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La pulvérisation ciblée spot spraying reste élitiste

La pulvérisation ciblée fait rêver : moins de phytos et moins d’impact sur la culture. Mais entre promesses technologiques et réalité du terrain, la marche est encore grande. État des lieux d’une innovation encore réservée à quelques-uns.

Depuis plusieurs années, la pulvérisation ciblée - aussi appelée ultralocalisée ou spot spraying - est présentée comme LA solution pour réduire l’usage des herbicides, plus spécialement lors des traitements de rattrapage. Elle peine pourtant à se démocratiser. Deux approches coexistent : le traitement en différé, à partir d’une cartographie des adventices réalisée par drone, et le traitement en temps réel grâce à des caméras embarquées sur la rampe.

La première est jugée plus simple et moins coûteuse par les nombreux constructeurs qui la mettent en avant. Elle nécessite un GPS RTK, un pulvérisateur suffisamment réactif et une rampe très stable. Les opérateurs Telespazio et Abelio sont les plus actifs sur le segment de la cartographie par drone. Mais les écueils restent nombreux sur le terrain. « Selon la génération de l’électronique du pulvérisateur, certains formats de carte ne sont pas acceptés. La résolution et le poids de la carte sont aussi des facteurs à prendre en compte : certains appareils ne peuvent pas absorber des cartes trop lourdes, et les constructeurs ne sont pas toujours très clairs à ce sujet », avertit Caroline Desbourdes, spécialiste agriculture de précision chez Arvalis. La précision de localisation lors du vol de drone peut par ailleurs parfois être dégradée, compromettant le ciblage en bout de chaîne.

Un marché encore fragmenté et balbutiant

La pulvérisation en temps réel est plus intégrée et donc peu sensible aux problèmes de compatibilité, mais nettement plus onéreuse. Carbon Bee, acteur de référence, annonce un coût de plus de 3 000 euros par mètre de rampe en rétrofit. Côté constructeurs, Berthoud fait figure de précurseur avec son système Sniper, suivi de Kuhn et son I-Spray, tous deux basés sur la technologie Carbon Bee. Le breton Arland intègre également cette dernière, en faisant le choix des porte-buses à sélection automatique plutôt que la technologie PWM. « La solution PWM est la plus souvent utilisée, mais ce n’est pas un préalable absolu. On atteint déjà de bons résultats avec des petits tronçons, sachant qu’on active généralement deux ou trois buses pour atteindre une cible », relativise Caroline Desbourdes. Autre précurseur dans le domaine, Agrifac s’appuie désormais sur la solution 3S d’Exxact Robotics, filiale d’Exel Industries, dont d’autres marques du groupe comme Evrard devraient bénéficier prochainement. John Deere déploie quant à lui timidement son See & Spray en Europe de l’Ouest, « sans véritable algorithme vert sur vert pour l’instant ». Les constructeurs allemands restent attentistes, malgré des prototypes prometteurs. Après une première expérience avec Carbon Bee, Amazone a notamment collaboré avec Bosch avant que ce dernier abandonne la commercialisation de son système de détection. La start-up française Bilberry, pionnière aux côtés de Carbon Bee, est désormais intégrée à PTX Precision Planting, dont le dispositif Symphony Vision devrait à terme être déployé en Europe.

Une rentabilité conditionnée par la surface

Caroline Desbourdes estime que les solutions véritablement opérationnelles sont encore peu nombreuses, car « l’enjeu se situe dans la performance et la diversité des algorithmes de détection fonctionnant en vert sur vert. » Les tests menés par Arvalis avec Carbon Bee ont prouvé l’efficacité du ciblage pour réduire l’IFT herbicide, tant en montage d’usine qu’en rétrofit. Mais la rentabilité économique dépend de plusieurs facteurs. Le premier est le taux d’infestation des parcelles : la réduction des charges herbicides aura davantage d’impact dans des parcelles peu infestées et donc prioritairement sur des traitements de rattrapage. Vient ensuite la surface annuelle traitée, qui dépend du nombre de cultures ayant des algorithmes et des produits phytosanitaires encore disponibles. Une contrainte qui oriente vers un troisième facteur décisif : le mode d’accès à la technologie. Très peu d’exploitations de grandes cultures peuvent rentabiliser seules un tel investissement. La voie collective ou la prestation de services s’impose pour la démocratiser.

Les cultures à haute valeur ajoutée en pointe

La pulvérisation ciblée trouve davantage preneur dans les cultures à haute valeur ajoutée, légumes de plein champ en tête. C’est le créneau qu’a investi le constructeur suisse Ecorobotix avec son pulvériseur Ara, qui pousse la précision encore plus loin avec ses buses espacées de 4 cm. Le ciblage se fait alors plante par plante, au détriment toutefois du débit de chantier. Son succès repose aussi sur un catalogue étoffé d’une trentaine d’algorithmes couvrant autant de cultures. La start-up n’est pas encore très concurrencée sur ce créneau de l’ultraprécision, mis à part l’entreprise allemande Rumex. Il faut plutôt se tourner vers les acteurs de la robotique pour trouver un ciblage équivalent.

Le rétrofit pour innover sans se ruiner

 

 
<em class="placeholder">Système de pulvérisation ciblée proposé en rétrofit par Optima Concept</em>
Comme le proposent Optima Concept et Carbon Bee, la technologie PWM et la pulvérisation ciblée par caméras peuvent être installées en rétrofit sur des pulvérisateurs existants. © Optima Concept

Dans un contexte économique contraint, le rétrofit offre une alternative pour accéder aux technologies de précision sans renouveler entièrement son pulvérisateur. Plusieurs acteurs se positionnent sur ce marché encore en structuration.

Optima Concept propose ainsi des solutions de pilotage de rampe et des porte-buses PWM, en lien avec Carbon Bee pour la pulvérisation ciblée, aujourd’hui référence en rétrofit sur ce segment. Le néerlandais BBLeap est aussi un spécialiste des solutions adaptables, dont l’efficacité a notamment été confirmée lors des essais Arvalis. D’autres intervenants s’illustrent, comme Latitude GPS et Vantage AM qui distribuent en autres les solutions PTX (Trimble et Precision Planting).

Encore limitée, l’implication des constructeurs pourrait progresser dans un marché du matériel sous tension. Reste à savoir si cela s’accompagnera demain d’une offre structurée en kits rétrofit et en pulvérisateurs reconditionnés.

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