockage, les cuves aériennes. Ces cuves rotomoulées en polyéthylène sont généralement imputrescibles et traitées anti-UV. "Il y a deux types de plastique, avertit Pacôme Barthélémy. Le plastique mélangé à sec est réalisé à partir de billes blanches et de colorant et peut ponctuellement laisser passer la lumière. Nous utilisons du polyéthylène teinté dans la masse qui assure une opacité complète, pour empêcher les algues de se développer." Nécessitant une surface bétonnée pour être posée, elle se manipule assez facilement - une cuve de 25 mètres cubes avec des parois de 2,3 cm pèse 600 kg - à l’aide d’un chargeur télescopique et se prête donc bien aux changements d’organisation et aux agrandissements. "Ce n’est pas le cas avec une citerne souple, prévient Pacôme Barthélémy. Une fois posée, il est quasiment impossible de la changer de place." La cuve aérienne présente l’avantage d’avoir une faible emprise au sol. Une cuve de 25 000 litres affiche généralement une hauteur de 4 m et un diamètre de 3 m. Comparativement aux citernes souples, elles affichent une plus grande inertie thermique : elles montent moins en température pendant les épisodes de canicule. Côté tarif, compter 6 000 à 7 000 euros pour une cuve de 25 mètres cubes.

Une eau fraîche avec les cuves enterrées

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Les cuves enterrées demandent des travaux importants de génie civil. © Tubao
Troisième et dernier type de stockage, les cuves enterrées. Celles-ci présentent l’intérêt de ne pas impacter l’espace disponible. Le fait d’être enterrée procure une stabilité thermique et une isolation par rapport à la lumière maximale. Certaines exploitations d’élevage sont équipées de stockages aériens (souples ou rigides) qui alimentent une cuve enterrée tampon : cette dernière permet d’avoir une eau à température fraîche. Bien entendu, leur mise en place nécessite un investissement en génie civil plus important. Elles doivent être posées sur un lit de sable et recouverte de sable. Selon que l’on souhaite ou non circuler par-dessus, le choix de la cuve ne sera pas le même. "On va être au même ordre de prix que les cuves rigides aériennes pour des cuves en polyéthylène enterrées standard, explique Pacôme Barthélémy, alors qu’il faut doubler le tarif pour des modèles renforcés, au-dessus desquels il est possible de circuler avec des véhicules." Pour ces cuves en acier ou en béton, le tarif sera légèrement supérieur encore. À ces investissements, il faudra ajouter celui d’une pompe électrique.

Filtrer l’eau avant de la stocker

<em class="placeholder">Filtration de récupérateur d&#039;eau de pluie</em>
Les filtrations d'eau de pluie bénéficient généralement de systèmes autonettoyants, les résidus étant évacués automatiquement. © D. Laisney
Afin d’avoir une eau la plus propre possible, il faut prévoir un système de filtration entre le collecteur de gouttière et l’entrée de la cuve. Selon les marques, un ou plusieurs niveaux de filtration sont proposés pour éliminer feuilles, poussières et autres déjections d’oiseaux. Le maillage le plus fin oscille entre 650 et 800 microns selon les marques. Au besoin, des trous d’homme sur les cuves rigides permettent d’intervenir pour vidanger complètement si nécessaire.

Comment dimensionner son installation ?

La volumétrie du stockage dépend de plusieurs facteurs : multiplier la surface de toit (en mètres carrés) disponible pour récupérer l’eau et la pluviométrie annuelle (en mm/an divisé par 1 000) vous donnera le volume d’eau maximal que l’on peut espérer collecter. Cependant, il n’est pas forcément utile d’investir dans un tel volume de stockage. Tout dépend de la concomitance de la pluviométrie et des besoins en eau. L’irrigation dont les besoins sont les plus forts pendant les mois les moins pluvieux nécessitera un volume de stockage plus important qu’un usage centré sur la pulvérisation, dont les traitements les plus fréquents correspondent aux mois les moins secs.

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Les citernes aériennes peuvent être jumelées voire triplées au besoin. © La Gée

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